Maman,

Nous sommes le 10 mars et c’est ton anniversaire. 

J’aurais pu me délester de quelques euros gagnés à la sueur de mon front pour t’offrir un beau cadeau, un truc cher, un truc gros, mais je me suis dit que tu serais bien plus touchée si je prenais la peine, maman, de te rédiger quelques lignes en guise de présent. Lol. C’est faux, toi-même tu sais, je suis fauchée (mais je gère t’inquiète). Après, si tu tiens à me faire un virement, je ne vois pas ce qui m’autorise à te priver de cette liberté.

C’est le net avantage que je tire de toutes ces années de vifs encouragements à vous entendre me crier combien je suis faite pour écrire. T’as 67 bougies sur le gâteau et je t’offre des mots. Bien fait. 

Un cadeau ça se déballe mais, tireuse de couette que je suis, quand j’offre c’est quand même moi qui déballe. 

En parlant de cadeau, papa avait oublié ton anniversaire c’est Alice et moi qui lui avons dit d’aller acheter un truc s’il ne voulait pas finir bouffé par les vers dans le champ du voisin.

Quand je pense à toi, je me revois petite. Remontent des souvenirs d’enfance. Ceux à Pessac, précisément. Quand la semaine papa n’était pas là et qu’on vivait seules toutes les 3. Je me souviens de ces soirs où tu rentrais épuisée du travail, tard, et que tu nous chantais LA chanson, ta chanson, parfois même ça finissait en Souchon. 

Je me souviens de ton index qui balayait notre nez jusqu’à ce que nos yeux se ferment. Je me souviens de tes bisous au rouge à lèvres sur nos fronts. Je me souviens de nos affronts. Pipi, soif, mal au ventre, mal à la tête, peur des monstres, la lumière dans le couloir. 

Je me souviens vouloir tout tenter pour rester encore un peu avec toi, dormir c’est chiant et c’est le meilleur moyen de ne pas profiter des gens. Quand on y pense, c’est terrifiant.

Je me souviens que tu étais patiente jusqu’à un certain point où tu passais de l’autre côté. Le côté des parents qui finissent en cabane. 

I feel u sis’, enfin mam’, bref je capte, les enfants font dévisser. Je sais ça maintenant. 

Parfois tu décidais d’être sympa (la sympathie pour l’enfant c’est le renoncement du parent, je sais ça maintenant bis) et tu nous laissais, Alice et moi, regarder Julie Lescaut avec toi. Ou Les Cordier juge et flic. Tu disais « d’accord mais jusqu’à la pub, pas après ». On disait oui mais on savait que tu finirais par céder. Tu finissais toujours par céder. 

Je vais avoir 33 ans, je suis maman et la petite fille qui te rongeait pour avoir le droit de regarder une commissaire coiffée comme le Prince de Lu résoudre des enquêtes à la portée d’enfants victimes d’asphyxie néonatale a bien grandi.

Pour autant, parfois, il m’arrive d’être nostalgique de cette époque et de vouloir être ta petite fille encore un peu. Tu me diras que c’est le cas, je te dirais que c’est chiant quand tu dis que c’est le cas. Que ça me tend quand tu me traites comme un bébé, quand tu ne dors pas tant que je ne suis pas rentrée, que tu me dis ce que je dois faire ou ne pas faire, quand tu te mêles de mes affaires. 

Et puis j’entends qu’il y a des mamans qui partent. Un jour, elles s’en vont, elles montent dans le ciel, on dit ça aux petits. Et avec les grands ? On leur dit quoi, on fait comment ? 

Peu importe, pas concernée. T’es immortelle, personne ne me croit, mais moi je sais. 

Je sais ça, je sais beaucoup de choses de toi. 

Je sais que tu es coquette, contradictoire, à l’écoute, sincère, aimante, soupe au lait.
Je sais que tu es de mauvaise foi, brillante, mélomane, cinéphile, cultivée. 
Je sais que tu aimes les ânes et le banjo, les anges, les jolis mots. 
Je sais que tu parles aux animaux, que tu perds tout et que tu accuses les autres (si). 
Je sais que tu es bordélique, altruiste, optimiste, hystérique (si, un peu).
Je sais que tu es bavarde, hypersensible, que tu poses des questions alors que tu connais la réponse (si). 
Je sais que tu aimes rire, vivre, lire, danser, profiter. Je tiens ça de toi. La moustache aussi. 
Je sais que tu as peur pour nous, tout le temps.
Je sais que tu nous aimes démesurément. 
Je sais que tu ne m’en veux pas mais pardon. Pardon pour toutes ces fois où j’ai pu te sembler injuste, dure, toutes ces fois où je t’ai blessée. C’est lâche mais c’est tellement facile de s’en prendre aux gens quand on sait d’eux que même s’ils le voulaient ils ne pourraient jamais cesser de nous aimer. 
Je sais que tu vas pleurer en lisant cette lettre.
J’espère que tu vas rire aussi, j’aime te faire rire. 

Ah et je le pense fort mais je le dis tout bas. 
Je t’aime.
Je t’aime et je t’admire. 
Je t’aime et merci. 
Je t’aime et je serai là, toujours. 

Même quand tu seras une vieille harpie cacochyme qui se bave sur le col et qu’il faudra t’acheter des slips Tena Lady parce que tu te pisseras dessus la nuit.
Parce que j’aime quand tu vieillis.

Joyeux anniversaire

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