R.I.P les mariés

Je pourrais vous dire que j’étais malade, en garde à vue, séquestrée dans la grange d’un agriculteur lubrique ou, pire, trop occupée à vendre mes sacs préférés sur Vinted pour renflouer les caisses vidées par le Covid. 

Mais j’ai juste oublié que nous étions mercredi hier. 

Les ravages du confinement ont eu raison de moi malgré ma volonté brûlante de rester un être lucide, prévoyant et pragmatiste. Prise dans ce tourbillon du temps où les dimanches durent une semaine il me semble tolérable d’avoir perdu le fil. D’ailleurs je n’ai guère eu de rappel à l’ordre de votre part. Ce qui en tout état de cause peut vouloir dire deux choses : que vous êtes perdus comme moi ou que vous n’en avez plus rien à foutre. 

Partons du principe, pour le bien de mon moral, que l’option 2 n’est pas une option.

Ayant fait le tour des mots clefs du moment dans mes derniers sujets, à savoir pangolin, Coronavirus, jogging, poils, confinement, PQ, Ehpad et Netflix, il n’a pas été simple de savoir quelle thématique aborder en ce merjeudi. Et puis, j’ai reçu un mail. 

Celui d’un couple d’amis qui annonce que leur mariage prévu cet été est annulé. Ils reviendront vers nous ultérieurement pour nous communiquer une nouvelle date en 2021 ou en 2022 car en 2021 tout est déjà booké depuis 2019. Je pense que la clairvoyance les pousse aussi à attendre cette fin de confinement pour statuer. Deux mois l’un sur l’autre à faire du yoga en couple et se voir en pyjama, ça peut laisser des traces.

On parle beaucoup des festivals de musique, des réjouissances estivales, des restaurants et des hôtels, des foires, des événements culturels, mais il y a ce dommage collatéral du covid que sont les futurs mariés et dont personne ne parle.

Et je veux leur dédier ce papier, parce que, quand même, ça doit faire bien chier.

J’étais invitée à quatre mariages cette année. Quatre couples qui ont dû tirer un trait sur une date stabilotée depuis des mois sur le calendrier. Une date qui aura nécessité des heures et des heures d’organisation, des frais avancés, des engueulades, des insultes (dans la tête ça compte quand même), des projections, des essayages, des frissons, des angoisses, de la joie, des faire-part, des tableaux Pinterest. Quatre couples qui avaient tout prévu, un chapitô pour la pluie, des burgers pour calmer les fringales nocturnes des plus agités, des protèges-talons pour ne pas voir les escarpins disparaitre dans la terre molle, des nounous pour les gosses, des navettes pour les bourrés… mais, pas de back-up en cas de virus. Shit.

J’avoue que je suis assez triste pour plusieurs raisons. Certaines plus rationnelles que d’autres. Mais pas forcément plus importantes. 

Triste de savoir que ceux que j’aime sont tristes. 

De réaliser, difficilement, que je vis à une époque où les gens ne peuvent plus se rassembler, la promiscuité étant devenue une arme de destruction massive.

De ne plus avoir d’occasions pour porter mes belles robes. Après huit semaines de roulement entre deux bas de jogg vous n’êtes pas à l’abri de me croiser dans la rue habillée comme si j’allais récupérer un Golden Globes.

De ne pas avoir d’énorme biture en prévision, le mariage étant quand même considéré comme l’excuse béton pour se la coller. Quand tu es ivre en soirée tout le monde finit tôt ou tard par te juger, quand tu es ivre à un mariage tout le monde te trouve bon esprit. 

De ne pas pouvoir laisser mon corps s’abandonner sans complexes sur des musiques de type Démons de minuit, Vas-y Francky c’est bon ou Obsession d’Aventura. 

De ne pas calmer tout le monde avec la fluidité de mon Madison.

De ne pas faire de chenille ni de paquito après deux heures du matin (avant mon surmoi m’en empêche).

De ne pas me faire embarquer dans un rock endiablé par un oncle qui se prend pour Travolta après deux Kirs.

De ne pas entendre les discours émouvants des proches. (Je réalise cependant que j’échappe, de fait, aux tentatives de vannes gênantes de certains témoins et au concept du « je balance des doss ». C’est une tradition très française de ressortir les photos les plus terribles des mariés et de les projeter en powerpoint entre le plat et le dessert. « Ahaha alors celle-ci Benjamin c’est quand on est allés aux putes en Espagne et que tu avais mangé ton vomi. Ah et ça Elsa c’était en terminale quand t’avais eu ta poussée d’acné et que tu t’étais déguisée en Pokémon à la fête de Jérôme. »). 

De ne pas profiter du brunch le lendemain et de toutes ses réjouissances (les pancakes, compter les absents, analyser les mines embarrassées de certains et laisser trainer ses oreilles dans l’espoir d’entendre quelques rumeurs de dérapages nocturnes).

De ne pas profiter du spectacle des wanabeewifes qui se mettraient des coups de cutter pour récupérer le bouquet de la mariée. 

De ne pas voler les sachets de dragées qui sont restés sur les tables pendant que les convives chaloupent innocemment sur la piste.

Même les plans de table vont me manquer. Ou pas. Quand les mariés se sont mis en tête de « mélanger les groupes pour que tout le monde apprenne à se connaitre » alors qu’un mariage c’est le dernier endroit où tu veux te faire des amis puisque tu es bien trop occupée à profiter de ceux que tu as déjà. C’est comme ça aussi que je me suis retrouvée à dire « tu veux pas fermer un peu ta gueule ? » à une vieille rombière aux élans xénophobes qui me gâchait la fête depuis le début du diner. Mettez les gens qui s’aiment avec les gens qui s’aiment et n’essayez pas de créer du lien, c’est pénible.

C’est en dressant cette liste que j’ai réalisé le nombre de moments qui manqueront à mon été. Ces petits riens qui font les grands mariages et les vrais souvenirs. Je suis de tout cœur avec tous ces couples qui devaient s’unir cette année et j’adresse une pensée toute particulière à ceux qui m’avaient invitée. Je promets de mettre le feu en temps voulu et d’ici-là je me console en me disant que je vais pouvoir utiliser l’argent mis de côté pour les cadeaux des mariés dans un maillot Zimmermann et un panier Loewe. Amen.

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