Je suis célibataire

On y est. 
Ça ne date pas d’hier et certains d’entre vous l’auront compris : je suis célibataire. 

Quatre mois déjà que j’ai pris mon envol après cinq ans de relation. Quatre mois que je suis retournée vivre dans un appartement qui fait la taille de la buanderie chez mes parents. Quatre mois que je vis une vie nouvelle. Célibataire, donc.

Et si ce soir je suis prête à en faire mon sujet de la semaine, ça n’est pas pour recevoir des dick pic en MP (certains n’ont d’ailleurs pas attendu d’être fixés sur mon statut conjugal pour me gratifier de leur gland en selfie), ça n’est pas non plus pour répondre aux plus curieux, c’est pour partager avec vous quelque chose d’important. J’ai hésité entre ça et écrire sur Jean-Marie Bigard qui se présente à la présidentielle de 2022, et puis j’ai eu peur, en cours d’écriture, de céder à la tentation de me sectionner l’artère fémorale avec un couteau japonais. Du coup, je vais parler de moi, encore. Enfin, pas que.

J’ai remarqué une chose essentielle, depuis que je ne suis plus en couple, je suis bien plus ouverte (psychologiquement, calmos). À la vie, à mes proches, aux inconnus, aux signes. Et puis, j’ai appris à aimer encore plus, mes ami.e.s surtout. 

Celles et ceux qui sont là quand ça ne va pas. Qui savent que ça fait mal même si c’est toi qui pars. Quand tant d’autres peinent à comprendre pourquoi tu pleures. Pourquoi tu dors mal, pourquoi t’as peur. C’est ceux qui respectent, qui écoutent, qui entendent. C’est ceux qui supportent que tu les appelles après minuit et avant 7 heures. 

Et puis tu as les autres. Ceux qui font du célibat une épreuve. Les gens de passage, les cons, les connaissances, les gendres pas sages… 

Ce mec en soirée avec ses potes (qui a la trace de bronzage de son alliance mais qui pense visiblement que tu souffres d’une cécité partielle) et qui donne tout ce qu’il a pour que tu finisses par craquer à son charme qu’il n’a pas. Et quand tu décides de dépenser un peu d’énergie pour lui demander si sa femme sait qu’il est célibataire ce soir, tu peux être sûre que tu entendras un « c’est compliqué en ce moment ». 

Sachez mesdames que j’ai développé des talents certains dans la traduction de phrases de merde dites par les hommes, et que, derrière le « c’est compliqué en ce moment » se cache en fait « je suis un bien bel enculé ». Parce que si c’est vraiment compliqué, tu rentres à la maison et tu me décompliques tout ça. Tu ne restes pas là, l’anneau dans la poche, à boire des Moscow Mule en me disant que je sens bon. Même si c’est certainement la seule chose sur laquelle on tombera d’accord. 

Dans un autre registre, tu as celui qui y va sans filet. Il bastonne. Il a entendu au détour d’une conversation de potes de potes de potes que tu n’étais plus en couple et il se dit que « peut-être » ça va le faire parce qu’il a lâché deux vannes plutôt réussies et que tu as souri en montrant les dents. Il n’est pas spécialement moche, pas spécialement beau non plus, mais il a la conf (et la moustache humide à cause de la chaleur). Après deux ou trois verres il t’approche et te dit cette phrase « alors ma belle, célibataire du coup ? ». WOW. Mais. Kamoulox, je réponds « il parait que ce sont les hippocampes mâles qui accouchent » pour faire diversion et ne pas avoir à être la personne qui lui dit « si l’autre option c’est d’être avec toi, alors oui mon pote, jusqu’à ce que la grande faucheuse me prenne par la main ».

Ces comportements sont souvent les enfants d’une croyance bien ancrée « elle a 32 ans, elle va vouloir se recaser rapido ». Du coup, ils se disent, yolo, feu, vamos, on peut être lourd, con et moche en même temps, on s’en fout. 

Tuez-moi. 

C’est triste mais la vie est ainsi faite, passé un certain âge, être célibataire entraine fatalement une avalanche de remarques qui donnent envie de se faire sauter le caisson. 

Alors, t’es à nouveau sur le marché ?  
– Là, tu veux dire, présentement ? Non, je suis chez moi je bosse. J’irai peut-être dimanche en revanche, acheter les derniers melons de la saison. 

Faut que tu trouves quelqu’un avant l’hiver !
– Oh tu sais, un contrat d’entretien pour ma chaudière, un plaid en alpaga et un bon vibro feront l’affaire. 

32 ans, célibataire, le temps de retrouver quelqu’un et d’être bien avec, pour avoir un autre enfant ça va être chaud…
– Ah ben oui, t’as raison, merde. Bon ben allez je retourne avec mon ex alors, puisqu’apparemment j’ai été envoyée sur terre pour participer à la survie de l’espèce humaine. 

Un conseil, ne dis pas que tu as un enfant, ça fait fuir les mecs.
– Yes. C’est cool. Je dirai que j’ai une coloc’ trentenaire atteinte de nanisme, attardée mentale aussi puisqu’elle lit des « Tom Tom & Nana » et, la pauvre, un chouïa assistée parce que je dois la nourrir, choisir ses vêtements et lui couper les ongles de pieds.

Du coup je me consacre à mes ami.e.s. Et l’avantage en 2020 c’est qu’on peut même coucher avec eux, ça ne choque personne. Il y a Wejdene et Tik Tok mais il y a aussi les sexfriends, ce qui rend ce chaos générationnel bien plus facile à supporter. 

Ces ami.e.s qui me poncent pour que je m’inscrive sur les applis de rencontre. Ces mêmes ami.e.s à qui je répète inlassablement les deux arguments suivants : que je ne recherche personne et que je suis, surtout, bien trop rêveuse. 

Je veux de la magie. Moi.  Je veux que ça soit joli, spontané, romantique même.  Je veux une rencontre fortuite, une rue, des regards qui s’évitent. Je veux des couchers de soleil et des nuits blanches. Je veux qu’il soit là où je ne l’attends pas. Je veux qu’il me manque tous les soirs, même quand il est avec moi.  

L’idée même de devoir swiper à gauche si c’est un moche, à droite si c’est une frappe en attendant le match, ça me fout en l’air. No puedo. Et puis n’oublions pas non plus que nous sommes en pleine pandémie, hein. 

Parce que je n’en ai pas encore parlé mais en plus d’être célibataire, je suis célibataire en période de Covid. Et au-delà du fait que les occasions et les lieux pour faire la fête sont devenus aussi rares que les bonnes vannes d’Olivier de Benoist (je peux la faire encore vingt fois, sachez-le), aujourd’hui, une simple petite erreur de flair et ça part en PCR. Et comme le moindre roulage de pelles un peu trop spontané peut te coûter un mois de réa, oui, il est vrai que le célibataire de 2020 prend la peine de connaitre un peu mieux les gens avant de s’emballer. De les emballer. Bon, vous avez compris.

Et puis, surtout, je ne suis pas en mal de couple. Je vais même dire un truc terrible, ou pas, je suis bien seule. Je me retrouve, je me trouve, je vis ma vie, je profite de ma fille, je dine des crêpes Wahou et du Fol Épi (quand Romy est chez son père). La présence de l’homme, dans sa fonction la plus animale, ne me manque pas. Et pour le poitrail poilu et les bisous matinaux qui sentent le Babibel, j’ai Claude. Tks god. 

Je n’ai pas pour habitude de justifier mes choix iconos mais aujourd’hui je vais le faire. Cette photo, que certain.e.s ont dû trouver surprenante, hors sujet peut-être, je l’ai aimée parce qu’elle m’a fait penser à ma sœur et moi quand nous étions petites. On imaginait souvent à quoi ressemblerait notre vie plus tard, on rêvait, on riait, on vibrait d’une certaine forme d’excitation. Celle qui donne aux enfants l’impression que s’ils y croient très fort, ça finira par se réaliser. Et on se disait « toi ton mari il sera comme ça, et le mien comme ça, on aura des enfants qui s’appelleront comme ça, on aura des grandes maisons et on partira en vacances tous ensemble ». 

Cut.

06755433409

5 commentaires

  1. Tjs aussi agréable à lire. Criant de vérité et de réalité, tant à propos des lourds ni moches ni beaux qui n’ont peut de rien par la force de l’alcool, que du plaisir à être bien en mode célibataire… et de jouir de cette liberté de se trouver, de retrouver et retrouver ses ami.e.s… Et je suis un mec 😁
    Une question cependant : combien de ceux-là auront composé le numéro avant de se rendre compte qu’il comporte 11 chiffres ? 😂

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  2. Célibataire depuis un an et ayant 31 ans, cet article fait un bien fou!
    Mention spéciale pour avoir citer les « glands » envoyés en photo…
    J’aimerai savoir à quel moment les mecs se sont dit « je vais la faire rêver, je vais lui envoyer mon chibre en érection, plein zoom dessus » ?!
    Bref une chronique qui permet de relativiser!
    Bonne continuation

    Aimé par 1 personne

  3. J’adore ! Merci pour ces mots, que j’aurais pu écrire pour bcp … On est clairement parfois bien mieux accompagné par soi-même que par quelqu’un d’autre, je savoure.
    Team magie, regards échangés et hasard des rencontres ici aussi 😉 Maintenant si le covid pouvait nous lâcher un peu, ça aiderait quand même pas mal à faire bouger les choses ^^

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  4. Dans la même situation depuis presque 2 mois après 10 ans de vie commune, 34 ans et 1 enfant. Cet article me fait un bien fou, me rassure pour l’avenir où je pense que je me sentirai finalement bien seule pour me retrouver et vivre pour moi et je me sens complètement en phase avec ça. Il est encore trop tôt pour savoir si je recevrai des dick pic ^^ mais si ça m’arrive je ne serai pas surprise au moins, il semblerait que ce soit courant ! Les codes ont changé dis donc depuis le temps…

    En tout cas, merci pour votre franchise et ces mots si vrais, sans filtre qui donnent envie à chaque fois de lire le prochain article !

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