L’homme

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Aaah les hommes. Les hommes, les hommes. Vaste sujet.

Avant toute chose (surtout pour éviter de me faire molester au pied de mon immeuble par la nouvelle et précieuse génération d’hommes au foyer) : sachez que je ne fais pas de généralité, pas trop. J’assure mes arrières car je sais que vous êtes de plus en plus nombreux à prendre très au sérieux la répartition des tâches quotidiennes mais je sais aussi qu’il reste encore une communauté de mâles convaincus que la femme a une passion pour les trucs chiants. La femme, cet être vivant créé par le dieu de la galère pour délester l’homme de toutes les contraintes de type sanitaires et logistiques.

Mieux : elle le fait si bien que l’homme s’interdit, par égard bien sûr, de la court-circuiter dans sa marotte pour les corvées. « Bah chérie, je pensais que tu adorais ça, t’es tellement maniaque ». Ah mais oui, pfiou que je suis conne, c’est de ma faute je brouille les pistes, j’aurais dû te dire dès notre premier rencard que j’avais d’autres petits plaisirs dans la vie que celui de frotter les joints de la baignoire avec une vieille brosse à dents ou décoller les pâtes au fond de la passoire. Si j’dis pas tout moi aussi. 

J’ai décidé d’écrire sur ce sujet, qui me semble – ma foi – relativement pertinent, surtout quand j’ai compris en discutant avec des amies qu’on était beaucoup (beaucoup) à vivre les mêmes scènes à la maison. Beaucoup à se sentir très concernée par ce que les médias appellent la charge mentale (joli terme pour dire qu’on en a juste plein le cul). Beaucoup à faire du yoga pour rester zen et ne pas nettoyer leurs costards à l’acide sulfurique. Beaucoup à ne pas comprendre la logique masculine dans certaines situations. En gros. 

Par exemple, au hasard, dans les quelques sujets récurrents qui attisent notre incompréhension il y a le concept de « l’inachevé ». Pourquoi, quand l’homme commence un truc, ne va-t-il pas jusqu’au bout ? Je ne parle pas de faire un match de foot en salle ou de manger une planche de fromages, non. Mais plutôt de gestes de la vie comme ouvrir le tube de dentifrice mais ne pas le refermer. Jamais. Se faire un café mais laisser la tasse sur la table. Lever la lunette des WC mais ne pas la baisser. Mettre ses chaussettes au sale mais à côté de la panière. Débarrasser mais mettre la vaisselle dans l’évier. Plier les vêtements mais les laisser sur le lit. Vider la machine à laver mais étendre les vêtements sur les chaises, les radiateurs ou le lampadaire (ah chouette, pas con, je trouve aussi que la déco de l’appart est quand même bien moins boring avec des culottes et des tee-shirts mouillés sur les meubles. L’étendoir du coup non ? Tu dis ? C’est chiant ? Ah ben ouais, c’est chiant ouais.) 

Mais chiant comment ? Genre chiant comme changer les draps ? Les quoi ? Tu sais le truc en tissu qui se met sur ton lit, qui sent bon et qui n’est jamais le même d’une semaine sur l’autre ! Eh oui, bah c’est moi la personne qui se charge de les laver et de les changer, enchantée. C’est moi qui rampe dans la housse, DEDANS, pour mettre les quatre bouts aux quatre coins quitte à avoir de grosses montées d’angoisse en me disant que quelqu’un va arriver à pas de loup dans la chambre pour m’enfermer dans cette housse et me faire mourir. 

Autre chose, les rouleaux de papier toilette. Dès que j’en parle j’ai le myocarde qui s’irrigue mal. Est-ce que c’est OK de laisser les rouleaux vides sans jamais penser à les jeter ? Toi, l’homme, que te dis-tu quand tu le laisses comme ça ce petit rouleau en carton tout seul sur le bord du lavabo ? Est-ce que tu penses qu’il va s’autodétruire si tu comptes jusqu’à 3 ? Crois-tu qu’il y a la fée des rouleaux qui chaque soir à la nuit tombée passe dans les domiciles pour les ramasser ? (Cette même fée qui remplit le stock de PQ aussi toutes les semaines pour éviter à la petite famille de s’essuyer au gant.) T’es-tu dit que, peut-être, j’avais pour projet de me lancer dans la construction d’une œuvre écolo-contemporaine faite avec 480 rouleaux vides de Lotus Confort (et que me freiner dans mon art en me privant de ma matière première ça n’était pas digne de toi) ? Hein ?

Et si mon abnégation est totale (ou presque) quand j’aime mon partenaire de vie, il y a des petites choses comme ça qu’il est conseillé de respecter pour le bien de tous. Histoire que tout se passe dans le calme et qu’on ne vienne pas me dire que je suis « folle » quand je jette une marmite en fonte sur la télé parce que monsieur marche avec ses chaussures sales sur le sol fraichement lavé ou qu’il mange une dizaine de Krisprolls au-dessus du tapis alors que je viens de ranger l’aspirateur. Car je ne suis pas folle, je suis perfectionniste. Et surtout, je ne suis pas sa maman. Même si je prends plaisir à le rassurer sur son état de santé quand il a une rhinopharyngite mais qu’il prétend avoir un cancer des sinus en phase terminale. 

Post-scriptum : pardon bébé, t’es le plus fort, le plus beau, le plus musclé, le plus rigolo, le plus mignon, le plus qui sent bon, le plus qui cuisine bien, le plus qui a de belles dents, le plus super des beaux-pères, le plus courageux qui descend à la cave parce que moi j’ai peur, le plus rapide pour tuer les araignées, le plus tout.

Mais s’il te plait, jette les rouleaux de PQ. 

C’est la Fashion Week

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Lundi 23 septembre. Début de la Fashion Week parisienne et premier jour de l’automne. La mode prend vie quand les feuilles meurent (poète).

Pendant de nombreuses années, j’ai détesté bosser pendant la semaine de la mode à Paris. Véritablement. Au même niveau qu’aller au parc le week-end, faire des réunions entre parents d’élèves ou sortir le chien en rentrant de soirée. Une semaine dans la jungle barbare à courir après les métros, se nourrir de sandwichs en triangle et de sachets N.A, écrire les articles sur la ligne 12, arriver à l’heure le souffle court et l’aisselle moite pour finalement attendre cinquante minutes que le show démarre. La ponctualité n’étant définitivement pas l’affaire de tous. Alors quand j’ai quitté mon poste pour me lancer à corps perdu dans la vie de journaliste free-lance (dans le chômage aussi beaucoup), j’ai à nouveau désiré cette semaine de Fashion Week. J’allais pour la première fois en voir ce qu’il y a de plus beau. Choisir les défilés auxquels j’irai (là où on m’invite), prendre le temps, observer la vie qui change dans les rues de Paris, sentir cette énergie à part, tellement différente du reste de l’année.

Parce que la Fashion Week ce n’est pas qu’une succession de shows réservés à un microcosme en mal de nouveauté. La Fashion Week c’est aussi une parenthèse spéciale dans cette ville si belle mais parfois si farouche face à la fantaisie. C’est l’effervescence. Des restos complets le lundi soir, des lieux d’habitude vides en semaine et qui vibrent de la communion festive et hétéroclite des amoureux de la mode, des fêtes dans tous les sens (que je suis sur Instagram comme vous la plupart du temps), la possibilité de croiser Kendall Jenner mordre dans son burger chez Ferdi, Eva Longoria avec sa poussette dans les rues du 8ème ou Karine Lemarchand chez Franprix (ah ça on s’en fout ? Pardon). La Fashion Week, c’est aussi des mannequins, qui commencent doucement à envahir les trottoirs de la ville déjà quelques jours avant le lancement des festivités, book sous le bras, Dr Martens aux pieds et démarche gracile, laissant le reste du monde dans un état d’agacement et de « ça finit quand ? ». Parce que sa rotule qui flirte avec ta clavicule, quand même, c’est vexant. Agacement qui revient quand Uber majore pendant 10 jours ses courses au prix d’un Paris – Nice en Concorde, quand les coffee shops sont en rupture de matcha latte à 9h du matin ou quand tes baskets Balenciaga négociées à la sueur de ton front sur Vestiaire Co (pour la moitié de ton salaire) sont déjà contrefaites au prix d’une paire de Domyos dans tous les pays d’Asie et du Maghreb.

Mais ce que j’aime le plus je crois, ce sont les gens (pas tous, c’est vrai). Ces gens que l’on croise sur les trottoirs et dont l’on devine, sans n’avoir jamais rien su d’eux, qu’ils sont là pour la Fashion Week et qu’ils n’iront au Louvre que si Vuitton y défile. Ces gens qui s’embrassent en front row des défilés avec une émotion fabriquée et des « long time no see » qui découpent l’air, ces gens qui se délectent des shows dans leur manteau en fourrure (fausse maintenant) tandis que le mercure flirte avec les 25 degrés, heureusement sur un cycliste et un soutif. Ces gens qui prennent la pose devant les photographes avec une déconcertante habileté, certains sont évidemment invités, d’autres pas. Ces gens qui s’amusent, qui rient, qui chantent, ceux qui remplissent le compte Instagram de Loïc Prigent de leurs mots inattendus, ceux qui marchent sur la route, s’assoient sur les capots, ceux qui veulent se faire remarquer, ceux que l’on remarque alors qu’ils se font discrets.

Ce que j’aime, ce n’est donc pas tant de rêver durant 10 minutes (après en avoir laissé passer 50 à attendre) sur mon siège numéroté devant des fringues que je ne porterai jamais. Ce que j’aime, c’est l’ambiance qui habite Paris durant ces quelques jours. C’est pouvoir mettre des chaussettes en laine dans des Birk croco, des boucles d’oreilles aussi lourdes que mes blagues, des barrettes qui brillent dans les cheveux, boire un thé glacé au romarin à la terrasse du Ritz et savourer l’imposture dont je suis maîtresse quand je saute le soir dans mon legging distendu en gobant mes nouilles déshydratées devant les Reines du shopping. 

J’avais Vinted

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Il y a environ deux ans, au détour d’une conversation somme toute passionnante avec deux blogueuses mode, j’apprends l’existence d’un site révolutionnaire pour vendre ses fringues d’occasion : VINTED. Le concept est brillant. En seulement quelques clics on poste notre annonce et (car c’est aussi et surtout ça qui différencie Vinted des autres) aucune commission n’est prélevée par la plateforme. Si tu mets tes ballerines en vente à six euros (déjà tu fais bien de les vendre), tu rentres avec tes six euros en poche. 

Ni une, ni deux, emportée par la fougue, curieuse, enthousiaste, je décide de me créer un compte. Aaaaaaah, quelle belle idée de merde. Je pense qu’écouter en boucle l’album de Gauvain Sers m’aurait rendue moins hystérique. J’ai accumulé en trois mois suffisamment de colère pour mordre quelqu’un jusqu’au sang. Et quelqu’un au hasard.

Au départ, toute bien disposée et fière de participer à la vague générationnelle de la « second hand », j’ai mis une vingtaine de pièces en ligne. Des fringues essentiellement achetées chez Zara, H&M, Mango qui avaient un soir répondu à un caprice du type « je veux un truc nouveau main-te-nant !! ». JE SAIS C’EST MAL. Le dieu de l’écologie viendra me réveiller dans mon sommeil mais pour le moment je continue mon histoire. 

Donc, je mets tout ce petit monde en « très bon état » à des prix défiants les lois du retail. 4 euros, 6 euros, 8 euros, je pense qu’au maximum de ma gourmandise j’ai dû réclamer 50 euros pour un manteau. Pardon. Le soir-même j’ai 45 notifications. Favoris, offres, messages dans tous les sens. Je suis excitée, je vole, je commence à sentir l’odeur de l’argent. 

Et là, je découvre une autre dimension. Un monde parallèle où il faut être un moine shaolin, Pascal le Grand Frère ou quelqu’un de très pauvre (j’ai hésité à l’écrire ça) pour tenir le coup.

Faut savoir que tu es confronté(e) à plusieurs obstacles récurrents lorsque tu vends sur Vinted. Des épreuves de la vie pour voir si tu peux évoluer parmi les autres ou si tu as un terrain psychotique (désolée s’il y a des fautes de frappe mais j’écris ces lignes avec le bout de ma langue car ma camisole m’empêche de taper sur le clavier). 

Parenthèses fermées pour la suite : je vais tout mettre au féminin dans un soucis de praticité, ne venez pas me poser des commentaires punitifs pour me mettre face à mon sexisme, je sais qu’il y a aussi beaucoup d’hommes qui achètent (et s’ils veulent s’offrir une robe je n’ai rien contre hein). 

Tu as la Vintie (oui un membre Vinted est un Vintie) qui négocie TOUT. Uniquement pour le plaisir de négocier. Tu mets un pull à 7 euros, elle te fait une offre à 6,5 euros. Tu acceptes car tu es une gentille Vintie mais derrière elle n’achète pas et revient le lendemain avec une offre à 5 euros. C’est le concept même du « je te donne la main, tu me prends le bras », celui dont on a tous usé auprès de nos parents pour gratter une heure de « veille » avec les copains quand on était mômes. 

Celle qui décide que le respect est mort, définitivement. Ton manteau est en vente à 50 euros elle te fait une offre à 16. Il se passe quoi dans ta tête ??? Tu nourris l’espoir, vraiment, que je vais accepter ? Et qui sait, je vais peut-être même faire une contre-offre à 8,5 euros et je vais t’envoyer mon numéro en MP pour que tu puisses m’appeler quand t’es en galère de thune !

Celle qui te raconte sa vie (un petit détecteur de mensonges ne serait pas du luxe dans ces moments) dans l’espoir de toucher ton cœur et de faire baisser le prix. « J’adore cette robe elle est sublime et j’ai toujours rêvé de pouvoir la porter pour une soirée. C’est la robe de mes rêves. Mais je suis étudiante du coup c’est un trop gros budget pour moi, je dois payer mon loyer seule et les fins de mois sont difficiles. Je vous souhaite toutefois une belle vente. ».

Merci vous êtes bien aimable. Bonne vie. 

Désolée, mais je n’ai pas le temps pour les larmes. Je ne me cogne pas tous ces échanges, les colis, les aller-retours au point Mondial Relai, les photos de près, de loin, portées, toussa, pour faire dans le caritatif.

Tu as aussi la Vintie qui a pour projet ferme de niquer ta vie en un échange avec que des questions relous. Elle tu as l’impression qu’elle achète un appart. « Je peux avoir une photo portée de profil ? », « tu l’as acheté en quelle année ? », « est-ce c’est plus un vert pomme ou un vert sauge ? Parfois les photos sont trompeuses », « tu penses que je peux les porter avec une jupe ? », « tu peux me donner la longueur entre l’épaule et l’aisselle s’il te plait ? » (Ben c’est du M frère. Point. T’as le corps de Tyrion Lannister ou t’as juste envie de voir où est ma limite ?). Parce qu’en vrai tu chauffes.

Mon préféré c’est celle qui te met des cadeaux en plus dans le colis. Et quand je dis cadeau je pense plus à des croûtes qu’elle devait avoir dans ses tiroirs depuis le CM2 et qu’elle te glisse gentiment dans le paquet pour te faire plaisir. Un collier moche, une pince à cheveux, un pin’s, un élastique… Le tout accompagné d’un petit mot bien rédigé qui sent la vanille « merci pour l’achat ! Amicalement, Gwendoline ». Merci Gwendoline, t’es formidable, tu lis en moi comme dans un livre ouvert, je cherche depuis des années une chaine avec un elfe en pendentif.  


Moins marrant, mais faut en parler : la sale. La quoi ? La SALE ! Celle qui t’envoie sa veste Levis avec un vieux mouchoir dans la poche. Celle qui vit dans un bar PMU et qui vend ses fringues sans se dire que l’odeur de Gitane peut gêner. Celle qui ose te laisser le chewing-gum écrasé sous la semelle de ses Doc (aaaaaaaah mais peut-être que c’était un petit cadeau en plus ?), celle qui écrit en « très bon état » mais qui t’envoie une chemise marquée à vie par l’acidité de sa transpi. Je suis sans mots, ma tolérance sociale meure ici. Moi qui suis dégoutée par ma propre morve, je suis censée faire quoi avec cette catégorie d’êtres humains ?


Le meilleur pour la fin : les remises en main propre. Les RMP pour les initiés. Un concept malin crée à la base pour te faciliter la vie et t’éviter la tâche ingrate du colis. L’idée ? Tu t’arranges avec la vintie pour convenir d’un rendez-vous afin de procéder à l’échange. Dit comme ça tout semble merveilleux, d’une facilité déconcertante. AHAAAAAAAAAAAAAA (là j’ai une tête de folle et les yeux injectés de sang) mais ça c’est dans un monde idéal. Celui où la vintie ne te décommande pas quand tu es déjà partie de chez toi, celui où la vintie ne vient pas avec un billet de cinquante euros pour acheter un truc à sept, celui où la vintie ne décide pas en voyant la pièce de lâcher un « oh finalement je ne suis plus sûre je suis désolée, je pensais que les talons étaient plus petits » (MAIS J’AI MIS LA HAUTEUR EN CM DANS L’ANNONCEUHHHH !!!). Et le pire c’est que tu ne peux rien dire, tu n’as pas le droit de la mordre à la jugulaire là devant tous ces gens, de lui prendre sa montre son portable et son portefeuille pour réparer le préjudice psychologique et boursier. Bah non, tu rentres chez toi avec ta paire d’escarpins de 11 sous le bras. 


Bilan : continuez d’acheter sur Vinted car on y fait de très bonnes affaires mais, dans le cas où votre profil psychologique semble correspondre au mien (personne n’est parfait), ne vendez pas. La bise.

J’ai un chien

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Si vous me suivez sur Instagram, cette nouvelle ne vous aura pas échappé : j’ai adopté un chien. C’est un chihuahua à poils longs qui s’appelle Claude. Claudeu, une femelle. 

J’ai grandi toute mon enfance avec des chiens. Ma mère les mettait au rang d’humains « ton frère, ta sœur », sombrait dans un chagrin quasi insurmontable à la mort de l’un d’entre eux et a toujours dit « ceux qui n’aiment pas les animaux ne peuvent pas aimer les humains ». Mon père, lui, pestait de les avoir dans les pattes, de retrouver ses chaussons éventrés et de devoir reboucher les trous dans le jardin mais finalement tout le monde était content. Si bien qu’à 17 ans quand je suis partie de la maison, j’ai trouvé très difficile de ne plus avoir la présence d’un chien sous mon toit. 

Et puis, les années passant et ayant rejoint Paris, j’ai abandonné l’idée (qui a quand même souvent germé dans ma tête) de prendre un chien en ville. Entre le boulot, ma fille, la vie… L’envie de rajouter une responsabilité sur la liste m’est vite passée. Caresser celui des autres (de chien) dans la rue en gloussant m’allait très bien et suffisait à mon bonheur. 

Mais ma fille a grandi. 

7 ans et voilà que le chien est devenu un sujet quotidien, diurne mais nocturne aussi, un déclencheur de sanglots, le sens de sa vie. Un chien à la maison et tout serait réglé. « Je ferai mon lit tous les jours maman, je ne répondrai plus, je rangerai mes jouets, je ferai mes devoirs sans râler, je ne cacherai plus les miettes sous mon tapis, je ne lècherai plus les couteaux, je ne me relèverai plus dix fois le soir… ». Un chien c’était Lourdes en mieux. Alors on a cédé. Sans savoir encore réellement à ce moment-là qu’un enfant de 7 ans est à peu près aussi fiable qu’un vendeur de bagnoles. 

J’ai adopté Claude (qui s’appelait Ophélie d’ailleurs) alors qu’elle avait 10 mois. Je suis allée la chercher à Montargis et je me souviens m’être dit à plusieurs reprises durant le trajet « tu fais une belle connerie ». Romy n’était pas au courant, je suis rentrée avec le chien dans les bras. Romy a pleuré de joie et j’ai pleuré de la voir pleurer de joie. Puis, quelques minutes plus tard, Romy a dit « c’est quoi comme chien ? On dirait un pigeon ». M’est venue comme une envie de tout casser et de lui dire « c’est toi le pigeon frère », mais vu que je suis sa maman je ne pouvais pas. Du coup j’ai exposé les mêmes arguments que j’ai dû exposer une centaine de fois depuis que Claude a intégré la famille.

Le chihuahua n’est pas un chien comme les autres. Il est victime de nombreux préjugés et quand on en est propriétaire il faut s’habituer à entendre des remarques bien agaçantes du type : « oh mais qu’est-ce qu’elle est moche ! Non sérieusement Laura regarde-la, tu peux la trouver mignonne mais elle est moche ! », « t’as pas peur de lui marcher dessus ? (j’sais pas tu marches sur les chats ou les lapins toi ? Non bah ta g***** du coup)», « woohoo on a sorti la bête féroce », « ah bon c’est intelligent ?? », « mais tu ne voulais pas un vrai chien plutôt ? », « un chihuahua ??? mais c’est un chien de coiffeuse ! » (MAIS QU’EST-CE QUE TU DIIIIIIIS ???? UN CHIEN DE COIFFEUSE CA VEUT DIRE KWAAAAAA ?????). Je suis très énervée pour de vrai quand j’écris ces lignes. J’ai envie de rappeler tous les gens très bêtes qui m’ont dit ça pour leur parler en gros mots (mais certains sont des amis qui depuis annuleraient leurs vacances pour prendre Claude tellement ils l’aiment). Mon mec le premier a fait un rejet total de l’animal, estimant que sa virilité serait d’office satellisée si on le voyait avec Claude au bout de la laisse. Aujourd’hui je ne sais plus à qui il s’adresse quand il dit « coucou mon cœur » en rentrant du travail. 

Alors oui, un chihuahua c’est moins « joli » qu’un Cavalier King Charles, oui ça a des yeux de la taille de balles de golf, des oreilles qui pourraient faire office d’ailes, un corps tout maigre, des pattes de lapin, ça porte des doudounes en hiver et chaque rendez-vous chez le vétérinaire te coûte plus cher qu’un loyer à Clermont-Ferrand. Mais le Chihuahua c’est le chien le plus génial du monde. Ça fait des crottes de hérisson (je peux vous jurer que ça compte), ça mange un bol de croquettes par décennie, ça se met dans le sac à main, ça ne peut pas monter sur les canapés (ça essaye pourtant), ça fait de toi la mère la plus populaire de l’école et surtout, surtout, ça rend ton enfant heureux. Même si c’est un petit mytho qui ne fait pas plus son lit qu’avant.  

C’est la rentrée

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J’ai longtemps hésité avant de choisir le sujet de mon tout premier article sur maag. Ressassant toutes ces fois dans la vie où j’ai entendu « ce qui compte c’est l’introduction et la conclusion, ce que tu pourras bien dire au milieu on s’en fout les gens ne le retiendront pas ». J’en ai fait un postulat assez évident dans ma vie bien qu’en partie inconscient. Ne pas rater l’entrée et la sortie, et entre les deux ça n’a pas grande importance. Du coup, j’ai décidé de choisir avec soin mon premier et mon dernier sujet.  Au milieu, je vous raconterai tout ce qui me passe par la tête. Du léger, du moins léger, des coups de gueule (je hais cette expression pour de vrai), des éloges, des anecdotes, des conseils, des impressions… La vie dans tout ce qu’elle a de génial et de moins génial, en somme.

Commençons par la « rentrée ». Mot en sept lettres ayant élu domicile dans toutes les bouches en ce début septembre. Il empêche les enfants de dormir, fait pleurer les parents (ou l’inverse je ne sais plus), accompagne chaque photo Instagram postée au lendemain d’Août, résonne comme la mort du plaisir et le retour des emmerdes.

Un sentiment universel qui cependant peine à vivre sa vie tranquillement à cause d’une vague d’un nouveau genre : les kiffeurs de rentrée. Autrement dit, toutes celles et ceux (surtout celles j’ai remarqué) qui piétinent d’impatience à l’idée de retourner bosser. C’est cette même vague qui aime les lundis. On les reconnait à leur feed Instagram goinfré d’anglicismes pour dire que c’est trop bien parce que le weekend est fini, que se lever à 6 du mat c’est bon pour la santé et que la vie doit être vécue à 2000 km/h. Force et honneur donc à ce cru dynamique prêt à déplacer des montagnes (Lauriane si tu me lis) dont j’essaie de faire partie tant bien que mal. Parce qu’en vrai, courir dans Paris pour se rendre à douze rendez-vous par jour, retrouver mes amis les malodorants/collants/bruyants/méchants dans les wagons sales de la ratp (non je ne fais toujours pas de trottinette), se lever le matin avant le jour et laisser l’acné remplacer le hâle c’est quand même beaucoup moins sympa sur le papier que les balades en bord de mer, les soirées au rosé, le chant des oiseaux et les cheveux qui sentent la Tiaré. 

Appartient à cette communauté minoritaire mais bien déterminée un grand nombre de femmes mais de femmes sans enfants de plus de trois ans. Arrêtons là l’hypocrisie. Car avoir une descendance et aimer la rentrée c’est une équation qui n’existe pas. Et ce malgré la volonté, la rage au ventre, le « new start », les projets, le good mood, la soif de réussite, le girl power et tutti quanti. Nan. Avoir des enfants c’est partir du principe simple que chaque début d’année scolaire sera une version légèrement édulcorée de l’enfer. Avec ses différentes étapes. 

Quand ma fille Romy a quitté la maternelle pour l’élémentaire j’ai revu la lumière. Fini les petits qui chialent matin et soir (toujours les mêmes en plus), les empreintes de morsures sur le visage, les crottes de nez collées dans les cheveux (et tu n’es jamais vraiment sûre qu’elles appartiennent à ton enfant), les fuites fécales dans la salopette ou les collants en laine, les maladies du type pieds-mains-bouche (créées de toutes pièces pour faire exploser le marché de la contraception), les soixante classeurs de gommettes collées sur des feuilles blanches ou encore le nounours mascotte de la classe que tu dois adopter une semaine dans l’année pour responsabiliser ton môme (que cet ours soit recouvert de morve et qu’il ait des paquets de poils sucés ne semble déranger personne). 

C’était sans savoir que l’élémentaire avait quelques surprises cachées dans son chapeau pour continuer à bien me pourrir la vie. Hé. 

Déjà, sachez que votre enfant à 7 ans en vrai, aujourd’hui, il en a 14. Devant les copains du moins. Alors que tu commences seulement à te faire à l’idée que ta fille est un être humain décorrélé de ta personne et qu’elle respire même quand tu n’es pas dans la pièce, elle, est déjà en train de chanter Jaja en faisant des checks flingués à ses copains après t’avoir gentiment sommée de ne pas la déposer trop près de l’entrée. Et si tu oses lui faire un bisou ou lui dire je t’aime, elle se transforme en Etchebest quand y’a des rats dans la cuisine. Tu découvres l’ingratitude à son paroxysme. L’enfant d’ailleurs n’est qu’ingratitude, si on se parle sérieusement. Quand la personne qu’il vient de congédier est aussi celle qui fait des marbrés pour la kermesse et maquille les copines en papillon, fait la guerre aux poux tous les soirs à grands passages de peigne électrique, invite les copines à dormir et achète des serre-tête licornes par dizaine, organise des anniversaires dans des bowlings et perd dix ans de vie en seulement trois heures, a lu pendant deux ans des histoires d’escargots qui font la course, dû payer des séances d’hypnose pour s’enlever de la tête la chanson de la Reine des Neiges, se lève au moindre cauchemar, à la moindre poussée de fièvre, continue de croire que le « j’ai soiiiif » une fois au lit n’est pas une ruse pour retarder le coucher, vérifie à 1h du matin que le pull sur la chaise dans le noir est bien un pull sur une chaise dans le noir et non un nain méchant avec des épaulettes.

La rentrée c’est ça en vrai. Et si le rythme s’installe à nouveau rapidement, les dix premiers jours sont toujours un peu agités. Du coup, on pense aux prochaines vacances.