L’Amour le love ÉPISODE 1

Laisser un commentaire
Non classé

Parmi toutes les idées que vous m’avez suggérées, les histoires d’amour ont la fame. Les ruptures, les dates, le couple… J’ai noté l’importance de ces sujets pour bon nombre d’entre vous et donc j’ai décidé de m’y atteler aujourd’hui. Je suis en vacances au bord de la mer, loin des assureurs en costard et trottinette, des gens qui se curent le nez dans le métro et des parents d’élèves. Très encline à laisser mon aigreur au placard et à parler d’amour donc. Ne boudez pas votre plaisir. 

Cette saga sera composée de trois épisodes (les dates, le couple, la rupture) étalés sur trois mercredis. 

Épisode 1 : LES DATES

Je vous vois venir les puristes de la langue française qui vont se régaler à m’envoyer des MP pour me dire que rendez-vous galant c’est français, que date c’est anglais et que l’âge n’a rien à faire là-dedans. Je vous répondrai à ça que votre combat est noble et que je bute volontiers ceux qui font du franglais à tout va (n’oubliez pas que j’ai travaillé dans un magazine de mode) mais, arrêtez-moi si je m’égare, personne aujourd’hui en 2020 n’a de vie sociale attractive en utilisant « mot-dièse » au lieu de hashtag. Disons que date c’est un peu pareil. Et si vraiment on veut faire honneur à nos origines gauloises, rencard peut faire l’affaire. Mais pas rendez-vous galant. 

Et date c’est mieux. 

En ce qui me concerne, je suis un peu un fossile en la matière et mes souvenirs sont vaporeux mais je suis entourée de suffisamment d’oiseaux volages et de célibataires endurcies pour en connaitre un rayon sur les débuts amoureux. Notamment les premiers soirs. 

Parfois ça me manque un peu, les premiers soirs. Ceux où rien n’est plus important que le moment présent, ceux pendant lesquels on voudrait arrêter le temps, ceux où tout ce que peut dire l’autre fait sens. Aujourd’hui, je nage dans le bonheur hein, ça n’est pas la question. Même si parfois, pour qu’il m’écoute quand je parle et qu’il lève la tête de ses mails, je suis obligée de lui dire que je couche avec son frère et que j’attends des triplés (de son frère ou de lui peu importe, dans les deux cas il se foutra en l’air). 

Il y a dans les premiers soirs quelque chose de terriblement excitant. Une énergie aliénante à mi-chemin entre le stress, l’euphorie et la peur. On a toutes vécu ça un jour, cette journée passée à se demander comment on va bien pouvoir s’habiller, pas trop pute mais pas trop schlag, quel parfum on va porter, pas trop fort mais pas trop fleur, quels sujets on va aborder, pas trop intellos mais pas trop cons non plus. On n’est jamais vraiment soi-même lors d’un premier dîner/verre. Il y a toujours une part de nous qui cherche à répondre à ce que l’on croit être les désirs de l’autre, alors qu’il serait parfois tellement plus simple de se laisser aller et de montrer qui on est réellement (Pauline, on en rediscutera si tu veux mais savoir faire l’alphabet en rotant c’est peut-être pas vendeur vendeur). 

Je dinais l’autre soir avec une amie qui venait (lasse d’attendre la rencontre fortuite sous la pluie ou le coup d’épaule dans la rue qui fait tomber la pile de bouquins) de s’inscrire sur Tinder. Autour de moi, j’ai de nombreuses connaissances qui ont sauté sur les applis de rencontre à la minute même où les développeurs avaient déposé les brevets, mais généralement elles ont en commun d’être curieuses, audacieuses, nymphomanes aussi, parfois. Cette amie c’est un peu tout l’opposé. Elle est douce, romantique, rêveuse. Trois verres de rouge (2020 sans alcool ? hein quoi ? qui ?) et cinq ans de couple dans ma bourse, il ne m’en fallait pas davantage pour la supplier de me laisser usurper son identité vingt minutes en jouant avec l’appli depuis son profil pour l’aider à trouver le prince charmant. (J’ai aussi fait quelques matchs pour rire et elle n’était pas très contente). 

Je te préviens Sylvain, je suis à deux doigts de m’inscrire sur Tinder juste pour m’amuser le soir. Sur l’application j’entends. 

Il y a du bien et du moins bien. Surtout du moins bien. (Je ne parle pas du physique hein, même si, bon).

Déjà, tout est dit dans la photo de profil. J’ai repéré quatre catégories de l’enfer qui reviennent fréquemment.

Le mec qui tire la langue. Lui pense que ça lui donne un air cool, mais en réalité personne n’a l’air cool en tirant la langue, personne. Vraiment personne.

Le mec qui met une photo de lui avec son chat. Il se dit sans doute « toutes les filles aiment les chats, ça donne de moi l’image d’un mec mignon, sensible ». 
Ça donne surtout de toi l’image d’un mec qui fait des selfies avec les chats. 

Le mec qui ne met que ses abdos en photo. Bon, là c’est compliqué quand même et ça peut vouloir dire trois choses. La première : qu’il se trouve bien trop laid pour mettre son visage en photo (ça fait de la peine ça un peu). La deuxième : qu’il est bien trop con pour savoir cadrer quand il fait un selfie (peu probable). Et la troisième : qu’il est bien trop en couple pour prendre le risque qu’on le reconnaisse (ça c’est pas bien). Dans les trois cas, à priori, on ne va pas chercher le match.

Le mec qui met une seule photo et il y a du monde dessus. Ceux qui mettent une photo avec plusieurs potes, et là de toute évidence on peut être certaine qu’il s’agira du plus moche, sinon il se serait contenté de mettre une photo de lui seul. (Oui je sais la beauté c’est subjectif mais parfois c’est assez simple. S’il faut, par exemple, choisir entre Tom Hardy et Louis de Funès je ne m’avance pas en disant qu’on sera toutes d’accord). 

Dans cette catégorie il y a aussi le mec qui met une photo avec une fille. Dans ces cas-là on peut se demander s’il s’agit de sa meuf (au moins c’est clair), de sa sœur (c’est gênant) ou d’une amie (le bon pote, c’est mignon mais… c’est mignon). 

Un bon conseil messieurs, soyez juste… mmmm… normaux. Ça ne sera déjà pas si mal. (Mention spéciale quand même à ceux qui mettent des photos d’eux nus dans la neige avec un bonnet à pompon ou bourrés et déguisés en ballerine, je suis prise mais je vous aime en secret). 

J’ai découvert aussi, à travers les folles péripéties de mes amies, qu’il existe des hommes qui vont droit au but. Genre, vraiment droit au but. Je ne suis pas spécialement coincée mais je suis quand même un peu à cheval sur la galanterie, un minimum quoi. Si tu m’offres un verre*, que tu fais semblant d’aimer Céline Dion et que tu me dis que je sens bon des cheveux, tu auras déjà fait la moitié du taf (au moins pour la soirée). 

Mais alors, j’ai vu des messages sur Tinder… PITIÉ.
« Si tu veux on baise ». Ben je préfère qu’on discute un peu avant si tu n’y vois pas d’inconvénient, même pas très longtemps. Que je puisse rapido faire le point sur deux trois choses essentielles comme ta voix, la longueur de tes ongles, ton humour et ton haleine. 

J’ai découvert aussi le super like. Et quand j’ai demandé naïvement ce que ça voulait dire à mon amie, j’ai eu pour réponse « bah c’est quand tu kiffes vraiment le mec ». Aaaaaaaaah, pardon. Donc les autres likes ça veut dire que tu kiffes moyen. Ça revient à dire « t’es pas dégueulasse mais peut mieux faire ». Perso, j’aurai du mal déjà à entamer une relation en sachant que tout est parti d’une rencontre Tinder. Alors si en plus je sais que je n’étais pas son super like, on partira sur de très mauvaises fondations. 

*J’ai écrit plus haut « si tu m’offres un verre tu as déjà fait la moitié du taf ». Et il se peut que cette phrase réveille les élans vénères-féministes de certaines lectrices. Je vous aime, je vous soutiens, je vous écoute, je suis féministe. MAIS, DÉSOLÉE, LE PREMIER VERRE C’EST LUI QUI PAIE. Parce que dites-vous bien une chose, c’est que le mec qui divise la note par deux ou vous laisse tout payer c’est certainement pas parce qu’il est à cheval sur la parité hein. Non, à priori c’est juste une grosse pince. Ou un fauché et en vrai c’est relou aussi (vous savez que j’ai raison). 

Vient, juste après et si le date a été concluant, la première nuit. Concernant le nombre de rendez-vous à respecter avant de se livrer à l’épreuve de la première nuit, il n’y a pas de règles. 

Mais, à priori, c’est un moment quand même important. Celui où tout est gênant. Quand tu n’as pas forcément anticipé la fin de soirée et que ton nécessaire de toilette est sagement resté chez toi, quand tu fais mine de bien dormir en string alors que tu rêves d’être en pyjama, quand tu n’oses pas aller faire pipi parce qu’on entend tout depuis sa chambre, quand tu fais semblant de te réveiller douce et fraîche à 9h alors qu’à 6h tu étais dans la salle de bain pour nettoyer le mascara sous tes yeux, brosser ta frange en visière de casquette et te laver les dents au doigt pour mentholer l’antre plein de vin et de salive qui est ta bouche. Et puis, pour avoir l’air saine et dynamique, tu enfiles ton jean, bois un grand verre d’eau et déclines la proposition de dégustation de viennoiseries qu’il te fait avant de sauter dans un Uber. Tu as trop peur d’avoir des miettes de croissant collées dans les narines et les sourcils, et puis tu fais attention à ton alimentation. Tu mangeras un paquet de crêpes Whaou et boiras du Cacolac bien tranquillement une fois chez toi. 

La partie que je préfère, c’est l’après-date. Les jours qui suivent le premier soir. Surtout quand il ne s’agit pas de moi. J’adore écouter mes copines me raconter comment s’est passé le date, comment aussi ça se passe depuis, ce qu’elles écrivent, ce qu’elles n’écrivent pas, les questions absurdes et pourtant bien réelles comme « j’attends un peu avant de répondre non ? Genre à 16h c’est bien ou ça fait la fille qui ne travaille pas ? », « si j’écris ça ça va ? Je mets un smiley ou juste un point ? », « si ça se trouve il pense que je ne l’aime pas et du coup il n’ose pas me réécrire tu ne penses pas ? ». Et puis, d’un point de vue extérieur on se rend aussi compte parfois à quel point il suffit d’être un peu amoureuse pour devenir complètement conne (je m’inclus totalement dans cette catégorie hein). Sauf que c’est jamais simple de le dire à une amie avec autant de transparence. Vous pouvez lui faire suivre ce texte du coup.

En réalité, un mec c’est quand même un être assez peu complexe, qu’on se le dise. Alors il est parfois inutile d’essayer de lire entre les lignes. Il n’y a pas de message subliminal, promis. S’il ne nous répond pas pendant quinze jours ça n’est pas parce qu’il a écrit puis effacé cent fois son message de peur de mal faire, non c’est juste qu’il s’en cogne en fait. S’il nous met un smiley avec des lunettes de soleil ça ne veut pas dire qu’il est amoureux de nous, ça veut juste dire qu’il a mis un smiley avec des lunettes de soleil. S’il nous appelle uniquement le samedi soir quand il sort de soirée ça n’est pas parce l’alcool l’aide à exprimer son amour pour nous, non ça veut juste dire qu’il veut baiser. S’il couche avec d’autres filles ça n’est pas pour réveiller chez nous la jalousie qui dort, c’est juste parce qu’il n’en a rien à foutre de notre gueule. Je sais ça fait mal. 

Non, un mec s’il vous aime bien il le dira et le montrera. Voilà. Et si tout ce petit monde est sur la même longueur d’onde, naîtra un couple. Suite dans l’épisode 2 pour en parler, à la semaine prochaine. Love. 

Les EVJF

comment 1
Non classé

Je sens que je risque d’étoffer encore un peu la liste des gens qui me veulent du mal, mais j’aimerais vous parler aujourd’hui de mon point de vue sur une tradition que je juge discutable : les EVG et les EVJF. Enterrement de vie de garçon et enterrement de vie de jeune fille, donc. 

Mon âge avancé (je fais une petite dépression passagère de bientôt deux ans depuis que j’ai eu trente ans) et mes relations font que j’y ai maintenant le droit chaque année ou presque. Quand je n’arrive pas à trouver une excuse valable pour me défiler (j’attends présentement que les messages acerbes s’affichent sur mon portable).

Et pourtant, ceux qui me fréquentent pourront le dire, la fête ça me connait.

Anniversaires, pots de départ, pacs, bar mitzvah, tout évènement fédérateur où les gens s’aiment et boivent des mélanges qui soulent font de moi une femme heureuse. 

Même aux mariages je mets le feu, je joue le jeu. Je danse le Madison, je sors des photos dossier pour le PowerPoint qui sera balancé entre le plat et la pièce montée, je crie d’enthousiasme au moment où la mariée exhibe sa jarretière (alors que rien au monde ne me donne plus envie de disparaitre. À part peut-être le duo Ève Angeli x Francky Vincent), j’écoute en souriant les discours gênants, je ris des mères bourrées qui chaloupent à 4 du mat… En vrai, à tout ça moi je dis : pourquoi pas. Le caméléon que je suis ne recule devant aucune expérience anthropologique. 

Mais QUID de cette fête célébrée quelques semaines avant la tant attendue union pour enterrer ce qu’il vous reste de liberté et de jeunesse ? Parce qu’à priori c’est quand même bien de ça dont il s’agit. ENTERREMENT DE VIE DE JEUNE FILLE. Plus j’essaie de comprendre le concept, plus il m’échappe. 

Tout le monde a pourtant l’air de trouver ça OK que la future mariée s’isole avec ses copines, le futur marié avec ses copains et que tout ce petit monde se la colle gaiement pendant 24h (à minima) pour jouir de la vie avant que le mariage ne vienne la gâcher. J’ai un faible pour le pathétisme pourtant hein, mais là, bon. 

Et je ne parle même pas des différents supplices auxquels il est possible de faire face. Allez si, j’en parle.

Déjà, et c’est de là que naissent les heurts, il est rare que tout le monde se connaisse dans le groupe. C’est souvent un condensé des meilleures amies de la mariée à travers les époques, avec sa belle-sœur et sa cousine en prime. Une dizaine de personnes aux profils possiblement disparates qui vont devoir cohabiter dans la bonne humeur pendant plusieurs jours/heures. Et dans le lot il y en a toujours qui pensent pouvoir tout organiser sous prétexte qu’elles la connaissent depuis plus longtemps. Malheureusement, le passé nous a à tous prouvé que ce n’était pas nécessairement une bonne idée. Depuis plus longtemps ne veut pas dire qu’on la connait mieux, ça veut juste dire qu’on la connait depuis plus longtemps.

L’enfer commence à la création du groupe Whatsapp. 

Quand tu lèves les yeux de ton portable pendant deux heures et qu’à ton retour au monde connecté tu as reçu plus de notifications que le jour de ton anniversaire. On va où ? On fait quoi ? On loue quoi ? On loue qui ? 

L’avantage du groupe Whatsapp c’est que très vite tu comprends qui est qui et dans quelle mesure cet EVJF va être une épreuve dans ta vie. 

Tu as la friquée, celle qui suggère comme si tout était normal qu’on parte cinq jours à St Barth dans une villa avec piscine, elle dit des choses qui nous donnent envie de mal lui parler comme « il y a des billets pas trop chers en hors saison ».

Il y a la pauvre aussi, celle qui vit sa modeste vie et qui n’a pas les moyens de claquer 300 balles dans un week-end. À ne pas confondre avec la pince, celle qui gagne beaucoup d’argent mais qui sort des phrases comme « moi par-contre les filles, je vais avoir du mal à mettre plus de 75 euros je pense ». Ah bon, ben c’est pas grave t’inquiète, on va faire un paint ball et un Flunch. 

Tu as la relou, celle qui trouve un truc à redire dès que quelqu’un propose une idée mais qui ne propose rien en retour « euh ça en vrai je pense qu’elle va détester, ce n’est pas du tout son genre », « lol c’est vu et revu ce truc », « je ne veux pas faire ma relou mais c’est pas un peu ringard ? », « Comptez pas sur moi pour faire ça ». Le nombre de fois où j’ai écrit puis effacé : et est-ce que mourir ça te chauffe ?

La ringarde est souvent au cœur des attaques de la relou mais rien ne peut sabrer sa fougue. C’est celle qui nous demande nos tailles pour faire imprimer un tee-shirt que l’on devra toutes porter dans le train qui nous emmène en enfer (avec un « Team Chloé » floqué sur les seins), celle qui prévoit un diadème pour la mariée, c’est elle aussi qui évoque sans vergogne la possible intervention d’un strip-teaseur (dites-moi quelle femme est excitée par un homme en slibard qui fait des U.V, se tartine d’huile, s’épile les couilles et se trémousse sur du Beyoncé ? J’ai très envie de savoir).

Et puis tu as celles que tu découvres le jour J. La nympho, celle qui lâche les chevaux parce qu’elle est loin de sa vie chiante et qui a la culotte fugueuse après trois verres. Et la bourrée, celle qui ne tient pas l’alcool et qui devient ingérable avant même que la soirée commence (elle est souvent très embarrassante, parle mal aux gens, danse bizarrement et se met à vomir partout avant que minuit sonne).

Moi ? Je suis celle qui attend que ça passe.

Je n’ai pas parlé des hystéros bruyantes et pleines de Smirnoff qui, vêtues de tutus et d’ailes de fée, marchent en bande et arrêtent les gens dans la rue. J’ai peur d’aller trop loin.

Ce papier est un message détourné à mes amies que j’aime tant mais qui peuvent aussi avoir, parfois, de vraies idées de merde. S’il vous vient l’envie déraisonnable de m’organiser un EVJF sachez que rien ne peut me faire plus plaisir qu’un week-end à la campagne à jouer à Code Names (Claire et Popo je ne vous veux pas dans mon équipe en revanche), boire du bon vin, manger des crêpes au Nutella, twerker sur Cardie B, chanter du Céline, chanter du Cardie B, twerker sur Céline. Et que toute tentative d’humiliation fera l‘objet d’une désinvitation à mon mariage. Mariage qui pourrait bien ne jamais avoir lieu. Sylvain, si vous me lisez. Merci, bonne soirée. 

La charge mentale

Laisser un commentaire
Non classé

Je vous prie de bien vouloir pardonner ce retard de livraison, je ne bosse pas chez La Redoute mais j’ai eu quelques impondérables mercredi qui ont altéré mon inspiration. N’oubliez pas, quand même, que derrière cette auteure ivre de talent se cache un être humain.

La bonne nouvelle, c’est que je sais aujourd’hui sur quoi écrire. Je ne perds pas de vue toutes vos lumineuses idées et je promets de les mettre précieusement de côté (surtout les pantacourts, les radins et les gens qui puent de la gueule) mais pour le moment je vais un peu vous parler de : la charge mentale.

Plombeuse d’ambiance.

À vrai dire, c’est un terme que je n’aime pas particulièrement parce qu’il a été utilisé à toutes les sauces et étalé lourdement dans les magazines féminins. Un peu comme « pervers narcissique », cette pathologie psychiatrique bien réelle mais attribuée depuis quelques années à tous les mecs qui ont le feu à la bite, les indécis, les gros cons et les polygames. 

Pour autant, je dois bien admettre, que plus le temps passe, plus je m’aperçois que cette notion de charge mentale m’évoque vaguement quelque chose. 

Depuis des années, je fais tout de manière assez automatique, j’avance et je me retourne rarement. C’est ma façon à moi (et celles de beaucoup de gens sans doute) de ne pas tout remettre en question. Sans quoi je pense que j’aurais déjà quitté Paris, le stress et les studios au prix d’un manoir en Normandie pour aller à la campagne faire de la culture de piments d’Espelette. Ou du fromage de brebis. 

J’ai compris que je commençais un peu à saturer quand, hier, pendant l’anniversaire de ma fille, j’aurais donné n’importe quoi (même mes bottines Rossi et mon sac Vivier) pour que les enfants perdent l’usage de la parole. Vioup, plus de son. Que des petites bouches aux commissures souillées de chocolat qui se meuvent dans le plus grand des calmes. Mon rêve.

Mais non, Joséphine Ange Gardien est visiblement bien trop occupée à aider les jeunes violonistes et les apprentis cavaliers pour ne pas venir s’emmerder avec une trentenaire borderline et dix mouflets qui apprennent la céramique.

Et comme mon dévouement maternel s’apparente plus ou moins à du masochisme, j’ai considéré qu’il serait bien d’inviter à dormir les deux meilleures amies de Romy. Juste après l’anniversaire, sans transition. Ah oui, et seule aussi, j’oubliais. Parce que mon mec, en beau-père passionné mais malin qu’il est, a trouvé le moyen de s’esquiver juste ce week-end-là. Et comme si son absence ne méritait pas déjà une rupture (ou à minima un pull en cachemire au sèche-linge), il s’est amusé à m’envoyer des photos d’américaines en string et bas résilles (je précise qu’il était sur un tournage pour le travail) pendant que je coupais les parts de brownies et que je décollais les bonbons sucés sur la nappe. 

Je ne regrette rien, évidemment. Le bonheur de ma fille passe avant mes névroses mais je dois dire que tout ça demande une certaine énergie. Et une stabilité psychiatrique inébranlable. Parce qu’être gentille avec son enfant c’est facile, l’être avec les autres ça l’est moins. (Je sens que je vais lever le pied sur cette thématique de vannes, ça me ferait suer d’avoir un signalement aux services sociaux juste parce que j’ai voulu vous distraire). 

Les hommes ne se rendent pas compte de tout ce que nous faisons. C’est de là en fait que vient le problème. Et du fait aussi que nous, pour beaucoup, malgré nos convictions féministes et nos coups de gueule, on continue d’accepter d’en faire dix fois plus. C’est normal pour tout le monde, depuis la nuit des temps. 

Je me suis retrouvée à un diner il y a deux semaines, nous étions trois couples. Des gens biens, philanthropes, intelligents, féministes mêmes. Mais au moment de débarrasser, seules les filles se sont levées. Et nous avons regardé les hommes se mettre dans le canapé avec leur verre de vin et leurs discussions entamées à table pendant que nous étions en train de remplir le lave-vaisselle, disciplinées que nous sommes. Sur le moment cette soirée m’a parue tout à fait normale, aujourd’hui je me dis qu’il y a du boulot avant que nos réflexes ancestraux transmis de générations en générations (pas toi papa, je sais) soient réellement dissouts et que les choses changent fondamentalement. 

S’ajoutent à ces taches communes que tout le monde ou presque laisse naturellement aux femmes, les nombreuses autres.

Et mon statut de free lance n’a pas spécialement été mon meilleur allié pour gagner en soutien. J’en parlais déjà sur Maag et les free lance se sont reconnus, tu n’es aux yeux des autres qu’un chômeur branché. Ou un salarié en vacances. Un truc qui te permet de te taper toutes les tâches quotidiennes, en somme.

Préparer le petit déjeuner, aller à l’école, faire les lessives (une enfant et un sportif à la maison ça fait du linge), étendre les lessives, changer les draps, répondre aux mails, bosser, aller chez le gynéco, faire le ménage, prendre rdv chez le pédiatre, aller chez le pédiatre, voir ma psy (pour être une femme et une mère épanouie), retourner à l’école pour déposer les baskets de sport oubliées à la maison, voir les 78 notifications whatsapp du groupe de parents d’élèves mais ne pas les ouvrir, gérer l’administratif, penser aux vacances scolaires (qui tombent tous les quatre jours à peu près), aller faire ma couleur (big up Louis), aller chez le coiffeur (big up Etienne), aller au sport (parce qu’une femme active va au sport hein), voir ses amies, être une bonne mère, être une bonne femme, une bonne amante, une bonne tout court, trouver le temps de s’épiler (pour celles qui veulent, j’ai bien compris que c’était un sujet houleux), envoyer des vidéos de chiots à ma sœur, faire une to do list, discuter avec la gardienne, aller à mes rendez-vous de travail, promener le chien, appeler mes parents, noter le rendez-vous donné par la maitresse, prévoir une nounou, sortir boire des verres (pour garder une vie sociale alors que tu rêves de t’acheter un fauteuil Tecnovita et de passer ta vie dedans), déposer les colis Vinted au point relai, aller au pressing, récupérer ton enfant, l’emmener aux activités, penser à faire le sac de piscine, penser à défaire le sac de piscine, checker les lentes, faire le sac de judo, penser au goûter, répéter qu’il faut se laver les dents et faire pipi, signer le carnet de liaison, lire l’histoire, faire une attaque de guili, diner, lire (ou aller sur Instagram ou sur Netflix), gueuler parce que ton enfant se relève, commencer à te détendre et regarder ton mec qui te dit fièrement « t’as vu chérie j’ai vidé le lave-vaisselle et j’ai plié le linge aujourd’hui ? ». S’inscrire sur Tinder. 

Et on se retrouve à 21h un dimanche soir, pendant que les crêpes brûlent sur la poêle, à ne pas trouver de chute pour le papier que l’on publie déjà avec cinq jours de retard. 

Les anniversaires d’enfants

Laisser un commentaire
Non classé

J’ai envie de demander pardon par avance à tous les gens raisonnables qui n’ont pas d’enfant(s) et qui vont, de fait, se sentir un peu exclus par ce papier.

Pour autant, c’est un sujet qui devrait parler aux autres. 

Je demande pardon aussi à tous ceux qui vont devoir faire face à ce déferlement d’aigreur, je sais, j’avais pourtant dit qu’en 2020 il y en aurait moins. 

Vous l’avez sans doute appris au détour d’un paragraphe dans mon billet sur l’éducation, ma fille a soufflé ses huit bougies le 7 janvier et, comme toute mère soucieuse du bonheur de son enfant, j’organise dans quinze jours quelque chose pour que Romy célèbre la vie entourée de ses amis, de quelques licornes gonflables et de suffisamment de sucre et de gras pour se boucher les artères juste en regardant le buffet. 

Et qu’on se le dise, c’est une plaie.  

Déjà, la première question qui se pose systématiquement c’est : OÙ ? 

Ah ben j’ai la réponse : n’importe où sur cette terre, un garage, une grotte, un bunker, une piscine municipale, un terrain vague, partout pourvu que ça ne soit pas chez moi.

J’ai eu la bonne idée de faire le test pour ses sept ans et il va sans dire que rien n’est plus douloureux pour une personne de mon acabit (maniacodépressive à la patience modeste) que de recevoir dix mioches déchainés dans son foyer. 

J’y avais pourtant mis tout mon cœur. J’avais attendu qu’elle aille à son cours de danse le matin pour envahir le salon de mille décorations inflammables achetées deux euros chez Hema. La guirlande prénom, les ballons, le 7 géant, les assiettes licornes, les serre-têtes licornes, les serviettes licornes, la nappe licornes. De quoi transformer la pièce en un antre rose et ringard prêt à accueillir les convives hurlantes et assoiffées d’Oasis.

Tout le reste de cette journée n’a été qu’enfer. 

La première demi-heure j’avoue avoir été agréablement surprise. Les amis de Romy évoluaient dans le plus grand calme, visitant l’appartement avec la timidité des débuts, prenant petit à petit possession de l’espace. Certains même avaient leurs chaussons, mignon.

Puis, après quelques poignées de Schtroumpfs à la gélatine et de bonbons qui piquent, ces petits êtres humains se transforment. Comme des souris en laboratoire à qui on aurait filé des pochons de speed. 

Et, dans un élan collégial, l’armée de gnomes se met soudain à sauter, à crier, à hurler, à pousser des cris, à gueuler, à beugler (vous seriez étonné de connaitre le nombre de synonymes de crier), à mettre ses doigts couverts de salive et de sucre sur les murs, ses cheveux pleins de poux sur les coussins du canapé et son pipi à côté de la cuvette. Je ne parle pas de ceux qui sont tellement pressés d’aller pourrir mon domicile qu’ils en oublient de tirer la chasse. Et le caca de l’enfant des autres ce n’est pas le caca de ton enfant.

De quoi m’inciter à me retirer dans la chambre parentale pour faire des exercices de respiration (application Bambou) afin d’éviter de me retrouver aux assises pour infanticide. 

Parce que, je n’ai pas honte d’en parler, il y a des enfants que je déteste. Je fais état ici d’un sentiment coupable très difficile à gérer en société, j’attends de vous que vous ne me jugiez pas.

Il y en a une, je ne peux pas. Tout son petit corps nourrit aux Haribo et aux Petits Louis provoque chez moi le plus total des rejets.

Sa voix comme un clairon, sa tête ronde, son sourire imbécile, ses cheveux longs jusqu’aux genoux, ses petites dents pointues, son parfum à la fraise, TOUT. Elle provoque chez moi une aversion que je ne comprends pas plus que je ne la contrôle. Mais, évidemment, je me sens vite infiniment coupable. Je prends alors conscience du monstre que je suis et je lutte contre lui pour essayer d’être une meilleure personne. Même si, deep down, je rêve secrètement d’aspirer de l’hélium dans un ballon licorne et de lui dire de ma voix nasillarde qui imite la sienne un bon vieux « et si tu fermais ta gueule ? » quand elle m’appelle dix fois de suite « hé la maman de Romy » pour me montrer son dessin. 

Dans ces cas-là, je m’imagine que quelqu’un ressent la même chose en regardant ma fille et ça me brise. Alors je vais voir cet être exécrable avec toute la sympathie qui m’habite et je la félicite pour son dessin. 

Vient ensuite l’heure du goûter. Cette parenthèse jubilatoire où, tous assis autour de la table le gosier rempli de marbré au chocolat noyé dans des litres de sodas, les enfants font régner un silence de cathédrale dans ce qui était quelques minutes plus tôt un haut lieu de torture sonore. La playlist en fond qui passe en boucle Lenny Kim, Matt Pokora et Aya Nakamura est à ce moment précis presque une caresse pour mes oreilles. 

Généralement après le goûter, je commence à voir la lumière au bout du tunnel. Plus qu’une heure avant que les parents débarquent pour récupérer leur progéniture venue tacher de graisse le blanc de mes murs et m’amputer du peu de fibre maternelle qu’il me reste. 

Ça fait aussi partie des moments qui sont pénibles dans un anniversaire ça, quand les parents arrivent. La bienséance veut que l’on offre un verre, évidemment il n’en a jamais été question pour moi. Le pire, c’est que tu reconnais rapidement ceux qui attendent de toi que tu ouvres une bouteille et que tu sortes les Tucs. Ils sont là, debout avec leur manteau sur le bras, entre l’entrée et le canap’, posant plein de questions sur la vie (ta vie) et oubliant volontairement qu’ils sont venus pour reprendre ce qui leur appartient. Quand c’est comme ça, je m’autorise quelques ruses du type « Léoooooo ? Ton papa est là et il est apparemment très très pressé alors dis au revoir à tout le monde et viens mettre tes chaussures ». Souvent le message passe plutôt bien. 

Quand vient mon tour et qu’on me propose gentiment de rester « discuter un peu » quand je récupère Romy à un anniversaire, je joue le jeu. Non sans mal, mais je joue le jeu. Je reste, souriante, pour boire un peu de cidre chaud dans un gobelet et faire un point sur l’éducation nationale avant de rentrer et de passer trois heures à retirer le maquillage papillon qui a séché dans le duvet sur les joues de ma fille. 

Ça aussi, j’aimerais qu’on en parle. Les invitations aux anniversaires. 

Est-ce que je suis la seule à n’en plus pouvoir que chaque samedi il y ait un anniversaire ? 

Est-ce que je suis la seule à me demander si je vais pouvoir payer le loyer à la fin du mois parce que j’ai claqué mon épargne dans des « Mortelle Adèle » et des figurines Marvel ?

Est-ce que je suis la seule à vouloir être tranquille un samedi après-midi sans avoir à déposer puis récupérer mon enfant dans un intervalle de deux heures ? 

Oui, car j’ai remarqué que nous ne sommes pas tous égaux face au temps. De mon côté, j’estime qu’un anniversaire doit à minima durer trois heures (même si je ne suis pas contre l’idée que ça ne dure que 20 minutes, en soi). Mais, s’il y a bien deux choses que je retiens c’est qu’un anniversaire ça sert à faire plaisir aux enfants et ça laisse aux parents des invités l’occasion de se balader (ou autre) pendant ce laps de temps.

Donc, à vous, les parents qui précisent sur les invitations « de 15h à 16h30 », j’ai envie de dire que nous ne sommes pas vos voisins de palier et qu’en vrai ça fait chier de trainer une heure dans le quartier. C’est le meilleur moyen de nous pousser à punir nos enfants de venir à l’anniversaire du votre, sans raison vraiment valable. De là naissent les injustices. 

J’ai cherché une fin douce pour clore ce papier, quelque chose de joli, de tendre. Et puis, d’un coup, faisant le tri des idées qui me sont venues en écrivant ces lignes, j’ai pensé à ces parents parfaits qui font des anniversaires parfaits. Et j’avais à nouveau envie de tout niquer. Pardon. 

Ces parents qui font tout mieux. 

Ceux qui invitent toute la classe « parce que ça évite les exclusions sociales » quand toi tu vends à ta fille que moins on est, plus on rit.

Ceux qui prévoient un sac de déguisements, un magicien et des activités manuelles pour chaque enfant quand toi tu avais juste ton mec pour les faire jouer à la chaise musicale.

Ceux qui ont préalablement fait des sachets de bonbons fermés par un ruban à l’effigie de l’enfant célébré. 

Ceux qui ont meilleure mine après l’anniversaire qu’avant et parlent comme s’ils avaient autant profité que les enfants « c’était formidable, on s’est amusés comme des fous, hein Gaspard ? ».

Ceux qui te félicitent d’avoir une fille bienveillante et polie quand la seule chose que toi tu dis aux parents c’est « ne vous étonnez pas s’il vomit ce soir » ou « faites attention quand même il se gratte beaucoup la tête ».

Ceux qui te disent « ça finit à 18h mais si ça vous arrange de passer après le diner nous on reste là de toute façon » alors qu’ils savent très bien que même si tu en rêves tu n’oseras jamais. 

Bref, tous ceux à cause de qui je n’ai pas trouvé de façon touchante de boucler ce texte. Même pas de phrase sur le temps qui passe, blablabla, et le fait qu’un jour ces anniversaires me manqueront sans doute. Parce que ça serait mentir. Désolée. 

Cette année j’ai choisi de le faire dans un atelier de peinture sur céramique. Si tout se passe bien, j’aurais surement des choses à vous raconter. 

Lettre à Vovo

comments 2
Non classé

Vovo ? Vodka, même. 

Idée de génie ou terrible inconscience, quand tu es arrivée à la maison alors que nous n’étions encore que des « enfants », ma sœur et moi avons eu le droit de choisir ton prénom. C’était l’année des V. Et alors que notre mère essayait de nous influencer en jetant des désespérés « Vénus c’est pas mal non ? » ou des « ah et Vanille sinon, non plus ? », nous, deux êtres préadolescents n’ayant pour unique fantasme que la transgression et l’envie d’avoir l’air cool, nous avons voté pour Vodka. C’était il y a 15 ans et nous l’avons parfois regretté. Souvent, en vrai. 

Et puis le temps passe, la jeunesse dont nous nous délections à ce moment précis plus que jamais nous suppliait d’être le moins possible à la maison. Pendant ce temps-là, tu gardais les murs et prenait ton rôle de « chien de la famille » très à cœur. Le soir, après avoir traversé le jardin quelques centaines de fois pour aboyer sur les passants dans la rue, tu venais entre les parents sur le canapé et posais ton menton sur leurs mollets. J’ai ce tableau en tête, la voix de PPDA et le générique du JT avec. 

Tu aimais être avec nous, nous suivre partout comme pour suivre à la lettre l’expression suivre comme un toutou.

Je te revois dormir dans le couloir, jouer avec tes balles, réclamer nos croûtes de fromage (qu’Alice et moi te donnions en cachette sous la table).

Je te revois dans le coffre de la voiture, posant ta gueule ouverte et essoufflée entre nos appui-têtes, provoquant d’office l’ouverture des fenêtres et nos nez dans les cols. 

Je te revois aussi te faire engueuler après avoir fait des trous dans le gazon fraichement planté.

Je te revois forcer le passage pour entrer avec tes pattes mouillées dans la maison.

Je te revois courir à en perdre haleine, haleine que tu aurais pu perdre sans qu’elle ne manque à qui que ce soit.

Je te revois sécher au soleil après avoir été lavée au jet dans le jardin par papa.

Je te revois donner des coups de pattes sur la baie vitrée pour partager chaque moment avec nous.

Je te revois heureuse.

J’entends maman te dire que t’es sa copine.

J’entends papa te dire que tu sens le chien.

Je te revois lécher le fond de nos pots de yaourts, rituel ancré dont il ne fallait pas déroger. Tu ne nous aurais pas laissé faire de toute façon.

Je revois ton regard si doux.

(Je revois aussi ta verrue sur le front hein, mais tu n’as peut-être pas envie que je m’étale sur le sujet).

J’entends tes aboiements dans le jardin, le bruit de tes griffes sur le parquet, le claquement métallique de ta médaille contre la gamelle, ton souffle fort pendant ton sommeil, ta voix qui rugit sur les notes de piano d’Alice (histoire vraie). 

J’entends maman râler parce que tu perds tous tes poils. 

J’entends papa dire « elle est où Vovo ? » parce que tu avais la sale manie de te barrer dans le village. Pour sentir le cul d’Eclipse et goûter à la liberté des chiens de campagne. 

Hier, le pelage blond tout juste brossé et l’esprit léger, tu as rendu ton dernier souffle. 

Tu avais 15 ans, certains croyants des codes canins diront 105. D’autres encore oseront penser que tu n’étais qu’un chien et ne pourront très vraisemblablement pas mesurer le chagrin qui habite notre maison vide de toi depuis ce 14 janvier. Je ne pensais pas pouvoir être si triste, avoir aussi mal en apprenant ton départ. Je sais cependant que quelque chose a changé, que le décor n’est plus le même. Paquita, la chatte muette a laissé échapper un miaulement en rentrant hier soir. 

Je t’ai fait un bisou furtif sur la tête en quittant la maison le 5 janvier, Sylvain et Romy m’attendaient dans la voiture chargée de valises et de cadeaux. Il fallait partir tôt, les retours de vacances, Bison Futé, tu sais ce que c’est. Je ne savais pas à ce moment-là que je ne te reverrai pas, et je crois que je préfère ça. 

Je revois papa au loin te tenir par le collier pour ne pas que tu coures après la voiture pendant que nous nous éloignons pour regagner Paris.

Ce papa rustre qui a dit oui à un chien pour faire plaisir à maman et qui te reprochait d’être toujours dans nos pattes, de faire les cent pas autour de la table pendant les repas et de réclamer le moindre bout de gras, c’est aussi le papa que j’ai eu hier au téléphone et dont les propos imperceptibles étaient noyés dans les sanglots. 

Peut-être que certains lecteurs me trouveront folle, peut-être même qu’ils ne comprendront pas ce post. Je répondrai que je n’avais pas le cœur à faire des vannes et que j’avais très envie de parler de toi. 

Parce que ce n’est pas seulement le chien de la famille qui est parti hier, c’est aussi une part de moi. Celle entre l’adolescence, les premiers frissons, l’entrée dans l’âge adulte. En même temps que ton départ Vovo, une page se tourne sur les quinze dernières années de ma vie. Et j’ai compris ça quand, hier soir, assise sur le lit de Romy en adulte de 31 ans que je suis, j’ai dû lui annoncer la nouvelle. Je ne sais plus alors qui était la petite fille. 

La maison ne sera plus jamais la même sans toi, nous le savons, mais je ne désespère pas de trouver encore quelques-uns de tes poils sur le canapé. Si pour une fois le ménage pouvait être un peu moins bien fait, j’en serai heureuse.

C’est dire si je t’aime. 

L'éducation

Laisser un commentaire
Non classé

Déjà : merci.

Merci d’avoir été si nombreux/ses à donner le meilleur de vous pour m’aider à trouver de nouveaux sujets. Je suis désormais gonflée à bloc, riche de vos idées, prête à en découdre avec les mots et continuer de vous divertir. J’ai pris le temps de lire chacune de vos suggestions, toutes bonnes (je mens, pas toutes, mais ça ne change rien à l’estime que j’ai pour vous) et je compte bien m’en servir. Ah, et pour ceux qui m’ont fait des propositions de sujets déjà traités sur Maag, je passe l’éponge. Mais une fois pas deux.  

Parmi les différentes thématiques, l’une d’entre elles a particulièrement fait écho en moi. Question de timing sans doute : L’éducation. Hier, ma fille Romy fêtait ses 8 ans. Et alors que j’allais la sortir de son sommeil pour aller à l’école, j’ai réalisé en la regardant, cernée par sa smala de doudous, que mon bébé n’était plus un bébé. Que l’être qui parlait en onomatopées, faisait caca en dormant, hurlait jusqu’à ce que je sorte mes seins en pleine rue et jouait pendant six heures avec un rouleau de sopalin vide était désormais une grande-petite personne. Quelqu’un avec un caractère, une personnalité, des chagrins, des joies, des passions, des avis, de l’humour, des amis, des amours. 

Je répondais récemment à une interview dans laquelle il m’a été demandé de parler de mon rapport à la maternité, à l’éducation. J’y ai dit que le rôle de mère est propre à chacune, que les enfants ne se ressemblent pas (dieu soit loué) et que surtout on fait comme on peut avec ce qu’on a. Si on les aime, qu’on les respecte et qu’on fait de notre mieux pour leur éviter la prison, alors à priori les bases sont là. Pour le reste, c’est de l’impro.

(Après, rien ne nous empêche d’intervenir dans les situations où le concept même de la responsabilité parentale semble avoir échappé à certains humains reproducteurs. Quand des parents démissionnaires restent passifs face au monstre qu’ils ont créé, il est de notre devoir d’agir.)

Ce moment, par exemple, où tu dines tranquillement dans un restaurant et que le gnard d’à côté court comme un lièvre sous kétamine autour de ta table. Quand tu as payé ta place en première dans le train le prix d’un sac Loewe et que personne ne dit à cet enfant d’éteindre le son de sa Nintendo Switch ou quand la descendance de tes « amis » saute sur le lit de ta fille avec ses chaussures aux pieds…

C’est comme cette nouvelle mode de laisser les enfants décider par eux-mêmes. « Oh moi je ne le force pas à dire bonjour, je trouve ça violent, s’il ne veut pas dire bonjour c’est qu’il s’affirme en tant qu’être humain et qu’il ne veut pas être contraint. Je trouve ça plutôt positif ». Bah non. Mais alors vraiment, non. Je ne vois pas ce qu’il y a de positif à ce que ton enfant soit un être laid et impoli que tous tes amis détestent. 

Quand j’étais enceinte, j’avais fait une liste de toutes les choses sur lesquelles j’allais me montrer intransigeante. Attention, mère exemplaire en approche. Le genre de règles prescrites dans les bouquins que l’on t’offre par centaines quand tu attends un enfant. Des guides d’ayatollah qui te disent quoi faire, pas faire, comment le faire. Pas de tétines, pas d’écran avant ses six ans, un temps très limité sur les écrans après ces six ans, pas de nourriture industrielle, pas de jouets hors norme européenne, pas de coucher après 20h. 

Résultat, après avoir donné mon petit doigt à sucer jusqu’à ce que la peau s’en décolle pour calmer ses envies de téter, j’ai couru dans la première pharmacie acheter une dizaine de tétines. Après avoir compris que je ne réussirais jamais à m’épiler la deuxième jambe sans qu’elle vienne coller ses pieds sur les bandes de cire et me demander de jouer, j’ai acheté ma tranquillité avec Pepa Pig. Si lui donner un Ipad était la seule manière de ne pas commettre d’infanticide pendant un trajet de huit heures en caisse, je sortais l’Ipad. Quand les jouets en bois dégotés chez les bobos à la sueur de ton front (et de ton portefeuille) restent dans le placard pendant qu’elle te supplie de lui acheter un hand spinner phosphorescent fabriqué au Cambodge, tu finis par acheter un hand spinner phosphorescent fabriqué au Cambodge. 

Aucun mental. Comme avec les punitions. « Romy, attention, si tu continues à me répondre comme ça j’annule ta venue à l’anniversaire de Martina ». « Romy qu’est-ce que j’ai dit tout à l’heure ? ». « Bon, ben je ne vais pas avoir d’autre choix que d’appeler la maman de Martina ». « Je ne veux pas faire de la peine à Martina donc je passe pour cette fois ». Qui a déjà tenu une punition ? En vrai ?

J’en suis incapable. Le pire c’est que je sais que je commets à chaque fois une erreur monumentale en ne mettant pas à exécution mes menaces et que je contribue à la déchéance de mon autorité. La seule fois que j’ai tenu une punition c’était parce qu’elle avait commis un délit mineur de type vol à l’étalage chez Monoprix. Une carte Itunes et des pastilles pour la gorge précisément (oui je sais, j’ai pas compris non plus).

Les gros mots aussi. Vrai sujet. C’est certainement l’un des aspects les plus complexes de la phase éducative. Parce qu’en vrai, à part Geneviève de Fontenay, on dit tous des gros mots à un moment donné devant nos enfants. Moi preums. Je peux faire les gros yeux à un pote qui dit « merde » devant Romy mais lâcher un bon vieux « ta mère la pute » si je me prends le petit orteil dans la table basse ou « bouge tête de teub » quand je conduis derrière un mou et que je suis en retard. Ce n’est pas bien reluisant j’en conviens, mais qu’est-ce que ça fait du bien parfois. Du coup, on a convenu d’une technique qui pourrait, si tout se passe bien, faire que Romy s’en cogne de la retraite à points : je mets 1 euro dans une tirelire à chaque fois que je dis un gros mot. 

Je suis pleine de bonne volonté et je veux le meilleur pour ma fille. Alors je fais en sorte d’être juste et de lui transmettre des valeurs saines basées sur la communication et la bienveillance. Parfois ça coule de source, parfois ça se corse. 

Comme quand à l’école un petit garçon a déjà fait mal plusieurs fois à ton enfant, que tu as dénoncé les agissements à la direction, parlé avec les parents, appris à Romy qu’il fallait toujours calmer le jeu, aller voir des adultes et ne pas répondre par la violence mais que ce petit garçon continue quand même d’être un sauvage, que ta fille rentre et qu’elle te dit « il m’a mordue qu’est-ce que je dois faire ? ». Ben tu le mords plus fort ma chérie, et surtout tu ne le lâches pas. Et si on vient me dire que je suis folle alors je dirais qu’une vraie folle serait aller le mordre elle-même. J’y ai pensé.

C’est toujours difficile de savoir où mettre le curseur. Trop, pas assez. Et respecter qu’elle ait déjà ses goûts à elle. Qu’elle évolue dans une génération Alien par rapport à celle de ton enfance. Tu t’efforces alors de ne pas reproduire le schéma vu dans de nombreuses familles où les parents réactionnaires n’autorisent pas à leurs enfants de trouver leur identité en les étouffants avec des croyances sur ce qui fait le bon et le mauvais goût. J’ai décidé de la laisser faire, dans la limite du raisonnable. Je lui ai acheté un « tee-shirt où on voit le ventre » pour jouer à la maison, je la laisse écouter Lenny Kim et Matt Pokora (j’ai un casque de chantier et je m’enferme dans le salon), je lui autorise de s’habiller seule parfois pour aller à l’école, je cède quand elle me demande un legging avec des chats ou des baskets qui clignotent, je lui offre volontiers des mèches bleues à clipper dans ses cheveux, je l’écoute me dire que plus tard elle veut être une rebelle tout en ayant l’intention ferme qu’elle fasse médecine. Je lui laisse ce qu’il faut de liberté pour qu’elle ait la confiance en elle nécessaire pour affronter le jugement, les regards parfois durs, les avis des uns et des autres, la jalousie et surtout pour qu’elle ait la force de toujours être qui elle veut. Si c’est de faire carrière comme actrice porno en Ukraine on aura quand même une petite discussion. 

J’ai le souvenir d’avoir détesté tous les gens qui te disent, au moment même où ton enfant n’est qu’un animal dépourvu de sentiments dont la mission sur terre est de t’empêcher de dormir et de dilapider ton plan épargne logement chez le pédiatre : « profitez surtout, car le temps passe tellement vite et on ne les voit pas grandir ». Bienséance oblige je n’ai jamais répondu à ces gens-là les infamies que j’avais sur le bout de la langue. « Ah ouais vraiment ? Mais c’est quoi du coup qui va me manquer ? Les nuits de 30 minutes ? Les couches pleines de merde ? Les érythèmes fessiers ? Les fuites de lait dans mon soutif ? Les poignées de cheveux perdues (oui les bébés tirent les cheveux et les boucles d’oreilles. C’est comme ça, c’est vieux comme le monde et tu ne peux pas les taper car ce sont des enfants) ? Sucer les tétines tombées par terre ? Nettoyer le vomi dans mon cou ? Aspirer sa morve ? Stériliser l’appart ? 

Je ne sais pas je demande, dites-moi, ça m’intéresse. 

Et puis, j’ai compris. 

J’ai compris que ces gens-là disaient vrai. Un matin, tu vas réveiller ta fille et elle a 8 ans. Tu te dis que le temps est compté avant qu’elle te dise que tu n’as plus le droit de rentrer dans sa chambre sans frapper, avant que tu ne puisses plus lui tenir la main pour aller à l’école, embrasser son cou tout chaud quand elle dort, passer son doudou à la machine quand elle est chez son père, rire de ses blagues nulles et regarder ses spectacles improvisés quand tu reçois des copains à la maison, lever les yeux au ciel quand elle te demande de jouer à Croque Carottes…

Et bientôt, quand je devrais lui demander de poser son portable à table, négocier les heures de sorties, l’aider à être une femme forte et indépendante, la voir grandir et attendre le jour où elle s’en ira, je suis sûre que je n’aurais à ce moment-là qu’une envie : jouer à Croque Carottes, again and again.

Jour 1

Laisser un commentaire
Non classé

2020, nous y sommes.

Hier encore, on chaloupait le cœur en fête sur La Dot et France Gall, on sifflait les coupes de champagne sans penser au lendemain (certains y pensent vraiment moins que d’autres), on écrasait nos mégots en partageant nos bonnes résolutions, on parlait du temps qui passe et des amitiés qui durent. On flottait, comme des adultes qui n’ont plus de problèmes, dans les airs chargés de souvenirs. 

C’était hier.

Avant d’émerger à 15h00 en ayant l’impression que quelqu’un joue au Jokari avec ta tête.
Avant l’envie de vomir comme si tu avais traversé la manche en radeau.
Avant les cils collés par le mascara séché (c’est le soir de l’année où c’est autorisé).
Avant les cheveux qui sentent le bar PMU.
Avant les pieds qui saignent. À ce propos, j’aimerais faire un petit point rapide prouvant que l’inégalité entre les hommes et les femmes peut aussi être morphologique : NON, nous n’avons pas les pieds pointus. OUI, les escarpins ça fait mal. (Et les Compeed ça coûte cher).

Ensuite, tout est un peu une question de survie. Dans une journée où les éléments sont réunis pour nous rappeler que l’allégresse de la veille, quand les danseurs de Macarena et de Madison ne gênaient personne, n’est plus qu’un lointain souvenir. Quand tu sais, pour le vivre chaque année, que les schémas vont inexorablement se répéter et que tu vas devoir faire le dos rond pour traverser ce mois de janvier sans prendre de psychotropes.

L’hiver est là plus que jamais et, désormais, la seule perspective joviale de la saison est d’avoir la fève.

La lourde tâche d’envoyer les vœux commence le 1er, pas de répit (ceux qui écrivent à 00h01 vous êtes vraiment épuisants) et se propage comme une gangrène jusqu’à la fin du mois. Sachez que si ce monde était parfait, il n’y aurait pas de guerres, pas de maladies, le Nutella serait fait sans huile de Palme et Harvey Specter existerait pour de vrai. Attendez-vous donc à rencontrer, cette année encore, un ou deux connards contents de vous lâcher un « Bonne Année » alors que vous serez en mars. Gardez votre sang froid.

Les textos se suivent et se ressemblent, on se souhaite le meilleur, la santé, l’argent. Là aussi, la vie vous fera peut-être une petite fourberie en mettant sur votre passage une personne capable d’envoyer un « bon âne nez », un « Lapinou Year » ou un message en chaine. Ces pavés que tu reçois et qui te promettent de très belles choses si, et seulement si, tu l’envoies à ton tour à vingt potes de ton répertoire. C’est dans mon top 10 des choses que je supporte le moins sur cette terre. Parce que FORCEMENT tu finis par le faire. 

Cette année en plus, histoire de corser un peu le game, il est visiblement acté que tout le monde aura la gastro. Ce n’est qu’une question de temps. J’attends sagement mon tour vautrée dans le canapé à boire mon bouillon de poule en matant, l’âme lasse, les best of Instagram qui saturent mon fil et les 2020 géants tracés dans le sable. 

Dans un registre un peu différent (bien que l’issue soit à peu près la même) il y a ceux qui se sont mis une taule sauvage et qui t’écrivent le lendemain « je n’ai jamais autant vomi de ma vie, j’ai dû manger un truc qui n’est pas passé, les Saint-Jacques je pense ». Oh ben oui, sans doute, possible aussi que les citernes d’alcool que tu as bu entre 19h et 4h t’aient un peu barbouillé hein.

Et puis, tu regardes la note créée dans ton Iphone intitulée « résolutions », celle écrite avant les vacances pour te donner le droit de faire tout ce que tu dis vouloir arrêter, sans culpabiliser. Parce que dès le 1er janvier, tout ça sera fini. Un peu comme quand tu décides de démarrer un régime le lundi et que tu te fais une pizza (celle avec le fromage dans la croute) et un seau de Schokobon le dimanche. 

Je ne vais pas vous faire la liste de toutes les bonnes actions que j’ai à cœur d’accomplir en 2020 et mes objectifs en développement personnel (terme intello pour dire que je projette d’être plus tolérante (les sales et Gauvain Sers, ne vous réjouissez pas trop vite quand même) et un peu plus tendre aussi) mais si je suis sure d’une chose c’est que chaque année réserve son lot de surprises. 

Je n’ai pas fait très long cette fois-ci car j’ai une énorme flemme et que je dois appeler mes grand-mères (les vrais ne m’en voudront pas) mais je n’imaginais pas débuter 2020 autrement qu’en vous écrivant. Les kilomètres de bûches et le mal de casque n’auront pas eu raison de mon envie de livrer ici les quelques reliquats de ce qui habite mon cerveau d’aigrie (fort sympathique tout de même et bien décidée à l’être davantage en 2020. Sympathique hein, pas aigrie).

Maag a vu le jour en septembre et je n’imaginais pas recevoir autant de soutien. Il se peut que je continue à fumer (un peu), à grignoter entre les repas, que je procrastine quand je dois faire mes papiers, que je mente quand je dois aller au sport, que je traîne trop sur Instagram, que je traîne vraiment beaucoup trop sur Instagram, que je prenne encore des bains, que je mange  du saucisson, que je ne démarre jamais mes leçons de méditations, que je ne tienne que trois jours sans alcool, que je ne lise pas davantage, que je n’aille pas au musée une fois par semaine, que je fasse ouvertement la grimace devant les personnes aux cheveux gras, que je m’embrouille avec les gens désagréables, que j’essaye encore de me couper seule la frange, que je ne mette pas d’argent de côté, que j’achète des choses inutiles (qui veut une yaourtière ?), que je mange mes émotions, que je pleure pour rien quand je suis fatiguée, que je n’aille pas voter aux municipales… Il se peut que je ne tienne aucune de mes résolutions mais ça n’aura aucune importance si 2020 m’apporte matière et imagination pour continuer d’alimenter les pages de ce blog que je suis assez fière d’avoir créé et qui semble vous amuser. 

Merci infiniment à vous tous pour vos mots et votre bienveillance (il y a quelques connards parfois mais pas trop donc ça va), je ne le dis pas assez mais je vous suis extrêmement reconnaissante.

Bonne année. 

P.S : n’oubliez pas d’aller voir Play au cinéma. C’est drôle, tendre, touchant, et cerise sur la bûche, y’a ma sœur dedans. 

Noël ensemble

Laisser un commentaire
Non classé

Je sais. Je devais poster hier. 

Je fais cependant appel à votre esprit bienveillant de Noël pour ne pas m’en faire un procès. J’ai été victime d’une panne d’imagination. Le syndrome de la page blanche. Le néant. Rien. Nada. J’étais là, plantée devant mon clavier, avec mon regard de bovidé, à me demander quel sujet j’allais bien pouvoir aborder cette semaine sans pour autant finir d’atomiser ce qu’il vous reste de bonne humeur. Quand la France en est aux préliminaires de sa révolution, que le métro ne nous a jamais autant manqué et que les gens bien sont obligés de marcher six heures par jour pour ne pas céder à l’appel du diable/ des trottinettes. Sous la pluie.

Et puis, comme une évidence, j’ai pensé à Noël. Malgré l’ambiance délétère et les préoccupations générales qui semblent être loin des rennes et des lutins. Et pourtant, la magie est encore présente pour ceux qui la veulent. Vous ne seriez pas sur maag sinon (oh l’autre eh). 

Depuis que je suis gosse je vois Noël comme la parenthèse enchantée qui vient ponctuer mes années. Une trêve aux emmerdes, à la morosité, au stress, à la routine. Tout est cool, tout est supportable à Noël, c’est la seule période sur douze mois où les choses me glissent dessus, où mon aigreur attend sagement dehors dans le froid pour me laisser savourer en paix les moments en famille et la dinde aux marrons.

Je la récupère après les fêtes quand je m’aperçois que je n’ai plus une tune, que je vais devoir revendre des fringues sur Vinted pour payer la taxe d’habitation, que Paris est un cimetière de troncs chauves couchés sur les trottoirs, que les pères noël pendus aux fenêtres sont encore là en février et que les trois kilos pris en finissant la bûche poire/chocolat et le foie gras (j’ai dit que j’arrêtais le foie gras cette année) ont l’air bien chiants à déloger. Pourtant, je fais du sport.

Mais avant ça, quand dès le mois de novembre les rues et les arbres se recouvrent de leurs plus belles guirlandes lumineuses, quand les chants sirupeux de Noël passent en boucle (et restent dans la tête, mais on a dit qu’on supportait tout), quand les vitrines s’animent et que les enfants s’émerveillent, quand les fleuristes sortent leurs sapins sur les trottoirs et n’hésitent pas à te facturer un conifère mort de 30 cm de haut à cinquante balles sous prétexte que c’est un Nordmann et que ça ne perd pas ses épines !!!! Ah mince, pardon, c’est vrai, on a dit qu’on restait calme. Mais quand même, petit aparté seum, on est d’accord que cette histoire d’épines qui ne tombent pas c’est le plus gros foutage de gueule du siècle ? J’ai mon sapin depuis deux semaines et on dirait que j’ai oublié de retirer celui de l’an dernier. J’ai dû agrafer les boules aux branches.

Quand je pense à Noël, je pense surtout à mon enfance. Cette euphorie particulière qui commençait à me gagner dès que je voyais déborder de la boite aux lettres tous les catalogues de jouets. Quand je m’asseyais consciencieusement à mon bureau pour écrire la liste que je pensais alors destinée aux père noël, que je réfléchissais bien pour être certaine de n’avoir rien oublié avant de lécher la colle de l’enveloppe et d’écrire dessus l’adresse laponienne. Le 25 décembre, ma sœur et moi (avant que je lui dise que le père noël s’appelait papa et maman) nous nous levions vers 5h pour vérifier que les jouets étaient bien arrivés dans le salon au pied du sapin, Alice me demandait alors avec le pragmatisme d’une vieille personne « comment font les gens qui n’ont pas de cheminée ? ». C’est vrai ça. Ils laissent la porte ouverte je répondais. En même temps, c’est peut-être un truc sur lequel on ferait bien de se pencher. Théoriquement, on fait quand même passer ce pauvre homme (qui doit bien peser un quintal) dans les cheminées à la seule période de l’année où elles fonctionnent. 

Aujourd’hui, je suis adulte. Enfin j’essaie. Et Noël, même si je vis cette fête différemment et que le gros barbu à qui j’écris en décembre s’appelle Albert et travaille à la BNP comme conseiller financier, ça reste pour moi un moment unique, heureux. 

J’aime être dans le rush pour faire les cadeaux.

J’aime voir les pères noël en Intérim fumer leur clope devant les magasins.

J’aime retrouver ma famille, m’échapper de Paris et me sentir à nouveau (un peu) comme une enfant.

J’aime le pacte silencieux qui valide que l’on puisse trainer en pyjama et en chaussons jusqu’à seize heures.

J’aime les accolades chaleureuses et les bouts de nez froids quand se font les retrouvailles.

J’aime entendre les voix qui claironnent autour de la table, un boucan fruit de l’ivresse où s’emmêlent les rires et les débats animés. 

J’aime le bruit des verres qui trinquent.

J’aime les décorations, même ringardes (les bobos avec vos sapins minimalistes en bois vous fatiguez tout le monde).

J’aime les bides de tonton Jacques avec son éternelle blague sur les boules.

J’aime le bide de tonton Jacques moulé dans son ensemble rouge mais souriant sous sa barbe inflammable.

J’aime pouvoir manger comme si j’avais le ténia sans avoir le ténia.

J’aime les peaux de clémentines et les papiers de papillotes qui trainent sur la nappe dorée en fin de soirée.

J’aime aller à la messe de minuit pour faire plaisir à ma grand-mère (même si en vrai c’est presque autant de la torture que d’aller à un concert de Voca People). 

J’aime rire le 25 de nos têtes de réveillonneurs ballonnés devant les restes de la veille.

J’aime regarder pour la millième fois « Le Père Noël est une ordure » ou « Les Bronzés font du ski ».

J’aime entendre les vieilles personnes (et certains jeunes chelous) rirent aux blagues qui ne m’ont même jamais fait sourire. (Je me rattrape en matant les vidéos de Tristan Lopin sur Instagram. Celle sur la chanson de Mariah Carrey m’a tuée).

J’aime ouvrir mes cadeaux. Bon ok pas tous. (Sylvain demande à Romy si tu as besoin d’aide, je lui ai laissé une liste). 

J’aime ceux qui disent « À l’année prochaine » quand on est le 31 décembre et qu’on se revoit le 2 janvier. JE DECONNE, JE VOUDRAIS QUE DE VOTRE VIE ENTIERE VOUS NE PUISSIEZ PLUS JAMAIS OUVRIR LA BOUCHE.

Mais ce que j’aime le plus au monde, c’est que dans cette effervescence qui sent bon le pain d’épices et le cèdre, les âmes s’apaisent et les traditions fédèrent. Les aigris (dont je me désolidarise pour cette fois), assassineront les amoureux de Noël à grands coups de discours sur la consommation, le véganisme et les dérives de la religion. 

Je me contenterai pour ma part de savourer cette parenthèse illusoire dans un monde qui ne laisse pas trop de place à la douceur le reste du temps. Je regarderai les yeux de ma fille briller devant le sapin dont le pied sera recouvert de cadeaux, comme ils brillaient aussi le jour où elle m’a remis sa liste. Je prendrai le temps de me voir à travers elle quand j’avais son âge pour arriver à ressentir ne serait-ce qu’un tout petit instant cette excitation qui rend tant d’enfants heureux ce 25 décembre. Et les adultes aussi, du coup. 

Je fais du sport

Laisser un commentaire
Non classé

Lol.

En fait, la vérité c’est que je me fais croire que je fais du sport. Je vous le fais croire aussi je sais, au détour de deux ou trois posts bien léchés dans les vestiaires de la salle ou sur mon tapis de yoga. Je mens à tout le monde.

La vérité-vérité est même bien pire que ça : je n’aime pas le sport. Ça m’emmerde. 

Je sais que beaucoup d’entre vous y voient le remède miracle à tous leurs maux, un allié contre la fatigue, le stress, l’anxiété. Moi, je n’y vois que la condition fâcheuse pour pouvoir continuer à rentrer dans mon 501 sans me nourrir à la paille.

Déjà petite j’étais une burne en sport. Donnez-moi un livre ou un calepin et je peux m’en sortir. Donnez-moi un ballon ou une raquette et ça finit au CHU. Mes complications psychomotrices ont commencé à se révéler au moment où les élastiques ont envahi les cours d’école. Quelle belle idée de merde ce truc. Plus tard, il y a eu le volley, le hand, le basket, tous ces sports de balles qui ont eu tour à tour raison de mes poignets, mes dents et ma dignité. J’ai essayé de me redorer le blason avec mes bonnes notes en ping-pong, vainement. 

Et pourtant, aujourd’hui, j’ai la chance d’être dans une salle de sport qui compte parmi les plus agréables de Paris, un lieu magnifique où tout est calibré pour que transpirer devienne un luxe. Là où tu t’habilles mieux pour faire du sport que pour dater, là où dans l’eau que tu bois il y a des concombres qui flottent, là où tu viens juste pour te laver les cheveux parce que leur shampoing vaut plus cher que le tien. Pour autant, il y a toujours une part de moi qui vit tout ça comme un pensum. D’ailleurs toutes les excuses sont valables pour pousser la personne peu fiable que je suis à se rétracter. « J’ai mes règles », « j’ai mal dormi », « j’ai trop mangé », « j’ai du taf », « j’ai un peu mal au genou », « d’accord mais je vais juste au hammam », « c’est la grève ». À vous, mes amies motivées qui sautillent d’entrain comme des cabris cambrés, moulées dans vos leggings en polyester, sachez que je vous mens et qu’en vrai je n’ai juste pas envie. Je ferai des squats dans ma baignoire, ça ira bien. 

Le problème majeur que je rencontre, c’est que depuis cinq ans je partage la vie d’un ancien sportif professionnel. Quelqu’un capable de faire deux séances de sport par jour, DEUX. Un fou. Un endurant (je vous vois). Un insupportable. 

« Tu n’as pas déjà fait un tennis de trois heures ce matin ? 
– Si.
– Ben pourquoi tu vas courir alors ?
– Parce que le tennis c’est un jeu, là j’ai besoin de me dépenser !
– Aaah. »

Il m’a déjà aussi sorti à plusieurs reprises des phrases qui me font saigner les tympans du type : « si je ne vais pas au sport je vais passer une sale journée ». 

Moi je passe une sale journée si j’ai les cheveux gras, si mon jean sent le linge mal séché ou si j’ai rendez-vous chez le gynéco. Si je ne vais pas au sport, ça va bien se passer. 

Au début de notre relation j’ai d’ailleurs un peu menti pour lui plaire. « Le sport ? Écoute c’est marrant que tu m’en parles parce que c’est un des piliers de ma vie. J’y trouve ma force, mon équilibre, ça permet de m’évader ». Mytho. J’ai même été jusqu’à prendre un sac d’affaires de sport au taf pour qu’il pense que j’y allais sur ma pause déj. Bah non mon pote, j’étais chez Big Fernand. Je suis le diable. 

Bon, et puis un jour il m’a demandé de l’accompagner courrir. Mon accouchement m’a laissé de meilleurs souvenirs. 

En fait, j’aimerais pouvoir vous dire que le seul problème dans le sport c’est le sport. Mais non. C’est aussi beaucoup de petits détails qui sont de réelles entraves à mon bien-être quand je vais à la salle. 

Je ne vais pas enfoncer des portes ouvertes en parlant des mecs qui se regardent les muscles et qui poussent de la fonte comme si on leur avait demandé de sauver le monde. Non, je vais parler des filles. Des filles dans les vestiaires. 

Femmes, je vous aime. Femmes, vous êtes belles. Sublimes même, toutes autant que vous êtes. Mais est-ce que celles qui nous montrent leur chatte sous toutes les coutures peuvent se calmer un petit peu ? 

Non parce que, je sais, on est toutes faites pareil (déjà c’est faux et vous le savez) mais on a aussi le droit d’être un peu discrètes. Ou, à minima, de respecter la pudeur des autres. Parce qu’en vrai quand tu étales du lait sur tes jambes écartées version Origine du Monde de Courbet (pas celui de l’émission sur les voisins, l’autre), au-dessus de ma tête quand j’enfile mes baskets, ça me tend. Je ne vais pas te faire un frottis l’amie, hein, donc ferme moi tout ça. Déjà que ça me gave d’être là. 

Ah, et si tu veux laisser des poils longs de cinq centimètres recouvrir ton sexe, libre à toi ! Je suis pour (sur les autres). Mais par contre je te demande de rincer la douche après ton passage. Promis, le jour où je voudrais en faire la récolte pour me tisser un cache-nez je ne manquerais pas de te prévenir. 

J’évite aussi tout ce qui est cours collectifs. La Diam’s qui m’habite a besoin d’être dans sa bulle pour vraiment déconnecter. Perso, j’ai la concentration fragile quand je dois veiller à ne pas me prendre le pied de la meuf d’à côté (qui s’imagine être Elasti-girl) dans l’arcade. J’ai essayé la boxe aussi. Je trouvais que c’était cool de dire que je faisais de la boxe. Et puis il a fallu enfiler ces gants dans lesquels vivent sans doute quelques colonies de bactéries dites Lactobacillus. Et faire de la corde à sauter, très vite, avec un militaire shooté à la testostérone qui te parle mal (ça peut être excitant mais comme tu es bien trop occupée à t’assurer que ton plancher pelvien ne foute le camp, tu trouves ça juste très pénible). 

En fait, je crois que le seul sport que j’aime vraiment, c’est le yoga. C’est pour moi le parfait équilibre entre le calme et la difficulté. Ça apaise autant que ça muscle. Bon, évidemment, je me contente d’aller faire du yoga avec des professeurs normaux. Pas des gourous qui passent le cours à déblatérer des conneries philosophiques en sarouel. Mais ne vous inquiétez pas, je n’en suis pas encore au stade où j’ai envie de saturer mon feed Instagram de photos de moi en poirier ou en posture de l’arbre PARTOUT où je vais. Tuez-moi si un jour ça arrive. 

Voilà un portrait pas bien reluisant du sport. Ce n’est pas comme ça que je vais devenir le bras droit de Michelle Obama pour lutter contre l’obésité. Mais, je dois quand même faire preuve de bonne foi un instant, je suis comme vous et quand j’ai fini ma séance de sport, que j’ai pris ma douche et que je rentre chez moi : je suis fière. Et je me sens bien, vraiment bien. Je supporte avec beaucoup plus de détachement les petits aléas du quotidien, je suis réellement apaisée. Je déconne. 

Et même si j’ai la flemme, même si je vois le sport comme une perte de temps, que ça fait mal, que ça fait chier, je sais aussi que ce n’est pas en continuant de bouquiner avec un paquet de Maltesers sous le bras que je vais avoir le corps des filles que je pine (papa, maman, piner veut dire épingler sur Pinterest). 

Alors je vais aller renouveler mon abonnement pour 2020.

Le dernier entretien d'Ornella Fleury

Laisser un commentaire
Non classé

Dans un élan d’égocentricité, j’ai imaginé être la dernière personne à pouvoir m’entretenir avec certains proches. L’occasion de vous proposer quelque chose de différent et de vous faire découvrir plus intimement les gens que j’aime. L’idée ? Leur poser des questions bêtes et moins bêtes sur ce qu’ils feraient si c’était leur dernier jour sur cette terre. Je ne suis dans cette histoire que le messager qui pose les questions et note les réponses, je n’ai aucune autre forme de responsabilité et pour la première fois de ma vie je tolère même le premier degré. 
Pour ce second essai j’ai convoqué ma vieille/grande/belle amie Ornella Fleury. 

Ton dernier repas
Des spaghettis boulettes.
 
Ton dernier film
Pretty Woman. Autant finir sur une utopie.
 
Ta dernière chanson
Satisfaction de Benny Benassi. Je veux partir dans un bon mood.
 
Ta dernière insulte, pour qui ?
Pour les gens qui sifflent dans la rue. Pas les gens qui me sifflent hein, non ceux qui sifflent tout seul sans raison évidente. Frère tu n’es guère un oiseau. Et on t’entend en fait.
 
Ton dernier aveu 
J’adore la série « Demain nous appartient ». Genre premier degré je regarde un épisode en replay tous les matins. J’en ai raté AUCUN. (J’espère qu’Ingrid Chauvin ne va pas perdre son bébé suite à l’incendie du mas familial…)

Ton dernier pourquoi 
Pourquoi j’ai accepté de répondre à ces questions chelous?
 
Ton dernier pardon 
Désolée ma soeur d’avoir coupé les cheveux de ton Troll mais j’étais triste que tu ailles dormir chez une copine.
 
Ton dernier coup de gueule 
Léo on dit pas kAtchup mais kEtchup! Merci.
 
Ta dernière folie 
Partir à Las Vegas me marier. Évidemment je désire que le prêtre soit habillé en Elvis.
 
Ton dernier rêve 

Jouer dans un Marvel au cinéma. Consécration. 
 
Ton dernier goûter 
Douze brioches au Nutella s’il vous plaît.
 
Ta dernière donation
Pour toi Laura. Je t’offre mon tableau du singe sado-maso qui a un gilet en cuir. Je sais que tu as beaucoup de goût en matière d’art. (Si t’insistes je t’offre aussi la girafe cagole)
 
Ton dernier plan cul
James Franco si tu m’entends c’est now or never
 
Ta dernière adresse 
Trans-en-Provence, là où se trouvent mes parents.
 
Ton dernier regret 
De ne pas savoir à quoi auraient ressemblé mes enfants.
 
Ton dernier achat 
Des jeux à gratter. Ce sera ma dernière chance de pouvoir léguer de l’argent à mes proches. Sinon ils hériteront de mon tableau éléphant en tutu rose (non Laura il n’est pas pour toi celui là).
 
Ton dernier je t’aime
Il ne peut pas y en avoir qu’un… à Isaac et Jonah.

Ton dernier mot 
Frite.