Je fais du sport

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Lol.

En fait, la vérité c’est que je me fais croire que je fais du sport. Je vous le fais croire aussi je sais, au détour de deux ou trois posts bien léchés dans les vestiaires de la salle ou sur mon tapis de yoga. Je mens à tout le monde.

La vérité-vérité est même bien pire que ça : je n’aime pas le sport. Ça m’emmerde. 

Je sais que beaucoup d’entre vous y voient le remède miracle à tous leurs maux, un allié contre la fatigue, le stress, l’anxiété. Moi, je n’y vois que la condition fâcheuse pour pouvoir continuer à rentrer dans mon 501 sans me nourrir à la paille.

Déjà petite j’étais une burne en sport. Donnez-moi un livre ou un calepin et je peux m’en sortir. Donnez-moi un ballon ou une raquette et ça finit au CHU. Mes complications psychomotrices ont commencé à se révéler au moment où les élastiques ont envahi les cours d’école. Quelle belle idée de merde ce truc. Plus tard, il y a eu le volley, le hand, le basket, tous ces sports de balles qui ont eu tour à tour raison de mes poignets, mes dents et ma dignité. J’ai essayé de me redorer le blason avec mes bonnes notes en ping-pong, vainement. 

Et pourtant, aujourd’hui, j’ai la chance d’être dans une salle de sport qui compte parmi les plus agréables de Paris, un lieu magnifique où tout est calibré pour que transpirer devienne un luxe. Là où tu t’habilles mieux pour faire du sport que pour dater, là où dans l’eau que tu bois il y a des concombres qui flottent, là où tu viens juste pour te laver les cheveux parce que leur shampoing vaut plus cher que le tien. Pour autant, il y a toujours une part de moi qui vit tout ça comme un pensum. D’ailleurs toutes les excuses sont valables pour pousser la personne peu fiable que je suis à se rétracter. « J’ai mes règles », « j’ai mal dormi », « j’ai trop mangé », « j’ai du taf », « j’ai un peu mal au genou », « d’accord mais je vais juste au hammam », « c’est la grève ». À vous, mes amies motivées qui sautillent d’entrain comme des cabris cambrés, moulées dans vos leggings en polyester, sachez que je vous mens et qu’en vrai je n’ai juste pas envie. Je ferai des squats dans ma baignoire, ça ira bien. 

Le problème majeur que je rencontre, c’est que depuis cinq ans je partage la vie d’un ancien sportif professionnel. Quelqu’un capable de faire deux séances de sport par jour, DEUX. Un fou. Un endurant (je vous vois). Un insupportable. 

« Tu n’as pas déjà fait un tennis de trois heures ce matin ? 
– Si.
– Ben pourquoi tu vas courir alors ?
– Parce que le tennis c’est un jeu, là j’ai besoin de me dépenser !
– Aaah. »

Il m’a déjà aussi sorti à plusieurs reprises des phrases qui me font saigner les tympans du type : « si je ne vais pas au sport je vais passer une sale journée ». 

Moi je passe une sale journée si j’ai les cheveux gras, si mon jean sent le linge mal séché ou si j’ai rendez-vous chez le gynéco. Si je ne vais pas au sport, ça va bien se passer. 

Au début de notre relation j’ai d’ailleurs un peu menti pour lui plaire. « Le sport ? Écoute c’est marrant que tu m’en parles parce que c’est un des piliers de ma vie. J’y trouve ma force, mon équilibre, ça permet de m’évader ». Mytho. J’ai même été jusqu’à prendre un sac d’affaires de sport au taf pour qu’il pense que j’y allais sur ma pause déj. Bah non mon pote, j’étais chez Big Fernand. Je suis le diable. 

Bon, et puis un jour il m’a demandé de l’accompagner courrir. Mon accouchement m’a laissé de meilleurs souvenirs. 

En fait, j’aimerais pouvoir vous dire que le seul problème dans le sport c’est le sport. Mais non. C’est aussi beaucoup de petits détails qui sont de réelles entraves à mon bien-être quand je vais à la salle. 

Je ne vais pas enfoncer des portes ouvertes en parlant des mecs qui se regardent les muscles et qui poussent de la fonte comme si on leur avait demandé de sauver le monde. Non, je vais parler des filles. Des filles dans les vestiaires. 

Femmes, je vous aime. Femmes, vous êtes belles. Sublimes même, toutes autant que vous êtes. Mais est-ce que celles qui nous montrent leur chatte sous toutes les coutures peuvent se calmer un petit peu ? 

Non parce que, je sais, on est toutes faites pareil (déjà c’est faux et vous le savez) mais on a aussi le droit d’être un peu discrètes. Ou, à minima, de respecter la pudeur des autres. Parce qu’en vrai quand tu étales du lait sur tes jambes écartées version Origine du Monde de Courbet (pas celui de l’émission sur les voisins, l’autre), au-dessus de ma tête quand j’enfile mes baskets, ça me tend. Je ne vais pas te faire un frottis l’amie, hein, donc ferme moi tout ça. Déjà que ça me gave d’être là. 

Ah, et si tu veux laisser des poils longs de cinq centimètres recouvrir ton sexe, libre à toi ! Je suis pour (sur les autres). Mais par contre je te demande de rincer la douche après ton passage. Promis, le jour où je voudrais en faire la récolte pour me tisser un cache-nez je ne manquerais pas de te prévenir. 

J’évite aussi tout ce qui est cours collectifs. La Diam’s qui m’habite a besoin d’être dans sa bulle pour vraiment déconnecter. Perso, j’ai la concentration fragile quand je dois veiller à ne pas me prendre le pied de la meuf d’à côté (qui s’imagine être Elasti-girl) dans l’arcade. J’ai essayé la boxe aussi. Je trouvais que c’était cool de dire que je faisais de la boxe. Et puis il a fallu enfiler ces gants dans lesquels vivent sans doute quelques colonies de bactéries dites Lactobacillus. Et faire de la corde à sauter, très vite, avec un militaire shooté à la testostérone qui te parle mal (ça peut être excitant mais comme tu es bien trop occupée à t’assurer que ton plancher pelvien ne foute le camp, tu trouves ça juste très pénible). 

En fait, je crois que le seul sport que j’aime vraiment, c’est le yoga. C’est pour moi le parfait équilibre entre le calme et la difficulté. Ça apaise autant que ça muscle. Bon, évidemment, je me contente d’aller faire du yoga avec des professeurs normaux. Pas des gourous qui passent le cours à déblatérer des conneries philosophiques en sarouel. Mais ne vous inquiétez pas, je n’en suis pas encore au stade où j’ai envie de saturer mon feed Instagram de photos de moi en poirier ou en posture de l’arbre PARTOUT où je vais. Tuez-moi si un jour ça arrive. 

Voilà un portrait pas bien reluisant du sport. Ce n’est pas comme ça que je vais devenir le bras droit de Michelle Obama pour lutter contre l’obésité. Mais, je dois quand même faire preuve de bonne foi un instant, je suis comme vous et quand j’ai fini ma séance de sport, que j’ai pris ma douche et que je rentre chez moi : je suis fière. Et je me sens bien, vraiment bien. Je supporte avec beaucoup plus de détachement les petits aléas du quotidien, je suis réellement apaisée. Je déconne. 

Et même si j’ai la flemme, même si je vois le sport comme une perte de temps, que ça fait mal, que ça fait chier, je sais aussi que ce n’est pas en continuant de bouquiner avec un paquet de Maltesers sous le bras que je vais avoir le corps des filles que je pine (papa, maman, piner veut dire épingler sur Pinterest). 

Alors je vais aller renouveler mon abonnement pour 2020.

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