Noël ensemble

Je sais. Je devais poster hier. 

Je fais cependant appel à votre esprit bienveillant de Noël pour ne pas m’en faire un procès. J’ai été victime d’une panne d’imagination. Le syndrome de la page blanche. Le néant. Rien. Nada. J’étais là, plantée devant mon clavier, avec mon regard de bovidé, à me demander quel sujet j’allais bien pouvoir aborder cette semaine sans pour autant finir d’atomiser ce qu’il vous reste de bonne humeur. Quand la France en est aux préliminaires de sa révolution, que le métro ne nous a jamais autant manqué et que les gens bien sont obligés de marcher six heures par jour pour ne pas céder à l’appel du diable/ des trottinettes. Sous la pluie.

Et puis, comme une évidence, j’ai pensé à Noël. Malgré l’ambiance délétère et les préoccupations générales qui semblent être loin des rennes et des lutins. Et pourtant, la magie est encore présente pour ceux qui la veulent. Vous ne seriez pas sur maag sinon (oh l’autre eh). 

Depuis que je suis gosse je vois Noël comme la parenthèse enchantée qui vient ponctuer mes années. Une trêve aux emmerdes, à la morosité, au stress, à la routine. Tout est cool, tout est supportable à Noël, c’est la seule période sur douze mois où les choses me glissent dessus, où mon aigreur attend sagement dehors dans le froid pour me laisser savourer en paix les moments en famille et la dinde aux marrons.

Je la récupère après les fêtes quand je m’aperçois que je n’ai plus une tune, que je vais devoir revendre des fringues sur Vinted pour payer la taxe d’habitation, que Paris est un cimetière de troncs chauves couchés sur les trottoirs, que les pères noël pendus aux fenêtres sont encore là en février et que les trois kilos pris en finissant la bûche poire/chocolat et le foie gras (j’ai dit que j’arrêtais le foie gras cette année) ont l’air bien chiants à déloger. Pourtant, je fais du sport.

Mais avant ça, quand dès le mois de novembre les rues et les arbres se recouvrent de leurs plus belles guirlandes lumineuses, quand les chants sirupeux de Noël passent en boucle (et restent dans la tête, mais on a dit qu’on supportait tout), quand les vitrines s’animent et que les enfants s’émerveillent, quand les fleuristes sortent leurs sapins sur les trottoirs et n’hésitent pas à te facturer un conifère mort de 30 cm de haut à cinquante balles sous prétexte que c’est un Nordmann et que ça ne perd pas ses épines !!!! Ah mince, pardon, c’est vrai, on a dit qu’on restait calme. Mais quand même, petit aparté seum, on est d’accord que cette histoire d’épines qui ne tombent pas c’est le plus gros foutage de gueule du siècle ? J’ai mon sapin depuis deux semaines et on dirait que j’ai oublié de retirer celui de l’an dernier. J’ai dû agrafer les boules aux branches.

Quand je pense à Noël, je pense surtout à mon enfance. Cette euphorie particulière qui commençait à me gagner dès que je voyais déborder de la boite aux lettres tous les catalogues de jouets. Quand je m’asseyais consciencieusement à mon bureau pour écrire la liste que je pensais alors destinée aux père noël, que je réfléchissais bien pour être certaine de n’avoir rien oublié avant de lécher la colle de l’enveloppe et d’écrire dessus l’adresse laponienne. Le 25 décembre, ma sœur et moi (avant que je lui dise que le père noël s’appelait papa et maman) nous nous levions vers 5h pour vérifier que les jouets étaient bien arrivés dans le salon au pied du sapin, Alice me demandait alors avec le pragmatisme d’une vieille personne « comment font les gens qui n’ont pas de cheminée ? ». C’est vrai ça. Ils laissent la porte ouverte je répondais. En même temps, c’est peut-être un truc sur lequel on ferait bien de se pencher. Théoriquement, on fait quand même passer ce pauvre homme (qui doit bien peser un quintal) dans les cheminées à la seule période de l’année où elles fonctionnent. 

Aujourd’hui, je suis adulte. Enfin j’essaie. Et Noël, même si je vis cette fête différemment et que le gros barbu à qui j’écris en décembre s’appelle Albert et travaille à la BNP comme conseiller financier, ça reste pour moi un moment unique, heureux. 

J’aime être dans le rush pour faire les cadeaux.

J’aime voir les pères noël en Intérim fumer leur clope devant les magasins.

J’aime retrouver ma famille, m’échapper de Paris et me sentir à nouveau (un peu) comme une enfant.

J’aime le pacte silencieux qui valide que l’on puisse trainer en pyjama et en chaussons jusqu’à seize heures.

J’aime les accolades chaleureuses et les bouts de nez froids quand se font les retrouvailles.

J’aime entendre les voix qui claironnent autour de la table, un boucan fruit de l’ivresse où s’emmêlent les rires et les débats animés. 

J’aime le bruit des verres qui trinquent.

J’aime les décorations, même ringardes (les bobos avec vos sapins minimalistes en bois vous fatiguez tout le monde).

J’aime les bides de tonton Jacques avec son éternelle blague sur les boules.

J’aime le bide de tonton Jacques moulé dans son ensemble rouge mais souriant sous sa barbe inflammable.

J’aime pouvoir manger comme si j’avais le ténia sans avoir le ténia.

J’aime les peaux de clémentines et les papiers de papillotes qui trainent sur la nappe dorée en fin de soirée.

J’aime aller à la messe de minuit pour faire plaisir à ma grand-mère (même si en vrai c’est presque autant de la torture que d’aller à un concert de Voca People). 

J’aime rire le 25 de nos têtes de réveillonneurs ballonnés devant les restes de la veille.

J’aime regarder pour la millième fois « Le Père Noël est une ordure » ou « Les Bronzés font du ski ».

J’aime entendre les vieilles personnes (et certains jeunes chelous) rirent aux blagues qui ne m’ont même jamais fait sourire. (Je me rattrape en matant les vidéos de Tristan Lopin sur Instagram. Celle sur la chanson de Mariah Carrey m’a tuée).

J’aime ouvrir mes cadeaux. Bon ok pas tous. (Sylvain demande à Romy si tu as besoin d’aide, je lui ai laissé une liste). 

J’aime ceux qui disent « À l’année prochaine » quand on est le 31 décembre et qu’on se revoit le 2 janvier. JE DECONNE, JE VOUDRAIS QUE DE VOTRE VIE ENTIERE VOUS NE PUISSIEZ PLUS JAMAIS OUVRIR LA BOUCHE.

Mais ce que j’aime le plus au monde, c’est que dans cette effervescence qui sent bon le pain d’épices et le cèdre, les âmes s’apaisent et les traditions fédèrent. Les aigris (dont je me désolidarise pour cette fois), assassineront les amoureux de Noël à grands coups de discours sur la consommation, le véganisme et les dérives de la religion. 

Je me contenterai pour ma part de savourer cette parenthèse illusoire dans un monde qui ne laisse pas trop de place à la douceur le reste du temps. Je regarderai les yeux de ma fille briller devant le sapin dont le pied sera recouvert de cadeaux, comme ils brillaient aussi le jour où elle m’a remis sa liste. Je prendrai le temps de me voir à travers elle quand j’avais son âge pour arriver à ressentir ne serait-ce qu’un tout petit instant cette excitation qui rend tant d’enfants heureux ce 25 décembre. Et les adultes aussi, du coup. 

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s