L'amitié

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Vous n’avez peut-être pas de sœur, de chihuahua ou d’animosité particulière envers les gens qui se curent le nez dans leur voiture. Vous vivez peut-être là où le métro n’existe pas et vous n’êtes probablement pas free-lance. Mais aujourd’hui, je m’apprête à parler de quelque chose qui nous concerne tous (à part peut-être Florent Pagny) : l’amitié.

C’est un sujet vague, complexe, sur lequel il est très difficile de poser des mots. Vous imaginez bien qu’il m’est plus aisé de balancer sur les péteurs du métro et les connards en trottinettes que de dévoiler des sentiments plus intimes. Et l’amitié englobe tout, ou presque, de ce que j’ai de plus intime. Parce que l’amour, tu en parles à tes copines. L’amitié finalement, tu n’en parles pas, tu te contentes de la vivre. 

Je ne pensais pas avoir envie un jour de m’étaler sur le sujet. Par peur de basculer dans un truc vraiment chiant. Mais ce week-end, je suis partie avec quatre de mes plus proches amies et, quand il a fallu rentrer à Paris, j’ai pour la première fois été triste de les quitter. Genre vraiment triste. Ce cafard dévastateur que tu as en retour de classe verte. Triste parce qu’infiniment heureuse d’avoir partagé ces moments avec elles. Triste parce que je réalise que rares sont les fois où on est toutes réunies, loin de notre routine, de nos engagements pros, de nos mecs, de nos gosses, prises dans les filets du temps qui nous laisse rarement plus de deux heures pour se retrouver autour d’un verre de rouge. Là c’était la colo. J’ai vécu ces trois jours avec l’âme d’une enfant de dix ans et je suis rentrée avec le blues d’une vieille dans le couloir de la mort. « Le ferons-nous à nouveau ? ». C’est ça la vraie question que tu te poses quand tu deviens adulte. 

Quand tu es enfant, aucun de ces questionnements ne t’effleure. Tu accueilles les choses comme elles se présentent, tu profites des moments qui te sont offerts sans réellement en mesurer la valeur. Les priorités sont inversées, tu bailles à l’enterrement de ton grand-père mais tu pleures pendant une semaine si le père noël a oublié un jouet. C’est d’ailleurs ça qui fait toute la richesse de l’enfance. Quand l’amitié se résume à se retrouver à la récré pour jouer à l’élastique, partager des BN, s’échanger les pogs et taper dans ses mains en chantant « trois petits chats » (un jour, il faudra quand même faire un point sur ce jeu de merde).

Et puis tu grandis, tu avances à tâtons et tu finis enfin par comprendre ce qu’est l’Amitié. Celle qui se construit avec le temps, celle qui a su tenir malgré les vies qui changent, les déménagements, les peu de ménagements, les coups durs et les silences. Quand tu sais que rien ne peut venir dynamiter ce socle, trop solide, n’essayez même pas. Ces amitiés où rien n’est grave mais où tout est important. Quand tu peux passer un coup de fil pour pleurer pendant une heure juste parce que tu as un bouton et une frange trop courte sans t’entendre dire que tu es folle. Alors que tu l’es. Quand ça parait évident de s’envoyer dix messages avant d’aller à un date (papa, maman, ça veut dire rencard). Quand on débriefe très sérieusement ce même date quelle que soit l’heure (il m’a écrit bonne nuit, il a mis trois petits points à la fin du message, un smiley bisou mais celui sans le cœur rouge, il a répondu tout de suite, pas tout de suite, je lui écris un truc ou je fais genre je m’en fous ?, c’est un mec bien, c’est un queutard, il pue de la gueule, il a les doigts trop fins, les ongles longs, il a pris une andouillette, il sent bon des cheveux, il ronfle, j’peux pas t’appeler je suis dans son lit). Quand ces ami(e)s sont là pour parler d’épilation du maillot au laser et de ventes privées Fendi mais aussi pour rester à tes côtés quand ça va mal. Vraiment mal. Parce que c’est à ça que tu reconnais les vraies relations, quand tes pires souvenirs deviennent plus doux grâce aux gens qui t’entourent. Quand, alors que tu es la pire personne à côtoyer, triste, moche et méchante, tes ami(e)s trouvent toujours les mots pour te faire sentir exceptionnelle. Même si tu étais à leurs yeux et à ce moment précis vraiment moche et méchante.

L’une d’entre elles, calée ésotérisme, psychologie, développement personnel et tutti cuanti m’a récemment parlé des bienfaits de la gratitude. Pas évident, évident pour une aigrie-née comme moi. Mais il parait que si tu arrives à te détacher deux minutes des désagréments quotidiens de type gens sales, métro bloqué, acné hormonale, épi, ampoule ou parapluie cassé et que tu es reconnaissante de toutes les belles choses qui t’entourent, ta vie sera plus savoureuse. Du coup, cet article c’est un peu ma façon à moi de vous montrer ma gratitude mes amies. Désolée pour les autres, spectateurs de mon déballage sentimental, mais c’est un blog aussi ne l’oublions pas.

Aussi imparfaites que vous puissiez être, vous rendez chaque jour ma vie un peu plus magique. Merci O de me faire pleurer de rire même dans les pires moments et de m’offrir des Schoko-bons sans tenir compte de mon âge. Merci N de ne jamais relever le négatif et de m’avoir appris la bienveillance (par contre, si tu peux arrêter de faire tomber des trucs sur mon tapis beige, c’est cool). Merci X pour ta loyauté, tes phrases sans consonnes quand t’es bourrée et ta recette du poulet Thaï. Merci P pour ta générosité, ta bonne humeur et tes visites à l’improviste (nan je déconne, c’est relou ça en vrai). Merci H pour ta délicatesse, ton écoute et ton envie de me convertir à la méditation (je te jure j’ai vraiment essayé). Merci T d’être toi et de ne pas m’insulter quand je veux te faire chanter du Céline Dion dès que j’ai un verre de trop. Merci C pour ton amitié sans failles et ta gaieté à toute épreuve (je n’oublie pas pour autant les fois où tu es à côté de la plaque, ça fatigue tout le monde). Merci No pour ta douceur et ta faculté à me dire oui même quand tu penses non. Merci L d’être le rayon de soleil qui a illuminé les années sombres de ma vie. Merci D d’être loin mais jamais trop. Merci J mais comme tu es une bobo/artiste/humaniste tu es coupée du monde des réseaux donc en vrai tu ne liras probablement jamais ce papier (mais je t’aime).

M et L n’imaginez pas que je vais parler de vous. On ne part pas vivre à Los Angeles sans en payer les frais à un moment. 

Merci A d’être ma sœur mais aussi ma meilleure amie (sauf que comme t’es ma sœur j’ai le droit de mal te parler parfois).

Je réalise enfin en écrivant ces mots que de vous avoir dans ma vie c’est suffisant pour me pousser, chaque jour, à faire preuve d’une infinie gratitude. Ou peut-être un jour sur deux. On s’en reparle demain après la grève. 

Le métro

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Vous me trouverez quantité de défauts au fur et à mesure que Maag grandira mais, par contre, je peux me vanter d’une chose : je n’ai qu’une parole (je sais faire le trèfle avec ma langue aussi). Et comme à plusieurs reprises j’ai évoqué dans mes précédents textes l’arrivée proche d’un papier sur le métro alors, LE VOICI. 

C’est d’ailleurs l’un des sujets qui m’a demandé le plus de boulot, pour faire le tri dans les infos. Parce que quand je pense métro, c’est dans ma tête comme dans les wagons de la 13 à 19h, ça déborde, c’est dégueulasse. 

Certains viendront agiter le drapeau de l’écologie, d’autres me qualifieront peut-être d’ennemie de la société, de misanthrope ou de je ne sais quel autre nom d’animal qui court vite (elle n’est pas à la portée de tous celle-ci, je dois le dire). Mais la réalité c’est que le métro n’est qu’un petit aperçu de l’enfer. En pire. 

Et ne vous attendez pas à un happy ending, il n’y en aura pas. 

Aussi loin qu’il m’est donné de voyager dans ma mémoire, je n’ai pas en tête un trajet de métro qui s’est passé sans embuches. Comprenez par embuche (mot que personne n’utilise en vrai) situation de merde. Tout semble avoir été étudié minutieusement pour faire de nous des animaux. Et pas des biches ou des chats, non, plutôt des piranhas ou des hyènes. Genre qui fait peur, et mal aussi. 

Déjà, les autres. (Encore eux). 

Dans le métro on en croise des catégories d’humains diverses et fâcheuses. 

Comme celle qui ne sort pas du wagon pour te laisser descendre. Quand tu es au fond et que tu dis poliment (mais fort) « pardon, excusez-moi, excusez-moi je voudrais descendre, pardon-pardon » et que tout le monde gesticule un peu maladroitement sans pouvoir faire grand-chose car devant tu as souvent deux ou trois connards qui bloquent la sortie. À mon avis ils pensent, je ne vois que ça, que TOUT le wagon descend au même arrêt qu’eux. Qu’en fait on est une grande famille unie par la vie et qu’on fait tout pareil. BAH NON PUTAIN, BOUGE ! 

Dans le même registre, ceux qui montent dans le wagon alors qu’on a déjà largement défié les lois de la promiscuité. Quand l’air que tu avales sort directement de la bouche de ta voisine, que tu peux deviner à l’ingrédient près ce qu’elle a bouffé au déj, quand tu rêves de faire les points noirs de ce mec ou de lui épiler les poils de nez, quand tu passes le temps en comptant les pellicules sur les épaules du collègue d’à côté ou quand tout ton corps se crispe de ne pas avoir choisi ces contacts imposés. Alors vous qui, coûte que coûte, forcez comme des ânes pour entrer alors que le prochain métro arrive dans 3 minutes, je vous jette des sorts. 

Souvent ces gens-là sont aussi ceux qui ne se lèvent pas des strapontins à l’heure de pointe. Quand on est à peu près vingt personnes avec la joue écrasée contre la vitre. Pendant ce temps-là, eux sont posés, bien assis sur leurs fesses molles, à essayer de passer le niveau 110 sur Candy Crush. 

Et puis tu as tout le reste. 

Le manspreading, anglicisme à la mode chez les féministes pour parler d’un homme qui prend toute la place en écartant ses jambes quand il est assis, oubliant complètement que la femme à côté de lui existe et qu’elle n’est pas un hologramme. Comme s’il avait un paquet de six kilos à l’entrejambe, atteint par malchance d’un affreux éléphantiasis scrotal (n’allez pas voir sur internet. Bon si en fait, allez voir sur internet). Mais non, dommage, c’est juste un enculé. 

Les portes qui se ferment du wagon sous ton nez quand tu es déjà beaucoup trop en retard et que tu as donné ton âme et ta dignité dans cette course contre la montre. 

Les gens qui parlent fort au téléphone comme s’ils étaient sourds ou seuls. 

Ceux qui pètent. Je vais gêner tout le monde en parlant de ça mais c’est quand même un truc qu’on ne peut pas laisser passer (sens propre et figuré du coup). Il m’est parfois arrivé de vouloir mourir sur le champ plutôt que de rester une seconde de plus enfermée dans cette boite en verre avec le pet de quelqu’un d’autre. Quand tu as même l’impression qu’au-delà de l’avoir senti, tu l’as avalé. 

Quand tu arrives sur le quai, qu’il y a 12 minutes d’attente et que tu réalises que tu aurais donc mis moins de temps à faire ton trajet en déambulateur ou en monocycle. 

Les chanteurs. Oui, je suis désolée mais, s’il vous plaît, qu’on interdise aux gens de chanter dans les wagons de métro. Pour le bien de tous. C’est quoi cette idée à la con sérieusement ? Pourquoi vous venez baragouiner du Aznavour d’une voix qui déraille à 9h du mat ? Je voudrais comprendre (les Didier premier degré ne venez pas me dire que c’est pour gagner de l’argent et que je suis un monstre, ça va être lourd). J’suis pas Armande Altaï hein les gars mais n’importe qui peut vous le dire que vous chantez comme des saucisses. Pareil pour ceux qui viennent faire du rap. Non, stop, chuut, j’écoute mon podcast, ta gueule, arrête. 

Le mec avec sa trottinette. Pourquoi tu fais ça ? Je ne t’aime déjà pas beaucoup dans la rue mais dans le métro ça devient franchement ingérable. Fais un choix s’il te plait, c’est elle ou nous. Et puis ton petit sac à dos en cuir et ton casque là, c’est très pénible. 

Quand tu apprends un beau matin que l’arrêt auquel tu descends tous les jours ne sera pas desservi pendant dix mois. 

Les gens qui sont sur les voies. Voilà.

J’aurais aimé vous dire que de temps en temps pour couper avec la routine, jouir du confort et de la solitude, vous pouvez vous offrir un trajet en Uber. Il aurait fallu pour ça que leur drague des débuts, quand ils voulaient satelliser les taxis, soit encore au programme. Quand le chauffeur sortait t’ouvrir la porte, te donnait des bonbons à la menthe, de l’eau fraiche, te proposait de charger ton portable, de mettre ta musique, de te masser les pieds (ah non ?). Et qu’aujourd’hui il te regarde galérer pour mettre ta valise dans le coffre, souffle si tu oses lui demander de baisser le son et laisse sa caisse sentir un mélange de gitanes (la cigarette hein), de sueur et de malbouffe. Uber c’est comme un mec en fait. Au début ça met du parfum et ça t’emmène au resto, à la fin ça laisse trainer ses calbuts et ça commande des Grecs. Donc, prenons le métro. 

Instagram

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Je me souviens très bien de ce jour où mon professeur en histoire de la mode m’a dit « tu n’as pas encore de compte Instagram Laura ? Fais-moi le plaisir de t’en faire un dès ce soir ». C’était un ordre, bienveillant je n’en doutais pas, mais c’était un ordre. Une injonction pour que je ne passe pas à côté d’un système, à côté de ma vie. C’est en tout cas le message que j’ai lu entre les lignes. Il fallait que je me crée un compte Instagram comme il fallait que je traverse au bonhomme vert, que j’aie une mutuelle ou que j’achète des préservatifs. C’était en 2013.

Sept ans plus tard, le bilan est mitigé.
Très mitigé même.

Ma relation avec Instagram est à peu près la même qu’avec la cigarette. Souvent je me dis « Ok Laura, la vie c’est profiter mais c’est aussi et surtout prendre soin de toi donc tu arrêtes. TU ARRÊTES ».

Parce qu’au même titre que les clopes, le Nutella ou les chips à la crevette, Instagram peut-être dangereux. C’est cet ami malsain qui entre dans ta vie pour te séduire, te rendre dépendante et faire de toi une personne aliénée, détachée de toute vérité et incapable de flairer la toxicité qui s’épanche dans tout ton être. Sauf que moi, de plus en plus, je le vois ce travers toxique.

Je me livre souvent à une consommation mécanique, sans but, et je scrolle je scrolle jusqu’à m’en abrutir, si tant est que je ne le sois pas déjà, abrutie, pour faire ça.
Je me comporte en boulimique, me gavant jusqu’à n’en plus pouvoir, comblant un manque encore difficile à identifier et puis j’arrête, et je recommence.

De l’écrire, je réalise combien c’est triste.

Il m’est même arrivé régulièrement de vouloir supprimer mon compte. Je sens qu’une partie de moi se sentirait mieux, apaisée, plus sage. Surtout depuis qu’on ne peut plus espionner qui que ce soit.

Mais j’y trouve toujours des choses qui finiraient par me manquer, parce qu’Instagram si ça prend autant de place dans nos vies c’est en grande partie parce qu’on y voit du bon. Même mes parents sont sur Instagram aujourd’hui. Ma mère pour se nourrir de notre quotidien à ma sœur et moi et liker nos storys (même si je lui ai déjà dit que ce n’était pas possible), mon père (qui disait encore amstamgram il y a six mois) pour exposer ses tableaux et commenter sous nos photos qu’on est les plus belles.

J’aime aussi aller sur Instagram pour découvrir de nouveaux comptes, observer le talent des uns, l’audace des autres, partager certains moments de vie, être une mytho et rendre tout plus beau qu’en vrai, me moquer un peu, vous déformer le visage à grands coups de filtres hilarants, gueuler parfois, rire aussi. Il y a de tout sur Instagram et si j’admire l’entêtement de celles qui prennent deux heures à mettre en scène leur petit déjeuner, et qui te font une clé de bras si tu casses le cœur en mousse en touillant leur latte, je sais que si je quitte le réseau ce n’est pas ça qui va me manquer.

J’aime l’humour transgressif de violente viande, les vidéos de Maxime Gasteuil, quand Marie Papillon singe les interrupteurs et fait parler son chien. J’aime rêver d’être Vincent Cassel quand je vois les photos de Tina Kunakey, me motiver à aller faire des squats quand Popstantot poste une photo, cuisiner quand je tombe sur le compte de The Social Food, apprendre à être tout le temps de bonne humeur pour faire comme Laury Thilleman (en vrai c’est impossible, j’ai essayé, j’ai eu des crampes aux joues), apprendre à être toujours cool comme Alizée Gamberini (en vrai c’est impossible aussi, j’ai essayé). Quand c’est pas inné, faut pas chercher. C’est ma devise.

En moins léger, je suis abonnée au compte Nous Toutes pour son engagement auprès des victimes de violences faites aux femmes. Et si j’ai déjà pensé à me désabonner de nombreuses fois car j’ai souvent le cœur meurtri devant les posts, je continue de les soutenir car j’ai une admiration sans faille pour leur ténacité, leur force, leur espoir. Et ne plus les suivre reviendrait à fermer les yeux.

Récemment aussi, Raphael Glucksmann a lancé un appel sur son compte pour aider Samira, une enfant de 10 ans menacée d’expulsion. Le post a été relayé dans tous les sens, la pétition signée par plus de 120 000 personnes et Samira est restée.
Des exemples comme celui-ci il y en a plein, prouvant qu’Instagram peut faire de grandes choses et n’est pas uniquement le réceptacle de nos crises d’égo.

Mais, ne vous en faites pas. Je reste suffisamment aigrie pour dire aussi tout ce qui m’insupporte.

Comme les stories en pointillés (traduction : ceux qui en font tellement qu’en haut ça fait des tout petits petits points. Du style 100 stories en 24h) TOUTE leur vie y est. Du café, aux chaussettes, aux chaussons, au chien, à la douche, à l’ascenseur, au métro, au trottoir, au restaurant, au bar, au supermarché, au sport, aux toilettes, au taf. EST-CE QUE C’EST NORMAL DE FAIRE ÇA ?

Loin d’être dupe, Instagram a inventé l’option sourdine. Moins radicale qu’un unfollow mais salvatrice pour les relations humaines.

Il y a aussi ces gens qui ne te connaissent que sur Instagram. Alors eux, passion.

Le microcosme parisien met parfois quelques individus sur ta route. Et parmi eux, il y a ceux qui ont décidé que toi dans la vie et toi sur Instagram ça n’était pas la même personne. Alors oui, il m’arrive de gommer un ou deux boutons et d’utiliser des filtres flatteurs pour le teint mais jamais assez pour que ça me métamorphose au point de ne pas être reconnue. Je crois. Non, ces gens sont chelous. Et quand tu les croises en soirée, soit ils font mine de ne pas t’avoir vue, soit ils te saluent et discutent avec toi comme s’ils découvraient ton existence. « Et donc tu t’appelles ? », oh ben tu sais c’est toujours Laura hein, ça n’a pas changé depuis hier quand tu commentais ma photo avec des cœurs et des poulpes.

Dans la même catégorie, il y ceux aussi qui likent 67 photos d’affilée sur ton compte mais ne s’abonnent jamais. La stratégie m’échappe. Ah, ou alors ceux qui font exprès de liker ta photo la plus vieille, la plus moche, celle avec un gros cadre blanc et un filtre pixélisé. Ça aussi ça doit vouloir dire quelque chose genre « coucou, j’attire ton attention en likant la seule photo que plus personne n’a liké depuis 7 ans ». À part penser que tu fais peur et que tu as beaucoup de temps libre, émotionnellement il ne se passe pas grand-chose de plus en moi. Mais je dois quand même te dire que tant que tu n’es pas dans la catégorie « gens méchants », je t’aimerais toujours, au moins un peu.

Les gens méchants sont ceux qui voient Instagram comme le lieu idéal pour déverser leur haine. Ceux qui t’envoient des messages privés pour te dire à quel point, à leurs yeux, tu es une merde. Ceux qui passent un temps fou, cachés derrière leur compte obscur, à satelliser de leurs mots assassins et de leurs fautes d’orthographes tous ceux qui sont dans leur viseur. Bon, bien heureusement ces nuisibles sont minoritaires, et très souvent moches (ça vaaaaaaaaaa). Au début tu t’efforces de discuter, d’échanger. « Une merde ? C’est pas très très gentil ça, qu’ai-je donc fait de si terrible ? » Étonnamment, les tensions s’apaisent souvent. Ou pas. Du coup il m’arrive d’hésiter à faire du Booba en répondant un bon vieux « va niquer ta race », je me dis que c’est de toute évidence moins chronophage et probablement assez efficace. 

En plus drôle, enfin pas toujours, il y a les accidents d’Instagram. Quand, par exemple, tu montres la photo de l’ex de ton mec à ta pote bourrée (à ta mère ça marche aussi) et qu’en voulant zoomer, elle like. Quand tu refuses un diner en prétextant que tu es malade et que le soir-même, ayant oublié ta mythomanie, tu postes une story de toi en train de faire la chenille. Quand tu oublies d’enlever le son sur une story et qu’on entend ton père derrière qui dit « Lauraaaaa c’est toi qui as emprunté mes pantoufles et laissé la croûte du comté sur la table ? ». Quand tu penses répondre à ta pote qui vient de t’envoyer une story mais que, comme une burne, tu réponds à la story. C’est rare que ça ne soit pas très embarrassant. C’est souvent un truc du genre « héhé coucou toi mon mignon, viens voir maman, j’ai un cadeau pour toi » ou « haaaaan mais elle n’en a pas marre de dire de la merde cette conne ». C’est le karma, JE SAIS. 

Du coup, j’ai pris des engagements vis-à-vis de moi-même et je vais essayer de m’y tenir. À commencer par réduire considérablement le temps passé sur Instagram. Ce qui ne m’empêchera pas de prendre le temps de lire tous les encouragements et les gentils messages que vous laissez chaque semaine sur le compte de Maag depuis le début. 

D’ailleurs, MERCI MERCI MERCI. 

Ça me tend un peu de finir sur une touche aussi mielleuse mais je veux que vous sachiez que derrière la personne cynique et parfois brutale que je suis se cache en fait une personne bienveillante et un cœur accueillant pour tous. Enfin, sauf pour les sales. Ah, et les moches aussi.  

La fille cool

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Mon précédent post n’a pas été sans répercussions. Réjouissantes mais pas que. Il m’a fallu accepter de certains proches quelques révélations douloureuses de type « Je me cure le nez au volant », « je ne me lave quasi jamais les mains », « je me démaquille que quand j’ai le temps »… Mon petit cœur fragile saigne encore un peu mais j’ai pris le parti de ne pas tourner le dos à ces personnes. Parce que je les aime, que je salue leur transparence et surtout, parce que je ne suis pas parfaite. Vous l’aurez tous compris déjà. 

Je me faisais cette réflexion l’autre jour, l’âme lasse de devoir toujours courir après une imposée perfection. Travailler mieux, manger mieux, parler mieux, s’habiller mieux, aimer mieux… Et si, un peu, on n’en avait rien à foutre de faire les choses bien ? Et si on décidait tous, collégialement, de faire les choses à moitié seulement (Sylvain, oublie cette phrase) ? Sans aucune pression sociale, sans aucun enjeu ? 

Je me suis sur l’instant sentie soulagée d’avoir planté cette petite graine dans ma tête, me délestant de cette envie sournoise d’être « une fille cool » et, alors que je marchais dans Paris, un sentiment de liberté encore jamais ressenti auparavant (à part peut-être quand j’arrive chez Ikea) m’a habitée. Et puis j’ai croisé M. 

M c’est cette fille que tout le monde a connu au moins une fois dans sa vie. Cette fille qui fait mentir l’expression « personne n’est parfait ». Cette fille que tu voudrais aimer mais que tu détestes profondément car elle te renvoie à tout ce que tu n’es pas. Mais elle est sympa (forcément puisqu’elle est parfaite), alors tu fais semblant. 

Ce que je trouve le plus dégueulasse dans toute cette histoire c’est qu’une M n’a jamais rien fait pour en arriver là. Aucun mérite. Depuis sa naissance M est cool. Ses parents sont cool, sa maison est cool, son chien est cool. Son prénom est cool aussi, un blaze insupportable à la The Kooples, un truc qui sonne bien, que personne ne connait mais « tu comprends c’est un prénom inspiré des tribus aborigènes et comme ma mère est américaine elle l’a un peu anglicisé ». Haaaan ta gueule.

À la maternelle elle collait les gommettes mieux que tout le monde et savait déjà lire en moyenne section. Au primaire elle était première de la classe mais aussi populaire que la dernière. Au collège elle scotchait tous les profs par sa vivacité et fumait des joints sous les escaliers sans jamais se faire gauler. Quand toi tu finissais dans le bureau du CPE juste parce que t’avais collé ton chewing-gum sous un banc. Au lycée, elle séchait les cours avec Antoine (le plus beau, le plus vieux et le plus mauvais élève du lycée) mais a eu mention bien au BAC. C’est le jour où je l’ai vue pleurer parce qu’elle n’avait pas eu « Très bien » que ma première pulsion funeste est apparue. 

Toi tu te bats à 17 ans, traversant la fin de l’adolescence avec bravoure et espoir, pour essayer de voir plus loin que ton acné, ton tie & dye raté et tes règles douloureuses. Elle, dispose du glamour de l’adulte avec la pureté de l’enfant. Une peau de bébé mais un sex-appeal de quadra. Rendant tout son être extrêmement méprisable. 

Et puis nos chemins se sont séparés, nous laissant sans nouvelles l’une de l’autre pendant des années. Jusqu’à ce que je la croise à un cours de yoga dix ans plus tard dans le Marais (oui, je me donne aussi du mal pour être une fille énervante). Gênée (car il est 7h00 du mat, que tu as un palmier de cheveux sales sur la tête, un legging qui te fait un camelito et des cernes de boulanger) je bafouille un « haaan ooooh héééé, M ! Comment vas-tu ? Ça fait si longtemps ! Qu’est-ce que tu racontes ? ». À ce moment précis tu rêves secrètement qu’elle te dise un truc du genre « oh ben écoute pas terrible terrible, mes parents sont en prison, mon chien est mort, je bosse à Créteil dans un centre de tri et j’ai le paludisme ». Mais tu te doutes, en la voyant avec son petit cycliste, son teint glowy et son tapis roulé sous le bras que la réponse te plaira moins.

Elle me dit qu’elle est marchande d’art avec son mari qu’elle a rencontré à NYC lors d’un gala caritatif, que ses quatre enfants (QUATRE ??!!!! MAIS C’EST QUI TA PUTAIN DE MÈRE PORTEUSE ??!!!) sont très petits encore donc elle est exténuée (Ah…), qu’elle ne va pas pouvoir trop forcer au yoga car elle s’est blessée à cheval ce weekend, qu’elle serait ravie de boire un café avec moi à l’occasion mais qu’après le cours elle doit filer parce qu’elle a rendez-vous chez le naturopathe et qu’elle va ensuite récupérer ses enfants à l’école Alsacienne. « Mais une prochaine fois on prévoit ça Laura, tu passeras chez moi boire le thé et je te montrerai mes toiles. Je peins pour le plaisir, j’adore ça, ça me détend ».
Oh ben moi là, typiquement, ce qui me détendrait c’est que tu meures.

Sûrement que dans votre tête, mes petits maagos, vous essayez de savoir si vous avez autour de vous une fille cool. Une M.
Peut-être même que pour beaucoup, vous rêvez d’être une M.
Comment faire ? Comment la reconnaitre ?

La M a une voix rauque, genre rauque sexy pas le rauque du lendemain de cuite.

Elle sent bon le propre (le musc ou la fleur d’oranger) tout le temps. Vraiment tout le temps.

Elle ne se maquille jamais parce que « ça ne lui va pas ».

Elle fait du surf pour la première fois mais réussit à tenir debout (quand toi tu t’entraines encore sur le sable au bout de trois ans).

Quand elle est ivre les gens la disent « mignonne ». Toi, tu dois appeler tout le monde le lendemain pour demander pardon.

Elle fait des photos Instagram dans des positions trop stylées, si tu faisais les mêmes tu finirais sur la page pute de Brain.

Elle fait du cheval depuis sa plus tendre enfance. Tu fais des randos en pottock.

Elle n’a peur de rien. Elle fait des bains de minuit, elle dort à la belle étoile, elle se baigne sous l’orage, elle monte en haut des arbres. « Quand j’étais petite j’étais un vrai garçon manqué ». Gnagnagnagnagnagna.

Elle chante bien.

Elle cuisine bien.

Elle fait de l’humanitaire.

Elle boit du jus de charbon.

Elle rit fort.

Elle plait aux garçons. À tous. 

Elle n’aime pas trop les filles dans le fond, elle a trop souffert de la jalousie. Roh, pfff, n’importe quoi.

Elle joue de la guitare (elle a appris toute seule). Nue, c’est mieux.

Elle parle 5 langues mais n’a « aucun mérite, c’est parce que mes parents ont toujours beaucoup voyagé ».

Elle mélange les langues quand elle a bu « Oh my god, je suis sorry, je confonds las idiomas un poco quand j’a bou ». 
Ahahahahahahahaha, grosse conne.

Elle est cultivée.

Elle connait tout le monde.

Elle est sensible.

Elle danse bien.

Elle sort des citations de Nietzsche en plein diner et s’intéresse à la géopolitique.

Elle est sexy sans le vouloir.

Elle adore voyager et s’en fout du confort « moi c’est chez l’habitant que je préfère être, les hôtels c’est surfait » (surfait, surfait, ça fait bien plaisir quand même).

Et puis un jour, cette fille cool que tu croyais parfaite te demande un instant à l’écart pour te parler. Elle te confie alors que tu es à ses yeux la fille idéale, qu’elle a toujours rêvé d’être toi et que depuis des années dès qu’elle te croise elle se sent infiniment moins tout. Moins intelligente, moins belle, moins drôle. 

Cut. 

Et puis un jour, cette fille cool que tu croyais parfaite te demande un instant à l’écart pour te parler. Elle te confie alors, gênée (mais sympa), que t’as du papier WC collé sous le pied droit.  

Les gens sales

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Il y a des sujets qui me tiennent particulièrement à cœur. Et des batailles que je veux livrer aux yeux de tous. Les gens sales en font partie. Il y a les gens qui sifflent aussi. Et ceux qui mettent de la musique sur la plage. Mais dans la vie, aussi cornélien soit le choix, il faut le faire. Alors les gens sales, c’est votre moment.

Je précise, avant d’entamer ma diffamation contre cette catégorie d’êtres humains, que je cible les gens sales qui ont tout le loisir d’être propres. Pas les gens sales malgré eux (les pauvres, les mécanos, les bébés ou les personnes âgées par exemple). Je suis une maniaque, pas un monstre. 

Et dans ma vie, j’en ai croisé. Car les gens sales sont partout. Et parfois même bien plus proches de nous qu’on ne pourrait l’imaginer. Parce que par saleté j’entends tous les petits réflexes du quotidien que l’on peut considérer comme de l’hygiène élémentaire et que pourtant beaucoup jugent superficielle. Et c’est LÀ que rien ne va plus. Car en prime d’être aigrie, hystérique et peureuse, je suis très à cheval sur la propreté. Genre vraiment. Je suis presque aussi phobique de la saleté que des araignées. Vos histoires virales de matières fécales sur les écrans chez Mc Do ou de traces d’urine dans les cacahuètes ça peut me faire claquer, je ne déconne pas. Et même si je suis ravie de faire partie du monde des propres et pas des sales, je dois avouer que régulièrement je vis cet extrémisme comme un handicap. 

Il y a plein d’activité dont j’ai dû faire le deuil. Comme aller à la piscine par exemple. L’idée même de plonger dans un bassin géant avec une trentaine d’individus dont on ignore tout de l’hygiène corporelle ça m’est très difficile. Je visualise toutes ces peaux mortes, ces muqueuses, ces sécrétions de type morve et transpiration qui flottent gaiement dans l’eau qui m’entoure (et que je peux boire aussi dans une maladresse aquatique). Et le pédiluve ? Qui en parle du pédiluve ? Cette soupe bactérienne tiède dans laquelle il faut, comble du paradoxe, passer obligatoirement pour se laver les pieds. « Mais c’est chloré Laura ! Tu ne risques rien sérieux, que tu peux être chochotte ». Ce n’est que quand le médecin te dit « pour la verrue et la mycose des ongles revenez me voir dans une semaine » que tu résilies ton abonnement à la piscine et que tu t’inscris au Yoga. Dans mon élan j’ai mis fin à mon abonnement Autolib aussi. Je passais plus de temps à nettoyer l’habitacle à la lingette qu’à conduire. Du coup, Uber c’était pas si cher. Forte de mes névroses (ou faible je sais plus), j’observe autour de moi le rapport des autres au sale. Et c’est chaud, en vrai. 

Je pense à ces personnes pour qui le lavage des mains est occasionnel. Requis uniquement en cas de gastro ou après avoir mangé des crevettes, pas plus. Je voudrais comprendre. Que le message éducatif se soit mal fait, ok (quand certains enfants eux ont eu un père qui vérifiait le dessous de chaque ongle avant de passer à table – papa ne t’en fais pas personne ne saura que je parle de toi). Que l’enfance soit parsemée de challenges pour notre système immunitaire et qu’on s’en amuse, ok. Mais comment en étant adulte, socialement intégré, dans un pays où il y a l’eau courante, tu peux oublier de te laver les mains dans des moments où il est à priori impossible de faire autrement ? 

Ces gens qui arrivent chez toi pour l’apéro (tu sais d’eux qu’ils sont venus en métro après une longue journée de boulot) et qui s’installent directement dans le canapé en tapant dans les olives et les gressinis sans ne JAMAIS être allés se laver les mains. Ces gens que tu vois sortir des toilettes, se recoiffer vite fait devant le miroir et retourner vaquer à leurs occupations SANS NE JAMAIS SE LAVER LES MAINS. Cet ami chez qui tu vas diner, qui caresse son chien-qui-pue toute la soirée et qui jette au bout de deux heures, l’âme hospitalière, un « JE RECOUPE UN PEU DE SAUCISSON ? ». Bah non l’ami, tu ne recoupes rien du tout, tu vas me faire le plaisir d’aller te laver les mains avant de toucher à ce saucisson ou à je ne sais quoi d’autre de comestible. 

Sur le podium il y a ceux qui se curent le nez aussi. EUX… Si je devais dresser une liste des gens que je veux voir mourir ils ne seraient pas loin derrière Trump, La Reine des Neige et Bolsonaro. 

À toi qui enfonces ton doigt au plus profond de tes cavités nasales alors que tu es dans un wagon de métro bondé, toi qui penses avoir des vitres teintées ou un vaisseau invisible quand tu t’en donnes à cœur joie au volant, toi qui fais ça dans la plus grande détente en marchant dans la rue… C’EST QUOI TON PUTAIN DE PROBLÈME ?!!?? TU NE VOIS PAS LES GENS AUTOUR DE TOI ? TU CHERCHES UN TRESOR ? 

Et je ne parle pas de ceux qui font des petites boules avec en les roulant entre le pouce et l’index. Dieu vous voit. 

Et puis ensuite tu as les sales que tu mets un petit moment à détecter. Les sales sournois, les sournois sales. Parce que bien habillés, bien éduqués, bien tout. Eux sont finalement peut-être les pires parce qu’on ne les voit pas venir. Ils ont tous les aspects de la personne propre, mais de loin. On a tous un jour vécu ce moment douloureux où on comprend qu’un ami, une amie, une collègue est en fait DÉGUEULASSE. 

Quand, au-delà de la mauvaise haleine permanente (que tu mets sur le compte d’un désordre gastrique au début) tu entrevois un léger dépôt blanchâtre sur les dents. Quand une personne vient dormir chez toi, une nuit, deux nuits, et que la serviette que tu avais déposée sur son lit n’a pas bougé. Quand une amie se lève avec du mascara collé sur les cils et qu’elle te dit amusée « han j’avais trop la flemme de me démaquiller ». Alors ça vous êtes nombreuses à le faire et je vous le dis sans animosité : c’est ABJECTE. Soit tu as 4 grammes d’alcool dans le sang (et encore) soit tu es SALE. C’est comme dire « han j’avais trop la flemme de m’essuyer » après être allé aux toilettes, et pourtant personne ne le fait. Enfin je crois. 

Quand tu passes aux WC derrière une collègue de bureau (alors que tu travailles dans un magazine féminin) et que tu remarques que systématiquement elle laisse des surprises. La première fois tu te dis que c’était déjà sale avant elle. La deuxième fois tu te dis qu’elle n’a pas vu la pauvre. La troisième fois tu te dis qu’elle n’a pas vu, encore. La quatrième fois tu rêves d’arriver dans l’Open Space en hurlant « et sinon Micheline ça se passe comment au niveau du transit ? Non j’sais pas je te demande puisqu’apparemment tu veux partager ça avec le reste du monde ». Oui parce que l’enfer, au-delà de l’envie de gerber, c’est que je nettoie toujours à la place des autres de peur que l’on pense que c’est moi.

Quand tu remarques aussi que les cheveux de ton ami(e) sont souvent gras. Toujours en fait (et je ne parle pas d’un éventuel dérèglement hormonal). Je suis la première à m’envoyer un petit coup de shampoing sec quand le timing matinal est mauvais mais je reste consciente du fait qu’il est important de se laver les cheveux en moyenne trois fois par semaine. Mais quand le cheveu sent le sébum et qu’on voit ton cuir chevelu c’est que tu as trop attendu, je t’assure. Alors parfois, l’air de rien, je balance un « tu n’as pas eu le temps de te sécher les cheveux ? » et généralement le message passe sans encombre. « Ah non ils sont crades meuf ! Faut que je les lave absolument ». Oui, vrai, il le faut. 

Du coup, après avoir réalisé que ces gens vivaient mieux que moi, j’essaie de me détendre un peu. J’accepte de manger la chocolatine que la boulangère a attrapé sans gants après avoir encaissé le vieux d’avant. J’accepte d’aller faire pipi dans les toilettes publiques (si tu t’assois t’es sale). J’accepte de boire à la bouteille. J’accepte d’aller chercher un truc oublié dans ma chambre sans retirer mes chaussures. J’accepte de ne pas me doucher à 9h si je sais que je vais au sport à 10. Des petits efforts thérapeutiques qui sont, croyez-moi, des pas de géants pour la folle que je suis. 

P.S : je ne tolèrerai aucun commentaire sur la présence de Claude dans mon lit. 

Le dernier entretien d’Alice Isaaz

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Dans un élan d’égocentricité (et un peu de sordidité aussi c’est vrai) j’ai imaginé être la dernière personne à pouvoir m’entretenir avec certains proches. L’occasion de vous proposer quelque chose de nouveau et de vous faire découvrir plus intimement les gens que j’aime. L’idée ? Leur poser des questions bêtes et moins bêtes sur ce qu’ils feraient si c’était leur dernier jour sur cette terre. Je ne suis dans cette histoire que le messager qui pose les questions et note les réponses, je n’ai aucune autre forme de responsabilité et pour la première fois de ma vie je tolère même le premier degré.
Pour ce premier essai j’ai convoqué ma sœur Alice. Forcément.

Le dernier plat que tu voudrais manger
Le gratin de chou-fleur de ma grand-mère

Le dernier film que tu voudrais voir
Play, le film dans lequel je joue et qui sort le 1er janvier. J’en suis très fière.

La dernière chanson que tu voudrais écouter
Fireball de Synapson

Ta dernière insulte, pour qui ?
Pour toi connasse, tu crois que je n’ai pas vu le jean que tu portes ?

Ton dernier aveu 
C’est moi qui ai cassé ton vase bleu 

Ton dernier pourquoi 
Pourquoi les filles aussi ont de la moustache 

Ton dernier pardon 
Pardon Paul de te laisser tout seul, tu vas devoir appendre à te faire à manger

Ton dernier coup de gueule 
Sur les abrutis qui continuent en 2019 à jeter leurs papiers par terre 

Ta dernière folie 
Réussir à voler quelque chose 

Ton dernier souhait
Que ce ne soit pas mon dernier entretien

Ton dernier goûter de rêve
Une crêpe au Nutella, ou à la Nocciolata pour t’agacer

Ta dernière donation
Mes économies aux Restaurants du Cœur

Ton dernier plan cul
Paul

La dernière adresse où tu voudrais aller
Au pays basque chez mes parents

Ton dernier regret 
De ne pas être allée en Laponie 

Le dernier craquage de tes rêves
Adopter un chien mais comme c’est mon dernier jour c’est à toi qu’il reviendra

Ton dernier je t’aime 
Aux parents 

Ton dernier mot 
Je t’aime 

Demain c’est Halloween

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Depuis quelques jours déjà, les citrouilles dentées dévoilent leurs flammes sur les rebords de fenêtres, les toiles d’araignées ignifugées tapissent les murs d’enseignes et les os des squelettes en plastique s’entrechoquent avec le vent. C’est la magie d’Halloween. Et tout est réuni en cette fin octobre pour que l’ambiance soit au rdv. L’automne recouvre le sol des premières feuilles rouilles, les feux de cheminée reprennent et l’air souvent brumeux nous prépare au début de l’hiver. Atmosphère idéale pour faire sortir quelques zombies des cimetières et regarder flotter des yeux dans la soupe. Poète. 

Je me souviens d’Halloween quand j’étais plus jeune. Je commençais à ressentir la fièvre quand peu après avoir remballé les rayons de fournitures scolaires (meilleur moment de l’année après Noël), l’Intermarché dressait le merch’ avec les dents de vampire, les couteaux ensanglantés et les masques en latex. 

S’en suivait la planification d’une soirée qui devait être chaque année encore mieux réussie que la précédente. Entendez par « soirée » la parenthèse de liberté offerte par mes parents de 19h à 21h, créneau durant lequel il nous était autorisé d’aller emmerder les voisins pendant le JT pour leur racketter quelques Krema. Les années passant, on avait réussi à identifier trois catégories de personnes.

Celle qui a aussi des enfants (ou pas toujours d’ailleurs) et qui est allée faire le plein de bonbons dans la journée pour remplir les sacs en plastique (l’écologie n’était pas encore un sujet brulant à l’époque) des fantômes et sorcières de 10 piges qui viendraient bégayer leur « Trick or Treat » sur le palier.

Il y a celle qui ne répond pas quand tu sonnes alors que tu devines les reflets de la télé sur les rideaux à travers les fenêtres (celle-ci a dû amèrement regretter son silence quand elle a compris ensuite qu’elle serait notre cible préférée au jeu de la sonnette pendant tout le reste de l’année).

Et enfin, tu as la team qui divise, celle que tu rêves de détester mais que tu trouves quand même un peu touchante, celle de la mamie (ou du papy) qui t’offre son plus beau sourire en ouvrant la porte, te tient la jambe pendant une heure (quand tu n’en as que deux devant toi) et finit par remplir ton sac avec des pastilles à l’anis ou des bonbons vieux de 100 ans décollés d’une boite en métal. (Les bonbons à l’anis, j’aimerais presque en faire un sujet à part entière. Comme les chocolats à la liqueur de cerise ou les gâteaux aux fruits confits.)

Et si Halloween a toujours été un moment spécial pour moi c’est aussi pour une raison évidente : je suis une énorme trouillarde. J’évoquais déjà dans un précédent post mon incapacité à dormir dans la maison de mes parents quand j’y suis seule (j’ai 31 ans pour rappel) mais mes névroses ne s’arrêtent pas là. Je suis aussi cette personne qui regarde discrètement sous son lit avant de se coucher, qui court pour rentrer chez elle si la rue est vide, qui prend l’écho de ses chaussures sur le bitume pour les pas d’un fou qui la suit (de très près du coup je sais), qui ne peut pas regarder les Experts à Miami ou Peaky Blinders sans la présence d’un être humain de plus de 20 ans dans le coin, qui ferme à double tour la porte de son appartement et se relève pour vérifier que la porte est fermée à double tour, qui ne fait pas de bain de minuit dans la mer car qui dit minuit dit nuit qui dit nuit dit noir et qui dit noir dit que je ne peux pas voir l’aileron du requin qui va venir me tuer. 

Et de manière générale, disons que tout ce qui de près ou de loin a un rapport avec les fantômes, les zombies ou les trucs chelous type Frankenstein, je ne peux pas. I Can’t. No Puedo. Encore aujourd’hui. Je peux porter un python vivant autour de mon cou, vivre au milieu des loups mais si tu commences à vouloir me trainer dans une maison hantée (même à Disney) ça peut vraiment me tendre. Je deviens une autre personne. Comme dans les trains fantômes à la fête foraine. J’ai tenté l’expérience cet été avec ma fille au jardin des tuileries parce qu’elle ne pouvait pas y aller sans accompagnant. Résultat, j’ai caché ma tête sur ses petites jambes durant toute l’attraction en criant « mamaaaan noooon non nooon ». Et au moment où je me croyais sortie de cet enfer, un connard avec une hache est sorti du décor dans un virage pour nous toucher les cheveux. Ma fille a ri. Pas moi. Cet homme est en état de mort cérébrale depuis le 17 juillet. Je considère qu’il l’a un peu cherché et quand on me dit « mais Laura derrière le masque c’est un jeune payé au smic » je réponds qu’il pouvait aussi très bien décider d’être livreur Deliveroo. Faut quand même pas être très net à mon sens pour aimer faire peur aux gens toute la journée dans une odeur de churros, moulé dans un legging noir.

J’ai d’ailleurs une véritable aversion pour les films d’horreur. Je suis même toujours un peu étonnée d’entendre certaines personnes me dire qu’elles adorent ça. J’ai de gros doutes sur leur équilibre psychologique. Pour moi si tu regardes Top Chef c’est que tu aimes cuisiner. Si tu regardes Canal Football Club c’est que tu aimes le foot. Alors si tu prends plaisir à regarder un mec se faire démembrer à la scie circulaire… Bon.

J’ai vu Saw quand j’étais plus jeune, pour avoir l’air cool aux yeux du mec que j’aimais bien. Il m’a proposé d’aller voir ce film au cinéma et j’ai lancé un « ah ouais graaaave, ça tombe bien j’avais prévu d’y aller ». J’ai convulsé au bout de la première demi-heure, la séance a été interrompue, je n’ai plus jamais revu Tom et, quinze ans après, j’ai encore des images qui me réveillent la nuit. Il parait que c’est un film d’horreur « comique », m’a-t-on dit plusieurs fois, se moquant de ma réaction (que certains appellent suréaction). Est-ce qu’on peut juste m’expliquer du coup à quel moment je suis supposée rire ? Quand le mec se découpe la jambe pendant trois heures avec un couteau à beurre pour se libérer de sa chaine, quand il ouvre le ventre de son pote vivant pour récupérer un trousseau de clefs sous ses entrailles ou plutôt quand l’autre fou de tueur avec son masque de clown chelou se tape des barres en regardant le spectacle ? Dites-moi parce que j’hésite du coup entre me faire l’intégral de Saw ou aller voir Blanche Gardin. 

Mais, aussi trouillarde que je puisse être, je fais un constat malheureux : Halloween a changé. Le 31 octobre est devenu une occasion de plus pour les Youtubeuses de nous partager leur DIY de jeans troués et découpe de citrouille, pour les blogueuses de nous montrer comment porter les Dr Martens sans faux pas et pour les instagrameurs de bombarder leurs comptes de maquillages plus bluffants les uns que les autres. Mention spéciale pour les Calaveras (têtes de mort mexicaines, je t’instruis au passage ça me fait plaisir).   

Autre point que j’aimerais évoquer aujourd’hui avec vous : la mode du sexy à Halloween. Là encore j’ai besoin de vos lumières. On part déjà sur une association de deux mots qui ne sont pas censés aller ensemble. Comme bon goût et collants chair, régime et tartiflette, enfant et repos. 

Je me suis retrouvée dans une soirée Halloween il y a deux ans et je pense ne pas me tromper en disant que j’étais la seule à faire peur ce soir-là. Car, OUI, une vielle dame avec les yeux révulsés et les intestins qui trainent par terre ça fait plus peur qu’un chat avec des collants résille, une soubrette hystérique ou une dompteuse avec une combi en latex. Je ne devais pas être là le jour de la réunion où le dieu des morts a convoqué le monde des vivants en disant « bon les gars, ça va, c’est relou maintenant vos déguisements de merde avec du sang et des doigts coupés. Je veux que les gens se pécho un peu plus à mes soirées donc à partir d’aujourd’hui vous rangez vos tronçonneuses, vos masques de Chucky et vous êtes SE-XY ». Bah ouais mais ça fait plus très peur du coup, non ?

Mais ça c’est chez les grandes personnes. Alors je continue de vivre la magie d’Halloween à travers ma fille. Je la regarde hésiter entre la longue perruque synthétique, le balai de sorcière, le dentier en caoutchouc, les griffes et les oreilles d’Elfe. Je devine son excitation la veille de le fêter à l’école, je la vois trembler devant les boutiques de farce et attrape (j’ai écrit farce et attrape) et j’en profite, au passage, pour la supplier d’arrêter de me faire peur. 

Parce que la grande spécialité de Romy, Halloween ou pas, c’est de me laisser flirter avec la mort. Quand, cachée derrière une porte, soudain elle bondit en criant un « BOUH » fort et sourd laissant mon cœur cesser de battre pendant quelques longues secondes. À ce moment précis, le cerveau mal irrigué, quand je vois la lumière blanche et que je pense ne pas m’en sortir, c’est son rire aux éclats qui me ramène à la vie. Alors je ris aussi, je la couche après avoir vérifié dans les placards qu’aucun monstre n’y a élu domicile et je retourne vaquer à mes occupations. Avant d’aller moi-même me coucher après avoir fermé la porte d’entrée à double tour et jeté un œil furtif sous le lit. 

Je suis aigrie

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Je vais me servir de ce post pour vous parler d’un constat que j’ai fait me concernant : je suis aigrie. Certains me disent « cynique », « cash ». Non, je suis aigrie. Et je vais même vous dire mieux, j’suis pas sympa. Enfin, je suis devenue pas sympa. Ce « pas sympa » fait état de mon rapport aux autres, aux inconnus, aux gens qui ne font pas partie de mon paysage, genre le mec assis à côté de moi dans le métro. Avec mes amis, ma famille et les gens que je côtoie de mon propre chef, je suis gentille (maman ne fais pas de commentaires sous le post s’il te plait, on peut s’appeler plus tard). Du moins, j’essaie.

Et ce bilan m’attriste. Je me sens comme habitée par un moi amer qui m’empêche de voir les choses avec philosophie et amour. Une Laura méchante qui devra bientôt se faire botoxer la ride du lion. Et, plus douloureux encore comme constat, je tiens pour uniques responsables de cette altération de mon être : LES GENS (pas tous mais presque). Ah et les chansons de Zaz aussi. 

« Un manoir à Neufchâtel, ce n’est pas pour moi. Offrez-moi la Tour Eiffel, j’en ferais quoi, papalapapapala »…  Ça d’accord, mais les chaussures et le shampoing du coup ? Tu ne sais pas quoi en faire non plus ? Non parce que ça on peut t’expliquer vite fait si t’as une minute. 

A chaque fois que je me regarde dans les yeux et que je me dis « mais enfin Laura, roh, Tu ne veux pas faire un effort pour être gentille, plus tolérante ? », un évènement vient tout gâcher. Comme la non-livraison de mon colis La Redoute par exemple (oui, j’en ferai une mention, voire deux, dans chacun de mes posts jusqu’à février 2025. Appelons ça un running gag ou une vengeance à perpétuité).

Déjà, je pars avec une circonstance atténuante : je réside à Paris. Et si vous avez l’impression sur Instagram que je mène la grande vie entourée de fringues et de coupes de champagne, sachez que c’est un peu vrai mais que je suis comme beaucoup d’entre vous, j’ai réussi à mettre deux mille euros de côté en quatre ans et je réalise parfois qu’avec tout ce que j’ai dépensé dans le loyer je pourrais aujourd’hui m’acheter le château à Neufchâtel dont Zaz ne veut pas. Parce que Paris c’est joli sur une carte postale ou un poster Fly. Les cafés à huit balles en terrasse du Flore ou les sorties au musée sont aussi nombreux pour nous habitants de Paris que pour vous habitants de Nancy (c’était pour la rime mais si tu viens d’ailleurs ça marche aussi). 

Aujourd’hui, 10 ans presque après mon arrivée dans cette ville, je décide – à but thérapeutique – de lister toutes les situations qui m’excèdent dans le but de prendre de la hauteur sur l’individu acerbe que je suis devenu. Et c’est pas beau à voir.

Je ne peux plus blairer mes voisins. Au début, pleine de bonnes intentions, j’étais ce genre de personne à dire aux voisins dans la cage d’escalier « venez boire l’apéro un de ces quatre ! » ou « si vous avez besoin de quoique ce soit n’hésitez pas » ou « du bruit ? Quand ? Cette nuit ? Roh vous avez bien le droit de faire la fête hein ! ». Aujourd’hui je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’être mon voisin. Sauf s’il est livreur chez La Redoute. Entre celui qui allume sa radio à 6h du mat si fort que j’ai l’impression qu’elle est branchée à mon chevet, celui qui s’est dit que mon rebord de fenêtre serait l’endroit idéal pour foutre ses mégots (toi, si je te chope), ceux qui laissent leur mioches s’entrainer pour les 20km de Paris dans leur salon au-dessus de ma tête, celui qui ne dit pas bonjour (ah non ça c’est moi, pardon), celui qui ne loue son appartement en AIRBNB qu’à des partouzeurs, celui qui part bosser sans fermer l’eau du robinet, ceux qui déposent leurs bouteilles en verre dans la benne le dimanche matin à 5h (après leur soirée mais pendant ma nuit) – eux je pense que si j’arrive à trouver le courage de descendre la prochaine fois, ça va envoyer des coups de tesson.

Et dans cette folle ambiance, t’as toujours un connard, LE connard, pour venir te dire un jour avec son casque de trottinette sur la tête « on fait une petite fête des voisins ce soir, vous viendrez bien boire un verre de punch !? ».

Je ne peux plus aller au cinéma. Et c’est un gros deuil que je dois faire car la cinéphile que je suis pleure le temps où le cinéma était encore un plaisir. Tout m’est insupportable. A commencer par les gens qui puent. Oui, je suis désolée mais soit j’ai un sens de l’odorat beaucoup plus développé que le commun des mortels, soit les gens font preuve d’une légère paresse avec l’hygiène. J’ai tendance à penser que mon odorat n’a rien de plus que celui des autres. Je ne parle pas de celui qui a l’haleine d’un vieux pendant la canicule parce qu’il a mangé des Pop-Corn (parce que ça pourrait être moi), même si bon, ça pue beaucoup. Non, je parle de celui ou celle qui retire ses chaussures pour « se mettre à l’aise » mais qui a dû tisser ses chaussettes avec du fil de camembert. Là, pardon mais c’est non. NON. Si tu veux te mettre à l’aise et laisser respirer tes pieds bah tu restes chez toi et tu regardes Netflix. Bon, si c’est pour aller voir les films de ma sœur t’as la permission. En vrai, tu es presque aussi détestable que ton pote qui renifle. JE HAIS LES GENS QUI RENIFLENT. Je ne comprends pas le principe, explique-moi, t’es pas agacé de renifler toutes les deux secondes pour éviter que la morve coule sur ta chemise ? Tu ne veux pas aller aux toilettes piquer du PQ si tu n’as pas de mouchoirs ? Ou alors je ne sais pas moi, sois audacieux, prend ta manche (ou même la mienne stuveux) mais pour l’amour du ciel ARREEEEETE. 

Aussi, t’as les enfants qui te donnent des coups de pieds dans le siège à t’en fissurer les vertèbres et les parents à côté qui ne disent rien. Dans ces moments-là, je n’ai qu’une envie, c’est d’attendre d’être sortie de la salle et de mettre un bon grand kick dans le dos des parents. Aaaaaah t’as vuuuu c’est chiant hein ?

Et je vous passe tous les autres individus diaboliques croisés au cinéma comme celui qui commente chaque scène à voix haute, celui qui rit quand personne ne rit, celui qui fouille pendant 15 minutes dans ses pop-corn (explique-moi ce que tu fais s’il te plait. Tu es payé par le réalisateur du film concurrent pour niquer la séance ? Tu as un toc ? Tu cherches la fève ?), celui qui se lève dix fois pour aller pisser ou celui qui se met devant toi alors qu’il fait deux mètres et qu’il ne s’est pas coupé les cheveux depuis la mort de Lady Di. 

Je ne peux plus supporter les restaurants où on te dit « on ne prend pas les réservations désolé ». Ça devrait être interdit. Mieux encore, ces restaurants où tu dois faire la queue pendant 1 heure mais juste pour réserver.

« Alors alors, ben écoutez on peut vous avoir une table à 22H30.

– Il est 19H 

– Oh ben faites un petit tour, allez prendre un verre quelque part en attendant »

Bah ouais excellente idée on va faire ça non ? On va aller boire des bières pendant trois heures avant de diner. Thug life.

Je ne supporte plus de prendre le métro (ça fera l’objet d’un prochain post), de prendre un Uber (ça fera l’objet d’un paragraphe dans le post sur le métro) et moi qui adorais marcher je suis aujourd’hui obsédée à l’idée de me faire faucher par une trottinette électrique. Je crois que je préfère mourir en glissant dans ma baignoire, nue et maladroite. Vous êtes nombreux à m’avoir demandé d’écrire sur les trottinettes et ma réponse est : non. Je m’applique tant bien que mal à ne pas aller trop loin dans la vulgarité (dieu sait que c’est tentant) et le sujet des trottinettes réveille la part la plus sombre de mon être. Je vous préviens ça ne serait drôle pour personne. 

Et en Vélib’ j’ai peur de mourir, aussi. 

Je ne supporte pas
Les gens qui sifflent
Les gens qui parlent fort
Les gens qui klaxonnent
Sortir quand il y a du vent
Sortir quand il fait trop froid
Dormir quand il fait trop chaud
Les gens qui se plaignent (alors que je ne sais faire que ça)
Les gens qui se croient plus intelligents que tout le monde
Les gens qui mangent la bouche ouverte
Les gens qui font du bruit en buvant
Les gens qui lèchent leur couteau
Les gens qui ont « arrêté » de fumer mais qui fument ton paquet en soirée
L’orage
La voix de Calogero
Les gens qui te font des bisous mouillés quand ils font la bise
Les gens qui ne font pas de bisous quand ils te font la bise
Les gens sales (prochains post aussi ça)
Les gens qui respirent fort
Les gens qui ne parlent que d’eux
Les gens radins
Aller chez le dentiste
Avoir mes chaussettes qui roulent sous mon pied
Avoir un truc entre les dents (genre la peau de saucisson ou la pulpe d’orange tu sais ?)
Dormir avec le nez bouché
Devoir me gratter le palais avec la langue
Avoir une ampoule qui saute dans la salle de bain
Devoir déboucher la baignoire (et retirer, la gerbe haute, ce tas de trucs dégueulasse qui ressemble à un petit monstre poilu).
Arriver devant un magasin fermé
Que mon sac de course se déchire juste avant d’arriver chez moi
Attendre les livraisons La Redoute (ah mince c’est la troisième mention)
Être à découvert
Les turbulences dans l’avion
Quand la vendeuse m’a laissé l’antivol
Quand mon père m’engueule (ça arrive encore parfois)
Quand ma sœur est triste
Quand ma mère aussi
Quand les nuits sont trop longues

Et puis, à certains moments, je propose un break à mon amertume, je m’octroie une parenthèse pacifique et je regarde autour de moi comment va, vit, le monde. Alors, je remarque ce monsieur en bas de chez moi dont le corps affamé se couche sur le béton humide, j’entends celui qui quémande fort dans un wagon où tout le monde (moi la première parfois) semble préférer faire le sourd, j’imagine celui qui voit dans l’hiver la mort qui s’approche quand nous on râle de devoir faire les cadeaux de Noël. Je lis ce message d’une amie proche qui m’annonce que sa mère est décédée dans la nuit, je vois cette dame âgée qui sûrement vit seule, je vois ce mec qui bosse jour et nuit dans la superette en bas de chez moi. Je lis cet article sur cette (énième) femme tuée par son mari. Je pense aux enfants de cette femme tuée par son mari. Et puis je regarde ce vieil homme qui me parle de mon chien, ce jeune homme avec un bouquet, cette femme qui tend un mouchoir à sa voisine qui pleure, celle qui attend ses enfants devant l’école avec des chocolatines (chut), cette jeune fille qui sourit. Je pense à tous ces gens que mon aigreur pourrait rendre aigris. Et je me dis que je vais éteindre mon ordinateur pour aller me faire un ciné.

Tu n’es pas seul(e) si

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Tu caches ton Voici dans ton Grazia quand tu prends le train

Tu as déjà répondu à une story qu’on t’envoie au lieu de répondre à la personne qui te l’envoie (faut la lire plusieurs fois celle-ci)

Tu penses que le monde entier est un mytho quand il dit préférer la Nocciolata au Nutella 

Tu te mouches discrètement dans ta manche quand ton nez coule sans que tu n’aies rien demandé 

Tu sens tes chaussettes portées la veille pour savoir si tu peux les mettre un jour de plus 

Tu veux que Xavier Dupont de Ligonnes soit retrouvé pour de vrai 

Tu as le seum pour Guy 

Tu attends toujours ton colis La Redoute

Tu cliques sur les faits divers horribles dans ton fil d’actu alors que tu le sais, tu seras traumat’ pour la journée

Tu rêves d’être cette fille qui fait du yoga tous les matins, des stages de méditation et boit des jus detox alors que tu manges des Figolu, bois du coca rouge et ne touche pas tes pieds avec tes mains

Tu dis que les voyages c’est fait pour marcher et visiter alors que tu passes ta journée à lire du Musso à la piscine

Tu as une tête en forme de courge butternut et un menton de trois mètres quand tu ouvres ton appareil photo sur ton portable et qu’il est en mode selfie

Tu demandes à tes copines de te prendre en photo sans que tu le saches alors que tu le sais  

Tu prônes des valeurs écolo mais que tu prends six bains par semaine et bouffes des avocats en intraveineuse 

Tu négocies avec ton enfant de lui mettre un épisode de Titeuf pour sauter l’histoire du soir

Tu sautes une (ou quatre) pages quand tu lis l’histoire du soir

Tu as inventé un personnage qui s’appelle Grand Loup de Fer ou Sorcière à Barbe pour que ton enfant ne se relève pas la nuit

Tu repousses d’une semaine (ou deux) le moment où tu dois changer les draps 

Tu juges les gens ignares mais regardes les marseillais en cachette 

Tu fais semblant de ne pas avoir vu quelqu’un alors que tu as très bien vu ce quelqu’un 

Tu vas voir un film d’animation japonais avec une amie intello et que tu as envie de te tailler les veines 

Tu as déjà hésité à poster une story un peu moqueuse par peur de niquer ton karma

Tu as déjà raconté ta vie toute entière en étant bourrée et tu chiales de honte le lendemain

Tu dis que tu es malade en soirée juste pour ne pas faire la bise aux gens 

Tu as déjà refusé un date avec un mec parce qu’il avait des chaussures moches 

Tu peux rompre parce que l’autre a décidé de péter et que c’était trop tôt dans la relation 

Tu fais parfois couler l’eau du robinet quand tu es aux toilettes

Tu fais des envolées féministes mais que tu pleures quand il a oublié de changer l’ampoule du plafonnier

Tu fais semblant de comprendre les paroles d’Aya Nakamura et dis cookie dans le sac

Tu deviens vegan le 1er janvier et fais une raclette le 3

Tu pleures comme un enfant de trois ans quand tu te cognes la tête dans le coin de la fenêtre ou le pied dans la table basse

Tu te fais un Deliveroo alors que tu as fait les courses la veille

Tu n’oses pas dire à ta pote que son mec est un bon trou du cul (allez les filles, j’attends vos textos)

Tu crois que ton mec va te demander en mariage dès que vous partez en vacances 

Tu laisses ton chien faire caca dans le salon parce qu’il fait froid dehors et que six heures un samedi c’est trop tôt

Tu as envie de taper fort l’enfant au parc qui te hurle dans les oreilles ou celui qui porte ton chien en lui tirant les moustaches 

Tu attends que quelqu’un d’autre que toi ouvre la porte du wagon de métro pour ne pas toucher la poignée 

Tu as encore peur du noir à 31 ans et que tu regardes parfois sous ton lit (juste pour être sûre)

Tu rêves de manger des Monster Munch et des Pringles crème/oignons quand tes copines parlent d’un apéro crudités 

Tu ne peux pas dormir seule dans la maison de tes parents quand ils ne sont pas là 

Tu connais la dame du passage clouté rue des Trois Bornes et tu rêves de lui dire de fermer sa gueule 

Tu as déjà un peu fantasmé sur un pote de ton mec ou le mec d’une pote (et vlan le pavé dans la mare)

Tu as des culottes moches pour les jours de règles

Tu trouves que l’enfant de ta pote est très laid, ou très con

Tu demandes discretos à ta sœur (ou autre personne de confiance) si tu n’as rien dans le nez après t’être mouchée 

Tu regardes dans ton mouchoir (je sais c’est terrible)

Tu as presque hâte d’avoir un point noir juste parce que quand il sort c’est le paradis 

Tu as déjà fabriqué un tampon avec du PQ

Tu vides la bouteille de shampoing sec avant un dîner parce que t’as la flemme de te laver les cheveux 

Tu as déjà dîné avant un dîner pour ne pas te jeter sur la bouffe

Tu regardes ce que ton voisin dans le métro est en train d’écrire sur son portable 

Tu observes le comportement des hôtesses de l’air à chaque turbulence parce que si on est en train de se crasher elles arrêteront de sourire bêtement à priori 

Tu as une playlist quali pour les apéros chez toi mais que dans le métro tu écoutes Chimène Badi

Tu as déjà oublié de connecter tes écouteurs à ton portable dans le métro et que tout le monde écoute avec toi Chimène Badi

Tu as l’impression que j’ai écrit ce post à la dernière minute et que je vous fais une belle pirouette avec ces « tu n’es pas seul(e) si »

J’ai une sœur

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Après avoir parlé des galères de rentrée, des crottes de nez de ma fille, de mon angoisse d’enfanter, des joies d’être Free Lance et de mon amour pour Claude, une évidence m’est apparue pour le sujet qui vient : écrire sur Alice, ma sœur. Et même plus, écrire à ma sœur. Cet être divin né un peu plus de trois ans après moi pour me piquer mes parents et ma joie de vivre. 

Tout a commencé quand tu as débarqué dans ma vie pour venir tout foutre en l’air. Toi et ta gueule de bébé parfait. Tu es née avec la coupe de cheveux d’un footballeur des eighties, une tête de poupon Corolle, un sourire à faire flancher un garde anglais et toute l’attention du monde au-dessus de ton berceau. Pas facile pour moi, jusque-là fille unique, de te faire une place. Pourquoi d’un coup il me fallait partager mes parents, ma chambre, mes affaires et ma maison ? Je crois d’ailleurs qu’il faut quand même que les parents qui pensent faire un cadeau à leur enfant en en faisant un second réalisent que c’est une belle connerie. Et même si votre gosse vous réclame un petit frère ou une petite sœur pour ne pas se faire chier le dimanche après-midi quand vous faites la sieste devant la Casa de Papel, dans la vraie vie il sera comme le reste du monde : dé-goû-té. Au début, en tout cas. 

J’ai longtemps cru, pendant la petite enfance, que la vie serait plus douce sans toi. Si tout redevenait « comme avant ». Le avant où j’étais seule avec mes caprices et que le monde tournait autour de moi. Et puis, n’ayant pas eu franchement le choix, j’ai commencé à me prendre au jeu. 

J’ai vite aimé passer du temps avec toi, t’entendre rire, accepter de faire la Barbie méchante, le requin dans la piscine, t’apprendre à faire semblant de dormir quand les parents nous forçaient à faire la sieste, planquer tes jouets dans le sable à la plage (et ne jamais les retrouver), se cacher dans le grenier chez mamy, manger le Nutella à la cuillère quand les parents regardaient la télé, négocier avec eux pour qu’on dorme ensemble chaque soir, te consoler quand tu avais du chagrin, te rassurer quand tu avais peur, te faire peur à mon tour, comploter pour effrayer les nounous (les faire démissionner même parfois), cacher des oisillons dans nos draps, fabriquer un cimetière d’araignées, faire du bateau gonflable, des cabanes dans les lits superposés, manger des glaces en Bretagne, ruiner papa à la fête foraine, foncer dans l’étang en voiture de golf, s’applaudir aux spectacles de danse, avoir des fous rires à table, se faire punir parce qu’on avait des fous rires à table, se chamailler en voiture, se réconcilier, se chamailler à nouveau… 

De la complicité en grande majorité mais quelques petits coups de pute quand même, pour le principe. Comme quand tu as recouvert mon cartable neuf au marker indélébile, troué sur un grillage mon sweat préféré, fini le fromage à raclette et dit que c’était moi ou jeté ma grenouille en peluche dans la merde de notre chien Julot, « pour rire ». Liste non exhaustive qui ne fait pas le poids face au jour où je t’ai demandé de m’accompagner à la cave, tu avais 4 ans, pour te montrer où les parents cachaient les cadeaux de noël. J’avoue qu’aujourd’hui, à 31 ans, je trouve ça vraiment cheum. Si tu n’avais pas eu la fâcheuse manie de me réveiller à quatre heures du matin pour voir si le père noël avait bouffé ses Gerblé et bu son chocolat, tu aurais possiblement goûté à la magie encore un peu. Désolée. 

Et puis, les années ont passé, nous avons grandi et quitté ce monde de jouets, d’innocence et de rires pour rejoindre celui des autres. 

Avoir une petite sœur c’est se sentir investie d’une mission de protection. Parce qu’elle n’est pas donnée qu’aux grands frères. C’est détester d’office tous ceux qui pouvaient, d’une façon ou d’une autre te faire du mal. Te rendre triste, te faire sentir vulnérable. Et comme je ne savais pas nécessairement faire la part des choses et prendre le temps de connaitre ton entourage, je blacklistais tout le monde. Plus simple. Les copines, les copains, les petits copains : il fallait souvent passer un simulacre d’examen d’entrée auprès de moi pour espérer trouver une petite place dans ta vie. Un privilège de cet ordre ne se gagnait pas sans mérite. Et à toutes celles et ceux qui prenaient la menace à la légère, il suffisait d’évoquer le jour où j’avais arraché avec mes incisives le lobe d’oreille d’un ado qui t’avait frappée. Tu avais 7 ans, j’en avais 10. C’était le soir de la coupe du monde 1998. Quand le foot marquait l’histoire, que Griezmann se faisait signer le ballon par Thierry Henri, que la France vibrait et que les éclats de pétards fendaient le ciel, moi, je goûtais à la chair humaine pour te venger. La vida loca. 

De cet épisode sanglant j’ai gardé quelques images fâcheuses, une phobie des lobes et le doux surnom de Mike Tyson. Ça a également marqué le début d’une ère, celle durant laquelle j’ai décidé d’anéantir tous les garçons qui s’approchaient de toi, même ceux qui venaient en paix. Nanana, oust, du balai, elle n’est pas à prendre, elle est trop bien pour vous. Si bien que tu as fini par m’en vouloir, me sommant de ne plus me mêler de tes histoires. Je devais d’un coup te laisser vivre tes expériences avec toutes les têtes de cul du collège. Oui, ils avaient des têtes de cul. De gland même. Une mise en quarantaine qui ne m’a pas empêchée de proférer quelques menaces quand l’occasion se présentait. J’ai mis 23 ans à accepter que quelqu’un d’autre que moi partage ta vie (Paul, ne t’enflamme pas non plus, je ne suis jamais bien loin). 

J’ai mis un peu de temps aussi à accepter qu’on soit très différentes toi et moi. Que tu sois blonde aux yeux bleus quand je suis brune aux yeux marron (un peu verts en été au soleil. Ah non ? Bon noisette alors), que tu sois joueuse quand j’étais boudeuse, que tu sois première de ta classe quand je passais en conseil de discipline, que tu sois prodige au piano quand j’avais 7/20 en flûte, que tu fasses de la danse classique à haut niveau quand j’ai mis 3 ans à avoir ma ceinture jaune de judo, que tu cuisines délicieusement bien très jeune quand je fais encore, à 31 ans, brûler mes gâteaux, que tu sois toujours gentille quand je peux être garce, que tu m’aimes sans conditions même quand tu apprends que je t’ai volé ta bague Chloé (Margaux Dessaint Rafflin est complice, je ne plongerai pas seule). 

Le plus dur je crois quand on est une grande sœur, c’est de voir l’autre grandir. De la voir devenir femme, indépendante, de ne plus avoir de ses nouvelles chaque minute de chaque heure de chaque journée, l’entendre parler de lieux qu’on ne connait pas, de gens qu’on ne connait pas, accepter qu’elle ait aussi un monde dans lequel on n’existe pas, que sa vie se vit aussi sans moi, que le duo que nous formions petites n’est peut-être plus aussi solide. Plus aussi exclusif en tout cas. 

Une grande sœur c’est un peu comme une petite maman. Avec la haine en plus.

Parce que, tu le sais sans doute mais c’est bien que je te le redise, je t’aime autant que je te hais. Parfois même je crois que je pourrais te buter (pour de faux). Quand tu te ligues avec les parents pour me reprocher des trucs, quand tu prends tes airs de dame pour me sermonner, quand tu me piques une fringue pour la soirée et que cette soirée dure 8 mois, quand je cherche mon nouveau mascara pendant 48 heures alors qu’il est dans ta trousse de toilette (mais que tu es déjà dans l’avion pour quinze jours de vacances), quand tu te défends d’un truc en me disant « ah bah venant de toi c’est la meilleure », quand tu fous le bordel dans mon appart, quand tu me dis que mes placards sont mal rangés, quand tu m’engueules parce que je suis en retard UNE FOIS alors que tu l’es TOUT LE TEMPS, quand tu me dis que je ronfle alors que c’est faux. Pour toutes ces raisons-là je peux te dire que je t’ai souvent vue comme un fardeau.

Et pour autant, c’est le moment dégueulasse de niaiserie que vous attendiez tous, avoir une sœur c’est certainement le plus beau cadeau que mes parents m’aient fait. Après la paire de Buffalo à mes 15 ans. 

Aujourd’hui tu as 28 ans et moi 31, l’âge de raser la tête des Barbies et de jouer à cache-cache est déjà loin mais je garde quand même en moi l’envie immuable de te protéger (si je dois mordre encore je le ferais), de te consoler quand tu as du chagrin, de te rassurer quand tu as peur (parce que la vie fait peur quand même encore à nos âges), de te réchauffer quand tu as froid, de rire avec toi aux blagues de merde, d’avoir toujours un regard en coin quand tu me présentes une nouvelle personne, de t’écouter toute la nuit quand tu angoisses, de te soutenir quels que soient tes projets (sauf si c’est d’épouser Nicolas Bedos), de t’accompagner partout où tu auras besoin de moi parce que je t’aime et que même si tu essaies parfois d’inverser les rôles, la grande sœur ici, ça reste moi. 

Aux sœurs…