Instagram

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Je me souviens très bien de ce jour où mon professeur en histoire de la mode m’a dit « tu n’as pas encore de compte Instagram Laura ? Fais-moi le plaisir de t’en faire un dès ce soir ». C’était un ordre, bienveillant je n’en doutais pas, mais c’était un ordre. Une injonction pour que je ne passe pas à côté d’un système, à côté de ma vie. C’est en tout cas le message que j’ai lu entre les lignes. Il fallait que je me crée un compte Instagram comme il fallait que je traverse au bonhomme vert, que j’aie une mutuelle ou que j’achète des préservatifs. C’était en 2013.

Sept ans plus tard, le bilan est mitigé.
Très mitigé même.

Ma relation avec Instagram est à peu près la même qu’avec la cigarette. Souvent je me dis « Ok Laura, la vie c’est profiter mais c’est aussi et surtout prendre soin de toi donc tu arrêtes. TU ARRÊTES ».

Parce qu’au même titre que les clopes, le Nutella ou les chips à la crevette, Instagram peut-être dangereux. C’est cet ami malsain qui entre dans ta vie pour te séduire, te rendre dépendante et faire de toi une personne aliénée, détachée de toute vérité et incapable de flairer la toxicité qui s’épanche dans tout ton être. Sauf que moi, de plus en plus, je le vois ce travers toxique.

Je me livre souvent à une consommation mécanique, sans but, et je scrolle je scrolle jusqu’à m’en abrutir, si tant est que je ne le sois pas déjà, abrutie, pour faire ça.
Je me comporte en boulimique, me gavant jusqu’à n’en plus pouvoir, comblant un manque encore difficile à identifier et puis j’arrête, et je recommence.

De l’écrire, je réalise combien c’est triste.

Il m’est même arrivé régulièrement de vouloir supprimer mon compte. Je sens qu’une partie de moi se sentirait mieux, apaisée, plus sage. Surtout depuis qu’on ne peut plus espionner qui que ce soit.

Mais j’y trouve toujours des choses qui finiraient par me manquer, parce qu’Instagram si ça prend autant de place dans nos vies c’est en grande partie parce qu’on y voit du bon. Même mes parents sont sur Instagram aujourd’hui. Ma mère pour se nourrir de notre quotidien à ma sœur et moi et liker nos storys (même si je lui ai déjà dit que ce n’était pas possible), mon père (qui disait encore amstamgram il y a six mois) pour exposer ses tableaux et commenter sous nos photos qu’on est les plus belles.

J’aime aussi aller sur Instagram pour découvrir de nouveaux comptes, observer le talent des uns, l’audace des autres, partager certains moments de vie, être une mytho et rendre tout plus beau qu’en vrai, me moquer un peu, vous déformer le visage à grands coups de filtres hilarants, gueuler parfois, rire aussi. Il y a de tout sur Instagram et si j’admire l’entêtement de celles qui prennent deux heures à mettre en scène leur petit déjeuner, et qui te font une clé de bras si tu casses le cœur en mousse en touillant leur latte, je sais que si je quitte le réseau ce n’est pas ça qui va me manquer.

J’aime l’humour transgressif de violente viande, les vidéos de Maxime Gasteuil, quand Marie Papillon singe les interrupteurs et fait parler son chien. J’aime rêver d’être Vincent Cassel quand je vois les photos de Tina Kunakey, me motiver à aller faire des squats quand Popstantot poste une photo, cuisiner quand je tombe sur le compte de The Social Food, apprendre à être tout le temps de bonne humeur pour faire comme Laury Thilleman (en vrai c’est impossible, j’ai essayé, j’ai eu des crampes aux joues), apprendre à être toujours cool comme Alizée Gamberini (en vrai c’est impossible aussi, j’ai essayé). Quand c’est pas inné, faut pas chercher. C’est ma devise.

En moins léger, je suis abonnée au compte Nous Toutes pour son engagement auprès des victimes de violences faites aux femmes. Et si j’ai déjà pensé à me désabonner de nombreuses fois car j’ai souvent le cœur meurtri devant les posts, je continue de les soutenir car j’ai une admiration sans faille pour leur ténacité, leur force, leur espoir. Et ne plus les suivre reviendrait à fermer les yeux.

Récemment aussi, Raphael Glucksmann a lancé un appel sur son compte pour aider Samira, une enfant de 10 ans menacée d’expulsion. Le post a été relayé dans tous les sens, la pétition signée par plus de 120 000 personnes et Samira est restée.
Des exemples comme celui-ci il y en a plein, prouvant qu’Instagram peut faire de grandes choses et n’est pas uniquement le réceptacle de nos crises d’égo.

Mais, ne vous en faites pas. Je reste suffisamment aigrie pour dire aussi tout ce qui m’insupporte.

Comme les stories en pointillés (traduction : ceux qui en font tellement qu’en haut ça fait des tout petits petits points. Du style 100 stories en 24h) TOUTE leur vie y est. Du café, aux chaussettes, aux chaussons, au chien, à la douche, à l’ascenseur, au métro, au trottoir, au restaurant, au bar, au supermarché, au sport, aux toilettes, au taf. EST-CE QUE C’EST NORMAL DE FAIRE ÇA ?

Loin d’être dupe, Instagram a inventé l’option sourdine. Moins radicale qu’un unfollow mais salvatrice pour les relations humaines.

Il y a aussi ces gens qui ne te connaissent que sur Instagram. Alors eux, passion.

Le microcosme parisien met parfois quelques individus sur ta route. Et parmi eux, il y a ceux qui ont décidé que toi dans la vie et toi sur Instagram ça n’était pas la même personne. Alors oui, il m’arrive de gommer un ou deux boutons et d’utiliser des filtres flatteurs pour le teint mais jamais assez pour que ça me métamorphose au point de ne pas être reconnue. Je crois. Non, ces gens sont chelous. Et quand tu les croises en soirée, soit ils font mine de ne pas t’avoir vue, soit ils te saluent et discutent avec toi comme s’ils découvraient ton existence. « Et donc tu t’appelles ? », oh ben tu sais c’est toujours Laura hein, ça n’a pas changé depuis hier quand tu commentais ma photo avec des cœurs et des poulpes.

Dans la même catégorie, il y ceux aussi qui likent 67 photos d’affilée sur ton compte mais ne s’abonnent jamais. La stratégie m’échappe. Ah, ou alors ceux qui font exprès de liker ta photo la plus vieille, la plus moche, celle avec un gros cadre blanc et un filtre pixélisé. Ça aussi ça doit vouloir dire quelque chose genre « coucou, j’attire ton attention en likant la seule photo que plus personne n’a liké depuis 7 ans ». À part penser que tu fais peur et que tu as beaucoup de temps libre, émotionnellement il ne se passe pas grand-chose de plus en moi. Mais je dois quand même te dire que tant que tu n’es pas dans la catégorie « gens méchants », je t’aimerais toujours, au moins un peu.

Les gens méchants sont ceux qui voient Instagram comme le lieu idéal pour déverser leur haine. Ceux qui t’envoient des messages privés pour te dire à quel point, à leurs yeux, tu es une merde. Ceux qui passent un temps fou, cachés derrière leur compte obscur, à satelliser de leurs mots assassins et de leurs fautes d’orthographes tous ceux qui sont dans leur viseur. Bon, bien heureusement ces nuisibles sont minoritaires, et très souvent moches (ça vaaaaaaaaaa). Au début tu t’efforces de discuter, d’échanger. « Une merde ? C’est pas très très gentil ça, qu’ai-je donc fait de si terrible ? » Étonnamment, les tensions s’apaisent souvent. Ou pas. Du coup il m’arrive d’hésiter à faire du Booba en répondant un bon vieux « va niquer ta race », je me dis que c’est de toute évidence moins chronophage et probablement assez efficace. 

En plus drôle, enfin pas toujours, il y a les accidents d’Instagram. Quand, par exemple, tu montres la photo de l’ex de ton mec à ta pote bourrée (à ta mère ça marche aussi) et qu’en voulant zoomer, elle like. Quand tu refuses un diner en prétextant que tu es malade et que le soir-même, ayant oublié ta mythomanie, tu postes une story de toi en train de faire la chenille. Quand tu oublies d’enlever le son sur une story et qu’on entend ton père derrière qui dit « Lauraaaaa c’est toi qui as emprunté mes pantoufles et laissé la croûte du comté sur la table ? ». Quand tu penses répondre à ta pote qui vient de t’envoyer une story mais que, comme une burne, tu réponds à la story. C’est rare que ça ne soit pas très embarrassant. C’est souvent un truc du genre « héhé coucou toi mon mignon, viens voir maman, j’ai un cadeau pour toi » ou « haaaaan mais elle n’en a pas marre de dire de la merde cette conne ». C’est le karma, JE SAIS. 

Du coup, j’ai pris des engagements vis-à-vis de moi-même et je vais essayer de m’y tenir. À commencer par réduire considérablement le temps passé sur Instagram. Ce qui ne m’empêchera pas de prendre le temps de lire tous les encouragements et les gentils messages que vous laissez chaque semaine sur le compte de Maag depuis le début. 

D’ailleurs, MERCI MERCI MERCI. 

Ça me tend un peu de finir sur une touche aussi mielleuse mais je veux que vous sachiez que derrière la personne cynique et parfois brutale que je suis se cache en fait une personne bienveillante et un cœur accueillant pour tous. Enfin, sauf pour les sales. Ah, et les moches aussi.  

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