Et si c’était encore possible

Sud-Ouest, pays basque. 
Je profite de la césure scolaire pour me saouler au grand air, faire courir l’enfant dans les herbes hautes, Claude avec, et me gainer le uc en fendant la route des Crêtes pour être gaulée de la muerte cet été. Pas gagné. Ah et manger du fromage de brebis en cherchant l’inspi pour mes écrits, aussi. Pas gagné bis. 

Mercredi 17 février. Je déjeune et me lamente. Je préviens mes parents : le futur d’écrivaine à succès qu’ils ont imaginé pour moi semble compromis. Je ne suis pourtant pas si con, promis.  Je n’ai plus d’idées, je ne sais pas quoi dire, quoi raconter. « Et pourquoi tu n’écrirais pas sur la Saint Valentin Laura ? » 

Bien vu mon petit père. Pas con. Sujet validé, ça colle à l’actu et m’offre l’accès à de la vanne illimitée et de relativement bonne qualité. Mais non. 

Pourquoi ? Parce qu’on attend certainement de moi ici que je flingue la coutume en y allant de mes railleries acides. Ex professo. Que je gerbe sur la fête des amoureux, sur ce piège à con, la teuf à neuneus. Que je mette dans le sac des pigeons du 14 ; les beaufs, les lourds et les idiots. Ceux qui lâchent 90 balles pour un menu au restau imposé et acheté chez Métro, qui s’offrent des flacons de parfum et des roses moches cueillies par les roumains. Se lèchent sur du Marvin Gaye en porte-jarretelles et slibard. Cafard.

Mais la vérité est ailleurs.
La vérité c’est que la Saint Valentin moi j’aime bien. Ici git ma réputation de persifleuse affranchie. Je vous l’ai dit déjà, je suis une romantique, deep down. J’aime quand c’est beau, quand c’est vrai, quand c’est tendre, quand c’est joli. J’aime quand c’est bienveillant, spontané, magique. Quand c’est enivrant, passionné, électrique. J’aime quand ça ken sale aussi mais c’est pas trop le propos là. 

Alors l’idée de passer une soirée avec l’être aimé, Valentin, Valentine, galantin, galantine en écoutant le Ballet de Céline, en regardant les étoiles, en buvant du champagne, en parlant de campagne et de faire mille bébés, en vrai ça me fait vibrer.

À la fin de mon laïus sur les raisons de ma non-envie d’écrire sur la Saint Valentin, mon père a ajouté « et tu sais que c’est notre anniversaire de rencontre avec ta mère aujourd’hui ? ». Yes bro, tous les 17 février depuis 32 ans j’ai l’info. C’est beau. « Et on s’est embrassé pour la première fois sous une tête de sanglier accrochée au mur ». Nickel.

Chaque 17 février mon père ressort son agenda de 1981, il l’a gardé précieusement parce que « c’est l’année de notre rencontre » et un morceau de nappe en papier déchirée dans un restaurant en 92 sur lequel ma mère a écrit « je certifie Christine Isaaz être toujours amoureuse de mon mari Frantz Isaaz ». Je meurs.

Et si c’était encore possible ? 
Si on pouvait encore aujourd’hui, dans ce monde où tout va trop vite et rien ne dure, s’aimer comme ça d’un amour aussi pur ? Poète. 

Si on pouvait se parler, s’apprendre, se découvrir, se comprendre, s’entendre. Si on pouvait juste prendre le temps de faire les choses, alors ça pourrait être possible. 

C’est en tout cas le message que je vais adresser à ma fille. Je veux lui donner la valeur de l’amour, l’envie de rêver, d’aimer et d’être aimée comme dans les contes de fées. Le droit d’être sentimentale, romantique, fleur bleue même si elle veut. Je vais lui dire qu’il ne faut pas avoir besoin de quelqu’un pour être heureuse mais que quand on est deux c’est quand même mieux, je vais lui dire que l’amour c’est avant tout une question de chimie, peu importe de qui il s’agit. Qu’il soit beau, moche, pauvre, grand ou petit. Je déconne. 

Allez, je vous laisse, je vais boire un verre de vin pour trinquer à tous les Valentins de 2021. J’espère que c’était bien.

Adorez-vous, embrassez-vous, écoutez-vous, parlez-vous, baisez-vous, soutenez-vous, aimez-vous et surtout n’ayez jamais peur de vous le dire. 

Victor Hugo partage mon avis, avec des mots plus jolis : 

« Je t’estime autant que je t’aime. Je sais que c’est une vieille rouerie des amours vulgaires qu’il faut cacher la moitié de ce que l’on éprouve. Je pense précisément le contraire, et je le fais comme je le pense. L’amour est une puissance, il ne peut rien craindre ; l’amour est une loyauté, il ne doit rien cacher. »

Beau gosse.

3 commentaires

  1. J’ai passé la Saint Valentin sur Facetime avec mes copines alone like me. On a débattu sur la phrase de chanson d’amour la plus romantique. Nous nous sommes quand même dit que Cabrel et sa célèbre « Elle a bâti des ponts entre nous et le ciel, et nous les traversons à chaque fois qu’elle ne veut pas dormir » pour dire « on fait des rouler-bouler sous la couette » remportait la palme. On s’est aussi dit qu’on épouserait celui qui arriverait à nous sortir une phrase d’un tel niveau, qu’il soit « beau, moche, pauvre, grand ou petit » effectivement. On est tous un peu romantiques, dans le fond.

    Sans transition, on a aussi parlé des complexes, des nôtres et de ceux des gens. Et on disait des trucs drôles. Je me dit que si vous aviez été dans la conversation, on aurait encore plus rigolé. Voilà, dernière remarque sans trop de rapport avec cet article.

    Bonne semaine, au vert.

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