Cher Coronavirus,

Mais peut-être préfères-tu que je t’appelle Covid-19 ? 

J’ai longtemps hésité à savoir quel angle j’allais choisir pour ce papier. J’ai même failli ne pas parler de toi, parce que tu es partout déjà. Et puis, en bonne esclave de ce qui m’entoure, j’ai décidé de ne pas contourner le problème mais d’y faire face. En t’écrivant.

On me dit que tu es apparu à l’aube de 2020 en Chine sur le marché de Wuhan et que le patient zéro aurait très vraisemblablement bouffé un animal bien dégueulasse comme la chauve-souris ou le pangolin. Déjà. J’ai presque envie de ne pas t’en vouloir, je me dis que forcément tu as choisi d’aller vers des animaux qu’aucun être humain n’aurait envie de voir dans son assiette. Bah si. Il aura suffi d’un chinois affamé et pas bien regardant pour que la moitié de la planète se retrouve quelques mois plus tard à se battre pour des rouleaux de PQ et des tortellinis. La vie, la folle.

Pour ma part (et je pense que je ne suis vraiment pas la seule), je ne savais pas ce qu’était un pangolin. Ma culture de la faune s’arrête à Claude et au Roi Lion. Du coup, pour ne pas mourir trop conne, surtout s’il doit être à l’origine de mon dernier tressaillement, je suis allée le googler le pangolin. Et nous avons un problème. Un de taille. Que toi tu décides d’élire domicile dans cet être, soit. Que l’on puisse avoir envie de s’en faire un dwich, j’avoue que ça requiert un degré de tolérance que je n’ai pas. C’EST QUOI CETTE MERDE ??!! Dans mon esprit d’enfant de l’occident j’avais en tête un animal à mi-chemin entre le panda, le pingouin et le koala. Une espèce mignonne et douce (pas forcément plus appétissante mais bon, à choisir). Il s’agit en réalité d’un petit dinosaure voûté avec des écailles géantes en forme de feuilles d’artichaut, un corps de taupe et un museau comme un aspirateur de table. Je donnerais ce que j’ai pour ne pas tomber dessus en me baladant, alors me dire que certains s’en font sauter la panse… 

Tu l’as vu, tout est allé très vite. En moins de trois mois, tu as plongé le monde dans une crise sanitaire sans précédent. C’est la façon officielle et conventionnelle de dire que tu as bien niqué notre vie à tous. Moi, si tu n’avais pas eu la mauvaise idée de tuer des gens sur ton passage je t’aurais presque approuvé. Un monde où les gens se lavent les mains et ne font pas la bise avait de grandes chances de gagner mon cœur. Mais t’es allé trop loin. Et là, depuis trois jours, zou, tout le monde à la maison. C’est un ordre du gouvernement. Désolée de te l’apprendre mais nous sommes en guerre contre toi alors nous devons t’éviter. Certains français au moins aussi cons que le pangolin est moche, sont encore persuadés, malgré cet immense foutoir, que tu es un plagiat de la grippe. Un virus mytho inventé par des paranos, par l’état ou même par les chinois. Décidemment, ces chinois ils ramassent (fallait pas bouffer du pangolin). C’est à cause de ces mêmes français que monsieur le président a pris des mesures drastiques pour les quinze prochains jours. Et c’est toujours à cause de ces français conspirationnistes (et débiles mentaux) que nous allons reprendre quinze jours dans la gueule quand les quinze premiers seront passés. Et ça va être chaud.

Parce que le confinement c’est un concept. Et si on est d’accord pour admettre que ton existence a son lot d’avantages comme la baisse de la pollution, la solidarité qui nait entre les gens, le retour aux choses simples, l’arrêt du tournage de « Love Island » avec Nabilla, faire chanter les italiens, moins de consommation, plus de temps pour discuter, pour se cultiver, s’aimer, se reposer aussi, il est quand même indéniable que dans quinze jours on aura tous envie de se foutre sur la gueule. 

C’est ce qu’il faut dire aux célibataires sans enfants, seuls, qui envient ceux qui passent leur quarantaine en famille. Na na na. Détrompez-vous. C’était sympa les 48 premières heures, maintenant c’est la merde. Tu as beau te retrouver avec des gens que tu aimes de tout ton cœur, un détail important nous échappe : IL VA FALLOIR SE SUPPORTER 24h/24h LES GARS. Pas question de vaquer à ses occupations en extérieur et de se retrouver gaiement à l’heure des repas avant de se faire un cinoche (je dis valoche et téloche aussi). NAN. Le confinement c’est la taule, ni plus ni moins. 

Perso, j’ai décidé de vivre cette quarantaine dans ma maison de famille au pays basque. Mes parents préféraient nous savoir ici que dans un Paris mort. J’avoue que ça m’arrange. Un mois confinée dans un appart parisien avec mon chien, ma fille et mon mec, y’a des chances pour que ça finisse en épisode du podcast « Hondelatte Raconte ». Ici au moins, quand le vent tourne et que les tensions se réveillent, il est possible d’aller se calmer dans le jardin sans croiser un flic qui exige une attestation. La case « j’ai envie de les défoncer donc je suis sortie prendre l’air » n’apparait pas encore sur la version officielle. 

Parce que le confinement, pour que tu mesures un peu le mal que tu fais Covid (c’est presque comme David en fait), c’est aussi devoir apprendre à vivre avec les uns et les autres sans échappatoire possible (si ton couple résiste à cette épreuve tu peux faire des gosses les yeux fermés), c’est se rendre compte que les enfants c’est fabuleux mais surtout quand ça va à l’école ou quand ça dort, c’est regretter toutes les fois où on a pu dire « instit’ c’est vraiment un bon boulot de planqué » (moi perso j’ai jamais dit ça. Si ? Roh, une fois peut-être c’est tout), c’est accepter de passer un tiers de sa vie à la caisse du Leclerc après avoir mis des coups de tête pour six rouleaux de Lotus, c’est recevoir 780 vidéos de vannes sur le confinement (à la prochaine je saute à pieds joints sur mon portable) parce qu’au début tu as eu le malheur d’en rire, c’est réaliser que Macron ne met pas mon esthéticienne et mon coiffeur dans la liste des commerces de première nécessité, c’est vivre avec des racines et des poils, c’est jurer à son enfant que le Coronavirus s’attaque principalement aux bavards et à ceux qui ont les dents sales et c’est me dire surtout que je vais fêter mon anniversaire le 28 mars avec des gens que je ne pourrais de toute évidence plus blairer.

Le seul point positif que j’y vois c’est que je fais des squats et que je gaine comme une brute à raison d’une heure par jour. Je t’annonce bébé que si tu nous laisses sortir vivants de cette affaire, je vais faire mal aux yeux. 

Comme tu peux le lire j’ai de beaux projets pour la suite, du coup ça serait assez cool que tu calmes un peu tes ardeurs, que tu laisses tout ce petit monde tranquille (le peu qu’il l’était) et que tu retournes emmerder les pangolins. 

Amicalement, 

Laura 

3 commentaires

  1. Amen.
    Et merci, je me sens beaucoup mieux. Mon envie de tordre le cous de mes fils à presque disparu. Reste juste celui de Covid qui lui n’ai pas prêt de disparaître.

    J'aime

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