Romy,

« Tout va bien aller ».

De ta voix qui change un peu plus chaque jour, tu m’as dit ces mots.

« Tout va bien aller ». Je venais de laisser ma cape et mon armure de mère courage, lâchant d’une voix haute qui se voulait basse, que cette période est quand même bien compliquée. Peut-être même ai-je osé un « c’est bien la merde », grossière mais réglo sache que dans ton cochon j’ai jeté deux euros. 

Je crois que c’est peut-être ça le plus difficile en tant que parent. Accueillir ses humeurs démissionnaires et accepter d’entendre des futurs adultes trouver les mots parfaits pour soigner nos maux d’anciens enfants. 

Si je t’écris aujourd’hui, c’est pour dire que oui, ça va aller. Qu’il est doux le futur, qu’il est beau ton futur. 

Je t’en ai fait des déclarations d’amour. Mais je t’en refais une ici ce soir. Et je t’en ferai encore et encore, compte sur moi. Des officielles, des officieuses. Des « je t’aime » qui claquent dans les airs devant le portail de l’école, faisant monter le rouge à tes joues et déclenchant une pelletée de sermons acides quand je viens te chercher. Cette honte universelle n’épargne donc personne. Pas même les gens parfaits. 

Des « je t’aime » quand tu dors, quand je retrouve le toi bébé dès que tes yeux se ferment. La pré-ado qui me réclame des Nike, me toise devant ses potes et voue un culte aux chanteurs analphabètes, redevient un être attendrissant quand les lumières s’éteignent. Avant de me coucher, je viens toujours vérifier que tout va bien chez toi. Dans ton antre lilas. J’ai gardé le réflexe de vérifier que tu respires et qu’aucun insecte tropical ne s’est glissé sous ta couette (un vieil article de presse qui a laissé des traces). 

Dans ce pyjama en coton fleuri, le doudou sous le coude (feu le chien, dissout par des années d’oppression salivaire), tu me donnes envie parfois d’arrêter le temps pour te garder avec moi indéfiniment. Mais je me suis promis de t’aider à grandir, à bien grandir. 

Des je t’aime autant que je pourrais t’en dire. 

Alors tu me l’as affirmé mais tu dois y croire aussi, tout va bien aller. 

Ça va aller parce que tu es de cette génération biberonnée aux combats, ceux qui protègent la terre, les femmes, les enfants, les animaux. Tout n’est pas beau et il reste beaucoup à faire mais les voix s’élèvent, les cris s’entendent et les lignes bougent. 

Ça va aller parce que ce virus ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Enfin, je crois.

Ça va aller parce que Trump dégage et que Kamala Harris est vice-présidente.

Ça va aller parce que tu grandis dans un monde où le féminisme n’est plus un gros mot ni la monomanie d’un clan d’hystéros qui s’aiment poilues et rêvent la mort de l’homme. Il sera bientôt l’affaire de tous. 

Ça va aller parce que vous êtes la génération promesse d’un monde meilleur.

Je veux te dire que j’admire la petite fille que tu es et je suis déjà fière de la femme que tu seras. Comme je t’ai eue à 23 ans, je me dis que je pars avec un avantage certain et que j’ai de grandes chances de te connaitre des années et des années encore. Si je n’ai pas succombé à un virus mutant d’ici-là ou décidé de m’injecter un concentré létal en cas de troisième confinement. Sache, si cela arrive, que tu n’y seras pour rien. Ou presque.

Si tu ris en me lisant, j’aurais réussi la moitié du taf. L’autre moitié étant de m’assurer que tu peux te nourrir et te laver les cheveux sans mon aide, que tu crois suffisamment en toi pour être là où tu as envie d’être, seule ou avec la personne que tu auras choisie. Peu m’importe sa religion, son origine, son sexe, son âge (n’abuse pas non plus s’il te plait), pourvu qu’elle prenne soin de toi. (On en reparlera mais si tu peux juste éviter les roux…).

À toi ma fille,
Et aux autres enfants…
Tout ça pour vous dire, « Tout va bien aller ».
Promis.

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