C’est les vacances

C’est l’heure du soleil qui disparaît tard, des apéros sans fin et de la peau au goût de sel. C’est les vacances. 

Ces vacances qui ont pour moi (et pour beaucoup de monde cette année) un goût tout particulier, celui de la liberté, de l’allégresse, du salut. J’ai claqué la porte de mon nouveau chez-moi en y laissant mon anxiété, le passé, mes projets de rentrée et mes cols roulés. Je suis descendue dans mes plaines natales pour faire peau neuve, écrire, lire, manger des glaces, prendre du recul, deux ou trois coups de soleil et une bonne caisse pour le principe. 

Il ne m’a pas fallu bien longtemps avant de réaliser que Paris me manquerait probablement encore moins que les autres étés. Sauf que je suis du Pays Basque et que Biarritz devient en été le 21ème arrondissement de Paris. Le métro et les rodéos à trottinette en moins, quelques sourires en plus.

Une cour de récré qui sent l’eau iodée pour tous les cadres sup de la capitale qui veulent enfiler des Vans et monter sur une planche de surf. Un lieu de villégiature pour la caste huppée qui rêve à une vie plus wild. La Californie française on l’appelle dans les pages des canards ou dans la bouche d’Harry. Référence aux sirènes et éphèbes locaux devenus blonds-blé sous les UVA et les UVB, celle.eux qui bravent les vagues dès six du mat, été comme hiver, et qui sont devenus les icônes des parisiens en mal de grand air. C’est beau. Et c’est aussi tout ce folklore bien marketé qui donne à Biarritz le charme qu’on lui connait.

Là où je suis, à 30 min de la ville, c’est le pays basque, le vrai, le sang (avec l’accent). Pas celui où tu portes un tee-shirt 64 et des Ray Ban en mangeant ton poke bowl. Non, celui où la peau des paumes est plus épaisse que le tissu des vestes de Florent Pagny. Celui où si tu ne parles pas basque tu te sens comme Geneviève de Fontenay dans une partouze, pas chez toi, celui où le cochon dodumignon caressé naïvement la veille de ma petite main manucurée dans le jardin du voisin fini tartiné sur des toasts à l’apéro, celui où la coupe mulet ne fait peur à personne, pas plus d’ailleurs que les marcels et les bermudas.

Avec mon père au foyer rural et ma tante à la confrérie du piment je suis d’office considérée comme une des leurs mais le chihuahua (il a fallu leur dire que c’était un chien), les lunettes Gucci et la Mini Cooper je sens que c’est encore un chouïa too much pour eux. Du coup, dans un souci d’intégration optimale, je me suis inscrite à un vide grenier en aout. Histoire de vider la maison de ses vieilleries et de passer une journée en immersion (quelle connasse je fais). Je vais lâcher deux trois ADIO et BESTE BAT, manger de la saucisse et faire des cul-sec de Patxaran à 8h du mat. (Il y a donc langue saucisse et cul dans cette phrase). De quoi me donner l’étoffe d’une vraie, pas de la déserteuse qui bosse pour les magazines féminins, mets des glaçons dans son rosé et milite pour l’égalité des sexes. Une notion qui semble ici relativement vague encore. Très vague. 

Du coup, je vais splitter les vacances en deux. Un peu d’authenticité, de vert, de rando, d’odeurs de purin et d’hommes qui tirent des charrettes à la force de la mâchoire mais un peu aussi de Biarritz, son âme, les peaux au monoï, les soirées face à la mer, l’ivresse, les bains de minuit (bon, pas trop, j’ai peur des requins), l’amour et les copains. 

Vous me jalousez peut-être mais j’ai donné la vie aussi, ne l’oublions pas, donc je vais avoir mon lot d’emmerdes. Comme aller faire des tours de B-Twin dans les chemins de terre, la regarder grimper aux arbres au parc Ttiki Leku (oui, Ttiki Leku), sursauter sur des « MAAAAMAAAAAAANNNN regarde comme je sais faire le dauphin » quand je commence à baver sur ma fouta, penser à la crème 50, au chapeau, à l’aspi-venin, aux méduses, lui dire de fermer la bouche quand passe une guêpe, lui dire de fermer la bouche quand elle chante du Maitre Gims, vérifier qu’elle n’a pas trop chaud, pas trop froid en sortant de l’eau, lui dire de ne pas marcher pieds nus dans l’herbe, de ne pas rester au soleil, de se mouiller la nuque avant de se baigner, de ne pas courir en tongs, de boire souvent… 

Et même si parfois je rêve de pouvoir m’assoupir plus de 12 minutes sur mon transat et penser à rien d’autre qu’à la trace de bronzage que me fait mon tanga, je sais que quand elle n’est plus auprès de moi j’ai l’âme en peine. Alors je prie pour que son père ne la prenne pas trop longtemps. Je prie aussi le dieu des insectes pour qu’il demande aux frelons et aux araignées de ne pas niquer mes vacances cette année. 

Amicalement,

L. 

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