Je suis une beauf

Un peu. Je crois. 

Pas la beauf que j’invente sur les réseaux sociaux, aspirée par la mode, avec sa tête sous un bob Céline, une chevalière en or et des chaussettes dans ses tatanes. Ce beaufisme, comble du snobisme, qui fait les choux gras de la nouvelle génération créative. 

Non, une beauf. Une vraie. Deep down.
J’ai longtemps cherché à m’éloigner de cette vérité comme si c’était quelque chose dont je devais avoir honte. Comme si j’avais été la mère de Cauet, un soldat nazi ou un enfant gros. Mais avec les années, les manuels de développement personnel achetés dans chaque aéroport du globe et mes vingt-trois smics lâchés chez la psy, j’ai commencé à sortir doucement des schémas injonctifs qui m’éloignaient de mon moi véritable et m’empêchaient de vivre ma vie dans la jouissance. 

J’échangeais l’autre jour quelques messages avec une bonne amie pour bitcher sur une autre bonne amie quand la discussion a dérivé sur nos projets de vacances. Et j’ai réalisé que je manquais peut-être d’ouverture d’esprit, léger. 

J’ai des plaisirs de beauf.

Alors peut-être pas ceux d’une beauf stade 3 qui part se ressourcer dans des iles où il y a la charia (j’ai pas dit que j’étais une merde), mais ceux d’une personne suffisamment beauf en tout cas pour que je ressente le besoin de vous en toucher deux mots. 

Je suis celle qui préfère ne pas partir en vacances, du tout, que de se lancer dans un trip avec deux slips dans un baluchon, une gourde et une boussole. Tout ce qu’aime mon amie Jo, être de lumière qui ne voit l’intérêt dans le voyage qu’à partir du moment où il y a une connexion avec l’humain. « On va dormir chez l’habitant dans 6 m2 avec les enfants, c’est un peu spartiate et il n’y a pas l’eau courante partout mais ça les ouvre sur le monde et qu’est-ce c’est enrichissant ». Sinon pars faire le djihad frère, t’emmerde pas.

Pour moi l’intérêt même des vacances réside dans le fait de pouvoir toucher du doigt tout le confort que je n’ai pas le reste de l’année. C’est profiter un peu des deniers gagnés à la sueur de mon clavier. C’est avoir une plus grande chambre, un plus grand lit, une baignoire, un peignoir, une pistoche, pas d’enfant. Le simple fait d’avoir écrit pistoche devrait me dispenser de cet argumentaire fumeux. Je suis une beauf. 

La seule gourde que j’embarque c’est ma sœur et si ça doit sentir le bulot à un quelconque moment dans les vacances c’est parce qu’on sera allées manger un plateau de fruits de mer avec deux grands verres de blanc, et non parce qu’on se s’ra lavé le cul pendant deux semaines avec un gant.

J’aime les ongles longs. Je les coupe parce qu’on me dit que c’est ça le chic mais dans mes rêves les plus marteaux j’ai les ongles longs. Des griffes de lionne, vernies de rouge ou d’une french, et ça fait clic clic sur l’Iphone. 

J’aime les fêtes foraines. Pas la fête des Tuileries où le tout Paris stylé se retrouve pour boire du rosé chez Didine. La fête foraine des forains. La fête foraine des paradis perdus, de la campagne profonde, des bleds où le papa et l’amoureux sont une seule et même personne (c’est la vanne de trop ça normalement). 

J’aime l’ambiance, le bruit, l’odeur des churros qui baignent dans l’huile inchangée, les concours de points et les poignets brisés, les soirées où tu fais la queue pour acheter ta bière et ton hot dog avant d’aller chalouper devant une scène où se jouent les meilleures reprises de Presley. 

Je lâche des heeyyyyy, popopoooo, zbeeeem, calieeeeente dès que j’ai plus de trois pintes dans le sifflet. Et quand la troisième est finie je peux sans trop de gêne bêler un efficace « il fait soif » avant de claquer une danse du limbo que même si tu t’entraines dix ans tu n’auras pas mon niveau.

J’aime regarder les pompiers courir, les toboggans géants, écouter du Mitchell et du Haliday.
Je pourrais manger chez Léon de Bruxelles et Buffalo Grill every day. 
Les vrais savent. 
J’aime les coussins de plage, la vodka Redbull, les leggings, la musique fort en voiture et les boutiques de souvenir. 
Je prends feu quand vient l’heure du madison dans les mariages. Je leade, je donne tout et derrière moi une foule en nage. 
J’aime les magnets, le pastis, les jeux à gratter.
J’aime les chaines de taille et les bagues de pied.

Vous savez tout. Mais rassurez-vous, je compte bien continuer à taffer hard pour être crédible dans mon rôle de petite parisienne snobinarde. Celle qui fait des stories de ses tulipes blanches avec deux pavés Gallimard posés sur une table au Flore. Celle qui parle d’amour, d’art, d’écologie et de vins natures. Celle qui porte des jeans taille haute et des cardigans, celle qui fait des photos des vagues dans l’océan. Celle qui écrit des jolies phrases et va dans les musées. Celle qui observe les beaufs et aime s’en amuser. Hypocrite, usurpatrice, petit être fallacieux.

Parce que je peux être smart aussi quand je veux. 

Si j’te le dis ma couille.

3 commentaires

  1. Mais tes mots sont si justes, j’aime te lire pour ça ! Et dans le beauf, après tout, n’y a t’il pas plus de vrai que partout ailleurs finalement ? Ok, pas toujours.

    Je me reconnais dans la musique à fond dans la voiture (demi-vitre ouverte alors que t’as la clim à fond), le Ricard (pas le Pastis, malheureuse), la fête foraine des Saintes Marie de La Mer (ma fille est tout en haut du toboggan à la une de ton article, ahah), et on va arrêter là au risque d’écorcher mon auto-design théâtralisé sur IG.

    Aimé par 1 personne

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