Tremblez bitches

J’étais encore convaincue il y a seulement quelques jours (après avoir retrouvé un Paris gris et vu plus de masques sur les pavés que sur les gens dans la queue chez Monop) que nous allions tous mourir avant 2021, du coup j’ai eu l’inspiration en berne. L’humeur maussade, le cœur gros, gros comme les mots qui ne demandaient qu’à sortir de ma bouche. 

Et puis, j’ai eu envie de vous montrer que je pouvais renaître de mes cendres et vous arracher un ou deux rires, comme à l’époque. Celle d’avant le trou spatiotemporel de trois mois qui a modifié les gens, l’hygiène, la barbe d’Édouard et notre façon de voir la vie. 

Alors j’ai commencé à écrire un papier sur… les radins. Mes gens préférés. Pas les pauvres, hein, les radins. J’ai pas mal de choses à dire sur le sujet et je trouvais que ça raisonnerait en chacun de nous, soit parce qu’on l’est, radin.e, soit parce qu’on en connait. 

J’étais alors confortablement installée dans mon fauteuil, la vanne en feu, prête à dézinguer toutes celleux qui disparaissent aux toilettes quand il faut régler la note, quand je suis tombée sur le post Instagram de ma copine Josepha. Elle écrit « il y a toujours quelqu’un qui te donne son avis, quelqu’un qui n’a pas compris que la parole est précieuse et surtout qu’elle peut blesser ». Du coup j’ai laissé les radins sur la touche (rdv semaine pro) pour soutenir le message. 

Ça n’est pas la première, Josepha, à oser sortir les griffes poliment face au déversoir de haine que représentent les réseaux sociaux et à la légitimité que les détracteurs s’accordent. « Elle s’expose en même temps », « quand tu décides de devenir un personnage public tu signes pour ça aussi ». Voilà, c’est de votre faute, pauvres utilisateurs d’Instagram à l’égo surdimensionné. C’est visiblement le prix à payer pour exister sur la toile, il faut accepter de se faire arroser des insultes et du mépris de ceux dont c’est devenu l’occupation préférée. Et attention, ils ne dorment pas. Internet, ce terrain de jeu rêvé pour tous ceux qui ont décidé de donner du sens à leur vie en niquant celle des autres.

T’es trop maigre, t’es trop poilue, t’es trop pute, t’as de grandes dents, t’as une voix de merde, t’es trop grosse, t’es moche, t’es vulgaire, t’as de l’acné, tu me dégoutes, t’es coincée, t’es un cheval, t’es une naine, t’as grossi, t’as une sale gueule, t’es conne.

On parle du harcèlement dans les écoles et les collèges, mais la cruauté de l’adulte n’a rien à envier à celle de l’enfant. 

« Il/elle est certainement très mal dans sa peau », « quand il/elle t’attaque, dans le fond c‘est lui/elle qui est visé.e ». MAIS NON. Pardon, ma sensibilité psychanalytique meurt ici. Il m’arrive aussi de ne vraiment pas me sentir au top et pour autant je ne m’amuse pas à sabrer des vies en posant des insultes gratos sous des photos de gens que je ne connais pas. J’attends de les avoir croisés au moins une fois en soirée. Attention, humour.

Moi la première il m’arrive d’avoir le mood taquin, de m’aventurer sur des terrains glissants et de parfois dépasser les bornes. Moi la première je ris de tout et aussi (beaucoup) de moi. La seule chose dont on ne peut pas m’accuser c’est de vouloir faire du mal. Parce que pour vouloir faire du mal il faut être mauvais. Et je n’ai de mauvais que mes talents de cuisinière, mon sens de l’orientation et mon numéro quand le mec qui me le demande à la moustache humide et m’appelle ma belle. »

Josepha c’est cette fille qui dit aux gens blessants, pas comme ça mais ça pourrait, d’aller se faire enculer. Mais c’est celle aussi qui a toujours fait preuve d’une authenticité inébranlable quand la grande tendance pour bien vivre sur les réseaux est de se gommer les rides, de se blanchir les dents et de jouer avec les filtres qui te gonflent les lèvres. (Moi ?!? Nooon.)

Pas le faux naturel, celui qui t’as pris deux heures de prépa et cinquante selfies ratés. Non, le vrai, celui avec une lumière pas ouf, une pièce mal rangée, un pyjama dépareillé… Et ça fait du bien. 

Dans la suite de sa légende, sous une photo où elle sourit, s’enchainent quelques phrases vides de majuscules comme pour montrer que la lassitude est à son max et qu’on se passera bien des règles de syntaxe pour dire tout ça. Qu’on dégueule les juges et les méchants, qu’on est libres de faire et d’être, qu’on est là pour crier, qu’on ne se laissera pas atteindre et que, par-dessus tout, on est beaux. Tous. 

Ou presque. 

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