Je cours

J’ai changé. 

Celleux qui me suivent depuis les débuts de Maag le savent, je n’ai jamais vraiment été sportive. Je veux dire une vraie sportive. Une personne qui aime le sport. J’étais même certaine de ne jamais aimer ça, comme la Fiat Multipla, les andouillettes et la tourista. 

Je peux certes me montrer redoutable après quelques verres quand il s’agit de taquiner l’estrade et de mettre tout le monde d’accord sur mes qualités de breakdanceuse mais mon amour pour l’effort sportif s’arrête là. S’arrêtait. 

Mars, confinement et premiers balbutiements athlétiques. Ou quand il m’a fallu élaborer un plan d’action solide, facile et non illicite, pour refouler au maximum mes élans meurtriers envers mes compagnons de cellule et ressortir de cette épreuve sans sang sur les mains (sans sang c’est rigolo). Une heure de yoga vinyasa par jour, trente minutes de vélo elliptique trois fois par semaine, quelques squats calibrés et un peu de gainage ; j’étais devenue sportive. Quasi. Et bonne. Ça va. 

J’ai gardé le cap tout l’été, bouffie d’orgueil de pouvoir chalouper avec allégresse dans mon short Levis taille 36 tout en sifflant des Caïpi sans culpa. 

À la rentrée de septembre je me suis même réinscrite à la salle pour un an et, lancée comme un frelon, dans un club de boxe aussi. 

Mais la trêve aura duré moins longtemps que les belles années de Loana et ce qui devait arriver arriva. Confinement bis. Toutes les pelles aoutiennes roulées avec la plus grande des ferveurs sont venues nous rattraper et au 1er novembre on était à nouveau priés de rester dedans. Chez nous.

Confinée à Paris dans mon bercail de taille réduite, j’avais le choix entre ne plus faire de sport du tout et voir ma santé mentale se détériorer ou trouver le moyen d’en faire. J’ai essayé le yoga et la barre au sol à domicile, après avoir manqué de me fissurer le métatarse à quatre reprises sur le coin de la table basse et proférer des insultes que mêmes les gitans n’osent pas dire, j’ai compris que je ne n’avais pas le choix, je devais courir. 

Courir.
Il est important de préciser, pour la qualité du récit, que pendant longtemps si on m’avait demandé de choisir entre ça et mourir, j’aurais probablement manqué de promptitude dans la réponse. Pas vite répondue la question. Tape dans tes mains si t’as la ref.

Courir.
J’avais essayé déjà, plusieurs fois. Bien consciente que ça ne pourrait pas me faire de mal, disposée à croire tous les connards qui tiennent des propos de connards comme « c’est devenu une drogue pour moi. Je pense que c’est dû à la production d’endorphine ». Oh mais chut ta gueule. Connard.

J’ai fini par suivre ma sœur. Cet être détestable qui n’hésite pas à m’extraire de ma bulle de bonheur en plein petit déj avec un « tu viens courir avec moi ? ».
Non.
« Mais ça te fera du bien ! »
Ce qui me ferait du bien, là tout de suite, c’est de pouvoir finir de mettre des épaisses couches de Nut sur ma brioche et boire mon Cacolac sans que tu viennes m’emmerder. Possible ? 

Et j’ai cédé. Pour sauver l’honneur. L’honneur et mon cul. 

Ce cul qui m’a semblé peser aussi lourd que l’égo de Bedos les premières fois où j’ai foulé le bitume. L’enfer. Le souffle d’une trachéotomisée, les genoux qui se touchent, voir se détacher des lambeaux d’amour-propre, nourrir une haine sale, avoir l’allure d’une nonagénaire unijambiste et l’envie de vivre 39-45 plutôt que de finir ces 5 bornes. 

Et elle, ma sœur, pleine de panache qui me lâche gaiement en se retournant « tiens bon sœur, tu vas voir c’est top après quand tu atteins le second souffle ». Mais nique toi avec ton second souffle, j’arrive déjà pas à trouver le premier. 

Aujourd’hui, je cours. 
Histoire vraie. 
Je cours et pire encore, j’aime ça. 

Je galope, que dis-je, je vole. Faut dire qu’en ce moment j’ai des ailes…

J’ai couru plus en un mois qu’en 32 ans. 95 kilomètres en janvier. 
Je suis à ça d’aller dans une boutique pour les coureurs, mon attirail actuel manque cruellement d’ergonomie (lala je me gifle). Moi qui me reconnaissais il y a peu encore dans la famille des mythojoggeurs qui sortent trottiner deux bornes avec des Stan Smith aux pieds, je me surprends aujourd’hui à pouvoir lâcher 300 balles dans une paire de baskets spécialisée. 

J’ai téléchargé toutes les applis de running. 

Je double des gens maintenant, des gens qui courent. 

J’ai même investi dans les Airpods pro qui ont l’incroyable fonctionnalité de réduire tous les bruits environnants. Tous. Je n’entendrais pas arriver un char de la gay pride. Ni un véhicule, de facto. Je me suis fait deux trois frayeurs, runneuse heureuse dans sa bulle qui oublie qu’elle est en ville et qu’il y a des voitures qui roulent et qui écrasent.
Appel entrant de maman.

Je dois laisser lâchement ce billet, une autre forme de course m’attend. Celle de mère. Devoirs, douche, diner, dents, pipi, histoire, câlin, dodo, pipi, caca, soif, menaces, dodo. 

Enfin voilà.
Ça vous fait certainement une belle jambe, moins qu’à moi du coup, mais je cours. 

Ah et je me suis préinscrite hier pour le semi-marathon. 
Not a vanne. 

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