Moi

J’écris ici les premiers mots Maag de cette rentrée. Et dans deux jours, le 11 septembre, ce blog dans lequel je parle de moi, beaucoup, et de vous, un peu, fêtera son tout premier anniversaire. 

Un an de mots, de mots francs, de mots d’amour, de mots d’humour, de petits mots mais aussi de gros. Des mots choisis pour dire ce qui ne pouvait pas rester muet. Un an à écrire pour ne pas avoir à parler. Mais l’écriture a ceci de mystérieux qu’elle parle, ça n’est pas moi qui le dit, c’est Paul Claudel.

Et je suis arrivée ici, après une semaine pas comme les autres, une rentrée pleine d’émotions et de questions à me demander jusqu’à cet après-midi « que vais-je bien pouvoir écrire ». J’en ai balayé, en un an, des sujets. J’ai fait des blagues, j’ai mis des tirs, j’ai fait pleurer et j’ai fait sourire. J’ai parlé d’enfants, de sport, de chien, de ma sœur, de mes parents, du Covid, de mon déménagement, j’ai parlé du féminisme, des radins, de l’amour, de la plage. 

J’aurais pu aujourd’hui écrire sur les gosses à l’école, les poux, les enfants qui ont des crottes de nez all day long, qu’il soit 8h, 12h ou 18h (sans que ça ne gêne personne), la liste de fournitures scolaires ou l’impression que ton enfant part chaque matin avec un sac pour le restant de ses études, des parents d’élèves qui te parlent pendant 20 minutes de l’aberration des mesures anti-covid en te touchant le bras et te postillonnant sur le masque, de tous ces gens encore en vacances, de la joie de retrouver le métro, la pollution et les tomates à six euros le kilo. J’aurais aussi pu parler de ma volonté brûlante de faire un dry september.

Ce mois de septembre qui n’a pour l’instant de dry que mes cheveux restés trop longtemps au soleil et mes yeux juste avant de lire ta réponse à mon message.  

J’aurais pu.

Et puis j’ai une amie qui m’a dit l’autre jour « c’est quoi, toi, tes résolutions de la rentrée ? ». Je n’ai pas su répondre. J’ai beau tenter parfois de marcher hors des clous, feindre l’indiscipline, je suis de ce cru conventionnel d’enthousiastes (et mythomanes) qui dresse la liste de ses envies de changement, ses promesses de mieux, le 1er janvier, pas avant, pas après. Pour ne finalement jamais les appliquer. Je continue de fumer des clopes et de préférer le Nutella à la Nocciolata. Je ne vais pas au musée une fois par semaine et je regarde des séries espagnoles pour personnes de moins de 16 ans. Je suis inscrite à la salle de sport mais il m’arrive de n’aller qu’au hammam. 

Mais cette rentrée a un truc en plus, des trucs en moins, elle à l’odeur du neuf, le goût de la renaissance, elle me fait peur, parfois, mais elle me plait, infiniment. Alors je me suis dit tout à l’heure que peut-être je pouvais la faire ici ma liste. Pour sceller la fin d’un cycle et marquer le début d’un autre.

Je vais tomber amoureuse de moi. Tous les jours. 

Je vais accepter d’être une mère imparfaite, de ne pas faire de pâte à sel, de dire des gros mots, d’avoir jeté la boite avec toutes ses dents de lait (est-ce qu’il existe un truc plus dégueulasse que ça franchement ?), de rire quand elle imite Ariana Grande, de faire parfois le même diner trois soirs de suite (des raviolis)…

Mais je vais aussi lui dire tous les jours que je l’aime, qu’elle est belle, inconditionnellement, que toutes les femmes le sont, qu’elle est libre, qu’elle est forte, qu’elle ira loin, et précisément là où elle veut. 

Je vais prendre soin de mes amies et leur répéter jusqu’à en devenir lasse, qu’un homme n’est jamais trop gentil. Et que le bon sera celui qui n’a pas peur d’aimer.

Je vais être reconnaissante.

Je vais écrire, écrire encore et aller au bout de mes projets. Parce que je n’ai plus tellement peur de ne pas y arriver et que, tout bien considéré, je préfère mourir en vie. 

Je vais dire à ma famille que je l’aime. Parce que je l’aime, démesurément, et que le temps qui passe me rappelle qu’il faut en profiter parce qu’un jour il vole les gens pour en faire des souvenirs. 

Je vais continuer d’acheter des vases, beaucoup de vases, et finirai par vous les vendre sur Instagram dans quelques mois. 

Je vais cuisiner. Des plats avec plus de trois ingrédients et un résultat avec suffisamment de goût pour ne pas finir sur Deliveroo. 

Je vais arrêter de prendre Uber, d’avoir du mal à dire non, de me plaindre pour rien parfois, de trouver des excuses aux gens méchants, de juger parfois trop vite alors que je juge les gens qui jugent parfois trop vite, d’avoir peur quand ma fille est loin, de trouver mes hanches trop larges, mes fesses trop grosses, mon rire trop fort, de me trouver moche quand je pleure (alors que je le suis tellement) ou nulle quand Romy me parle de ses cours de maths (alors que je le suis tellement). 

Il m’aura fallu me perdre et me retrouver pour comprendre que les expériences semblent parfois insurmontables mais qu’elles participent au doux chantier de qui nous sommes. Et je crois que, pour la première fois je peux le dire, j’ai enfin rencontré Moi. 

6 commentaires

  1. C’est beau et ça résonne… je me perds depuis de longs mois et je crois que je suis en train de retrouver mon moi, c’est terrifiant et exaltant !
    Merci pour tes mots, toujours justes et drôles, le dosage parfait entre humour, second degré et sensibilité sincère…

    Aimé par 1 personne

  2. « Je préfère mourir en vie », « le temps vole les personnes pour un jour en faire des souvenirs » (je cite de mémoire, la mienne étant mauvaise même sur un laps de temps de 3 secondes, et quand on commente on a plus accès au texte…), quelles jolies formules… je ne sais pas si elles sont de toi, elles ont quelque chose de familier sans être identifiables (la fameuse mémoire ne m’étant de toute façon d’aucun secours…), mais qu’elles sont jolies. Bon, et je suis soulagée par ailleurs de découvrir que je ne suis pas la seule à souffrir du syndrome de l’achat compulsif de vases, soit dit en passant (sacrée coïncidence – ou délire de synchronicité de l’univers – : je jure sur la tête de tous les chatons de cette planète que j’étais justement en train de reluquer, la bave aux lèvres, des vases sur Instagram avant de lire ce texte…).

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