Je suis phobique

Je ne pliais pas sous les idées pour mon texte d’aujourd’hui jusqu’à ce que le calme noble de mon confinement soit dynamité par un traumatisme de taille. Un choc, l’enfer, un assaut, une agression.

Une araignée dans ma chambre. 

Vous commencez à en connaitre un rayon sur moi, cependant il est un sujet que je n’ai pas encore abordé ici : ma phobie. 

Il parait que là aussi l’égalité n’est pas au rendez-vous, que certains êtres humains vivent leur vie sans jamais déclarer de peur phobique. Que ces mêmes êtres humains ont des peurs, bien sûr, mais pas de phobie. Parce que le distinguo entre peur et phobie est aussi important à faire que celui entre épilation et rasage. Quand j’entends des mecs dire « elles pourraient se raser la moustache » je peine à prioriser ma foudre entre l’insanité despotique du propos et le manque de culture du poil. Du coup j’ai deux options, balancer un « si ça lui fait plaisir d’avoir la moustache de Jean Ferrat, laisse-la kiffer » ou « bah surtout pas frère, c’est épiler le mot que tu cherches. Si elle se rase, deux semaines après elle pourra brosser ses bottines en daim avec sa lèvre supérieure ». Bon, tout ça pour dire. J’ai une phobie, l’arachnophobie. J’ai encore été bien originale sur ce coup.

Des peurs j’en ai aussi, tout un tas. Mais ce qui les éloigne de celle que j’ai pour les araignées c’est la rationalité. J’ai peur du vide, des requins, des tueurs, des turbulences en avion, des forêts la nuit, des murènes, des fous, du Covid, des films d’horreur, de puer de la gueule, des chiens méchants, des frelons, de la maladie et des accidents. Mais la peur que j’ai pour les araignées dépasse toutes les autres, elle a ça de particulier qu’elle ne repose sur aucun argument tangible. Oui, il y en a certaines qui sont dangereuses, mais je ne fais absolument aucune différence entre la petite araignée qui tisse sa toile sous les chaises du salon de jardin et l’Atrax Robustus qui te tue si elle te choppe. Non, une araignée c’est une araignée. Le degré névrotique d’une crise ne dépend malheureusement pas de la dangerosité du spécimen mais uniquement de son nombre de pattes. Si elles sont au nombre de huit, je dévisse. De manière exponentielle en fonction de la taille, cela va sans dire, mais je dévisse.

Je me transforme. Je quitte le corps de la Laura civilisée de 32 ans pour devenir en l’espace de quelques secondes seulement la dernière personne que vous avez envie de croiser dans votre vie. Un mélange assez juste entre un animal sauvage, un enfant de trois ans et Eric Zemmour. Hystérique, immature et moche, ah non pardon malveillante. 

Mes proches sont au courant, vous imaginez bien. Mon mec surtout. C’est d’ailleurs une des premières cases qu’il faut cocher pour partager ma vie : ne pas avoir la phobie des araignées. FORCÉMENT. Vingt minutes de date et la question se pose : et sinon, t’as peur des araignées ? 

Ça peut surprendre, mais ça a le mérite de faire le tri rapidos. Si tu es fan de mangas, que tu as une boite de Kleenex sur ton tableau de bord, une mère intrusive et des champignons sous les ongles de pieds, sache que tu as quand même plus de chances de me séduire que si t’es arachnophobe. Et si tu me dis que tu as une start-up d’insecticide bio ou une appli de géolocalisation d’arachnides, autant te dire que tu peux déjà acheter le diamant et choisir tes témoins.

Il faut aussi que ces proches-là soient, au-delà du fait qu’ils n’aient pas peur, prêts à comprendre ce qu’est réellement une phobie et ce que ça engage. Parce qu’il existe encore des gens suffisamment cons pour sortir des banalités qu’on a déjà entendu 600 fois en tant que phobique « c’est pas la petite bête qui va manger la grosse », « elle a plus peur de toi que tu n’as peur d’elle », « les araignées sont des tueuses de nuisibles », « c’est signe que la maison est saine », « araignée du soir, espoir ! ». FERME BIEN TA GUEULE.

Oui, car évidemment, ma peur est telle que je suis dans l’incapacité la plus totale de tuer une araignée. Car pour tuer une araignée, il faut s’approcher de l’araignée. Eh oui. On ne tue pas une araignée avec un lance-pierre ou une sarbacane. C’est bien là tout le problème les gars, si je pouvais lui mettre un gros coup de tatane sans frôler la rupture de l’aorte évidemment que je ne serais pas là à vous raconter combien ça me gâche la vie.

Il y a eu cette fois, lorsque je vivais seule avec ma fille (et qu’elle était trop petite pour me venir en aide), où j’ai dû aller sonner chez le voisin pour qu’il tue une araignée grosse comme le poing qui s’était invitée dans le couloir de mon entrée. J’ai eu très peur qu’elle disparaisse pendant ce laps de temps, il m’aurait fallu déposer un préavis pour rompre le bail dès le lendemain. Le voisin s’est montré serviable mais nos rapports de bon voisinage ont pris fin à la minute où je lui ai dit que je connaissais l’adresse de l’école de ses enfants. Je tenais juste à m’assurer qu’il ne prenne pas sa mission avec trop de désinvolture.

Cette fois aussi où mes vacances de rêve ont viré au cauchemar et que mon couple a bien failli voler en éclats. Deux semaines sur l’ile de la tentation après dix ans d’abstinence auraient été moins dangereuses pour l’avenir de notre amour que cette nuit-là. Quand une mygale (on m’a juré que ça n’en était pas une mais je vous dis que c’était une mygale) a eu la grande idée de gambader sur le sol de la salle de bain de notre hôtel à Ubud et que j’ai demandé à Sylvain, dans un français sonore, approximatif et menaçant, de la tuer. Au bout de cinq minutes il me dit : je l’ai perdue.

Tu l’as quoi ? Perdue ? C’est-à-dire ? Je ne comprends pas. Tu as dû te tromper de mot. Tu as dû vouloir dire perçue ou pendue. Parce que le problème si tu l’as perdue, c’est que je vais devoir changer d’hôtel, pas de chambre, d’hôtel. Tu comprends ça ? 

S’en sont suivies plusieurs heures d’un monologue dans lequel j’ai promis de faire de sa vie un enfer, de lui acheter un labrador pour palier à sa cécité, à pousser des cris de brebis qu’on égorge au moindre contact de mes cheveux sur mon bras et à passer la chambre au crible avec la lumière de mon Iphone comme un maton qui fait sa ronde. J’ai également sauté à pieds joints sur ma valise le lendemain au cas où elle aura décidé de s’y loger.

J’avais oublié que mon tube de crème solaire était resté dedans. 

Il aurait pu me dire qu’il l’avait tuée, sauf qu’évidemment me dire qu’elle est morte ne suffit pas. Je sais que je n’ai pas toujours l’air finaude (mon chihuahua ne me rend pas tellement service) mais je ne suis pas suffisamment conne pour me contenter de ça et retourner sagement rêver que je fais l’amour à Tom Hardy. Non, c’est comme dans les cartels mon gars, je veux voir le corps de mon ennemi pour être certaine que tout est en ordre. Le nombre de fois où mon père m’a fait le coup, me dire « c’est bon, c’est fini » en tirant la chasse d’eau pensant à juste titre que je croirais à son simulacre. La vérité c’est qu’elle avait été plus rapide que lui et qu’elle était allée se planquer comme une pute quelque part dans un coin. Souvent je la retrouvais le lendemain, j’avais passé toute la nuit avec et je me voyais déjà avec des nids d’œufs pondus dans la bouche et les oreilles. Les expériences de la vie m’ont rendue control freak.

Et ne venez pas me parler d’hypnose, mon budget alloué aux sciences parallèles est parti dans mes crises d’angoisse et mes pulsions boulimiques (tout ça parce que je prenais trois goûters). 

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