Alerte Spoiler

Nous nous efforçons tous de trouver des moyens de combler le vide interstellaire qui nous donne l’impression très pénible de vivre un jour sans fin depuis maintenant presque cinq semaines. Tous les coups sont permis et les jugements se font probablement un peu moins sévères qu’en temps normal, quand nous étions des citoyens tactiles, arrogants et narcissiques (certains le resteront, ne vous en faites pas). 

On chante, on danse, on cuisine, on fait des squats, on se la colle en facetime, on fait des blagues de merde, on s’interpelle, on s’interroge, on bouquine, on écoute des podcasts (je dis des choses dans celui de @meufsmortelles si vous cherchez encore des moyens de tuer l’ennui), on s’appelle, on joue à des jeux (je précise ici que je n’ai toujours pas pu faire une partie de Code Names, mon équipe de confinés n’a l’air visiblement concernée ni par mon bonheur ni par mon éveil). Et on regarde des séries. 

Pas on regarde des séries comme dans la vraie vie, à coups de deux ou trois épisodes le soir avant de se coucher et le week-end pendant la sieste. Pas on regarde des séries parce qu’elles sont notées à plus de 90% sur Netflix ou parce qu’elles nous ont été conseillées par plus de cinq personnes. Non. Nous pouvions faire les difficiles et nous montrer sélectifs sur le contenu visuel que notre cerveau méritait quand il était encore une époque où nos journées avaient du sens. Une époque où il était considéré comme récréatif de pouvoir se poser deux heures devant Netlflix. 

Aujourd’hui, celleux qui n’ont pas peur de partager leur faiblesse et de dire la vérité sur leur état profond du moment : dépressif donc, admettront que Netflix est devenu l’outil salvateur de notre condition de confiné. Un monde parallèle qui nous offre l’évasion dont nous rêvons tous et bien plus que jamais. 

Une dimension dans laquelle il n’y a pas de beaufs (ou juste ceux que l’on choisit), pas de gros cons à l’humour graveleux, pas de nouvelles tragiques tous les soirs à 20h, pas de compteur de mort quotidien, pas de débats autour du « bronzage » de Macron (vous m’avez tellement fatiguée tous), pas de masques et de gants, pas de balade avec une attestation dans la poche, pas d’angoisses, pas de phobie des tousseurs, plus personne pour dire confifi, pas de prêtres ni de fidèles pour faire des messes clandestines pendant que les soignants meurent dans les hôpitaux pour nous tirer d’affaire, pas de connards pour dire « ah ouais donc on ouvre les écoles mais pas les restaus, allez comprendre », pas toute cette merde quoi.

Netflix (ou OCS, Canal, Apple TV je les ai toutes du coup) permet de quitter ce monde plus anxiogène que les chansons de Christophe Hondelatte autant de temps que nécessaire dans la journée. 

Inutile donc de dire que quand je ne suis pas en train d’écrire des conneries, de m’épiler, de jouer à la maitresse ou de manger du beurre de cacahuètes à la cuillère, je regarde des séries. Et mon indulgence de confinée a chassé la snobinarde que je suis, la poussant à regarder tout ce qui aurait le talent de lui faire oublier temporairement que les bars n’ouvriront qu’en juillet et que sa couleur de cheveux ressemble à un Savane Brossard. 

Et je peux vous dire que je me régale. 

J’ai regardé Handmade’s tale. Je sais, je ne suis pas en avance mais avant ce confinement j’étais quelqu’un d’occupé. Et j’ai pris une belle claque. Je pense même que les trois saisons de cette série aussi féministe et brillante qu’angoissante ont de toute évidence contribué au fait que je vive plutôt bien l’annonce du confinement. C’est assez terrifiant c’est vrai de passer deux mois dans un bas de jogging en regardant les feuilles pousser sur les arbres pendant qu’on s’épile les cheveux blancs sur les tempes mais ça pourrait être pire : je pourrais porter la même robe rouge tous les jours, servir de mère porteuse à un couple de sociopathes, avoir une tante qui me file des coups de taser quand ça la branche et m’appeler De Robert ou un autre blaze à la con. 

Dans un autre registre, c’est le moment où j’offre ce que j’ai de plus sombre : je me suis découvert une passion pour les séries espagnoles. JE SAIS.

Je ne parle pas de Casa de Papel qui a eu le mérite de m’enthousiasmer pendant les deux premières saisons (la suite je préfère ne pas en parler, c’est encore douloureux), non, je parle de deux séries que je n’aurais jamais regardé dans un monde normal. Ou dont je n’aurais jamais parlé, à minima. Le genre qu’il est préférable de garder secret pour éviter les problèmes de type jugement social, stigmatisation et autres débats stériles. Un peu comme dire qu’on écoute Vitaa en boucle, qu’on regarde du porno, qu’on mange des bucket de hot wings chez KFC et qu’on achète Public. Mais il est de mon devoir d’être humain solidaire et engagé dans la lutte contre l’ennui, de vous donner ces deux tips : ELITE et TOY BOY. Je sens que rien ne sera plus jamais comme avant après cet aveu mais j’en assumerai les conséquences. 

Dans l’une comme dans l’autre, les ingrédients sont réunis : de l’intrigue, de l’amour, de la trahison, de l’argent, de la drogue, de la manipulation, de l’humour (souvent malgré eux), des rebondissements. Un cocktail relativement médiocre en terme de jeu, de cohérence et de réalisation mais tout y est, in fine, pour que les problèmes liés à notre condition un peu particulière disparaissent comme le menton de Patrick Balkany. 

Dans la famille des programmes qui foutent la gène, je demande « Tiger King ». Devenu « Au Royaume des Fauves » en cours de diffusion pour des raisons que j’ignore. Difficile de passer à côté de cette série documentaire dont la photo de générique a inondé les feeds Instagram des deux dernières semaines. On y voit un homme dont on a du mal à définir l’âge. Il a le teint rouille, une coupe mulet péroxydée, une moustache aussi petite que sa frange, des piercings partout (on apprendra dans ce documentaire riche en détails que le gland n’a pas été épargné par cette lubie), une chemise à sequins qui brûle la rétine et un tigre. Oui, Joe Exotic est le roi des tigres. Bien consciente que j’allais probablement me frotter à l’Amérique profonde en matant cette série et à fortiori prendre le risque de me déclencher deux ou trois crises d’angoisse, je me suis quand même jetée dans la gueule du tigre. Ma curiosité l’emportant. 

Et je suis encore bien incapable aujourd’hui de dire si j’ai eu raison de le faire. Je me suis sentie coupable, coupable de rire et d’être au spectacle devant le parcours de vie misérable de ce pauvre homme comme si j’étais devant un film. Sauf que ça n’est pas un film (et que si ça en avait été un je l’aurais trouvé ridiculeusement caricatural). Et j’ai continué. Comme quand on mange une crêpe au Nutella tout en repensant aux singes morts à cause de la culture de l’huile de palme mais que l’on continue de manger sa crêpe au Nutella. JE SAIS. JE SAIS. Imaginez une guerre sans merci entre un propriétaire de zoo complètement siphonné et une fervente défenseuse de la condition animale (soupçonnée quand même d’avoir découpé puis balancé son ex-mari dans une cage de tigres). Le tout dans un univers nauséabond où règnent, au beau milieu de l’Oklahoma et parmi quelques 200 pauvres félins, un beau mélange de déchéance humaine, prostitution déguisée, menaces de morts, crasse intellectuelle, crasse tout court, drogue et folie meurtrière. Imaginez ce que ça pourrait donner de dérangeant et de glauque, vous serez encore loin du compte.

En parallèle, j’ai tenté de me mettre enfin à : GAME OF THRONES. Je sens que je vais faire des émules mais : je n’y arrive pas. I can’t. No puedo. Je jure que j’ai pourtant essayé. (Je vous entends d’ici avec vos cris de petits confinés insurgés). Bien disposée à mettre sous cloche mon non-intérêt pour les fictions à caractères fantastiques et/ou médiévales, j’ai pris en considération l’engouement planétaire pour la série et je me suis forcée à regarder la première saison. Bah non. Mais alors vraiment non. À part le nain qui sort quelques bonnes vannes, tout le reste m’a laissée de marbre et je dois avouer que mon appétence pour la décapitation, les viscères et la sodomie entre frère et sœur a ses limites. 

J’ai ensuite enchainé sur Validé. La série de Franck Gastambide qui raconte le destin d’un jeune rappeur français. Et je dois dire que j’ai passé un moment sympathique. Naïf parfois, mais sympathique. Si on fait abstraction du jeu de Karnage qui m’a donné envie à plusieurs reprises de faire une descente dans sa cité avec un professeur d’expression théâtrale. Sinon, on s’attache aux personnages, on adore chinois, on veut rouler des pelles à Apash et surtout on déculpabilise sur les deux trois « sa mère la pute » qu’on a pu lâcher parfois. C’est validé, on regardera la saison 2. 

Je ne sais pas comment finir ce papier, il est 19h28 et je suis attendue pour le 30ème diner de ce confinement. Après je vais sans doute regarder Ozark, j’adore la DA (même si j’ai un peu peur en vrai) et le personnage principal, mais je suis aussi preneuse de vos recommandations donc n’hésitez pas. La bise. Ah non, pas la bise.  

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