La fille cool

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Mon précédent post n’a pas été sans répercussions. Réjouissantes mais pas que. Il m’a fallu accepter de certains proches quelques révélations douloureuses de type « Je me cure le nez au volant », « je ne me lave quasi jamais les mains », « je me démaquille que quand j’ai le temps »… Mon petit cœur fragile saigne encore un peu mais j’ai pris le parti de ne pas tourner le dos à ces personnes. Parce que je les aime, que je salue leur transparence et surtout, parce que je ne suis pas parfaite. Vous l’aurez tous compris déjà. 

Je me faisais cette réflexion l’autre jour, l’âme lasse de devoir toujours courir après une imposée perfection. Travailler mieux, manger mieux, parler mieux, s’habiller mieux, aimer mieux… Et si, un peu, on n’en avait rien à foutre de faire les choses bien ? Et si on décidait tous, collégialement, de faire les choses à moitié seulement (Sylvain, oublie cette phrase) ? Sans aucune pression sociale, sans aucun enjeu ? 

Je me suis sur l’instant sentie soulagée d’avoir planté cette petite graine dans ma tête, me délestant de cette envie sournoise d’être « une fille cool » et, alors que je marchais dans Paris, un sentiment de liberté encore jamais ressenti auparavant (à part peut-être quand j’arrive chez Ikea) m’a habitée. Et puis j’ai croisé M. 

M c’est cette fille que tout le monde a connu au moins une fois dans sa vie. Cette fille qui fait mentir l’expression « personne n’est parfait ». Cette fille que tu voudrais aimer mais que tu détestes profondément car elle te renvoie à tout ce que tu n’es pas. Mais elle est sympa (forcément puisqu’elle est parfaite), alors tu fais semblant. 

Ce que je trouve le plus dégueulasse dans toute cette histoire c’est qu’une M n’a jamais rien fait pour en arriver là. Aucun mérite. Depuis sa naissance M est cool. Ses parents sont cool, sa maison est cool, son chien est cool. Son prénom est cool aussi, un blaze insupportable à la The Kooples, un truc qui sonne bien, que personne ne connait mais « tu comprends c’est un prénom inspiré des tribus aborigènes et comme ma mère est américaine elle l’a un peu anglicisé ». Haaaan ta gueule.

À la maternelle elle collait les gommettes mieux que tout le monde et savait déjà lire en moyenne section. Au primaire elle était première de la classe mais aussi populaire que la dernière. Au collège elle scotchait tous les profs par sa vivacité et fumait des joints sous les escaliers sans jamais se faire gauler. Quand toi tu finissais dans le bureau du CPE juste parce que t’avais collé ton chewing-gum sous un banc. Au lycée, elle séchait les cours avec Antoine (le plus beau, le plus vieux et le plus mauvais élève du lycée) mais a eu mention bien au BAC. C’est le jour où je l’ai vue pleurer parce qu’elle n’avait pas eu « Très bien » que ma première pulsion funeste est apparue. 

Toi tu te bats à 17 ans, traversant la fin de l’adolescence avec bravoure et espoir, pour essayer de voir plus loin que ton acné, ton tie & dye raté et tes règles douloureuses. Elle, dispose du glamour de l’adulte avec la pureté de l’enfant. Une peau de bébé mais un sex-appeal de quadra. Rendant tout son être extrêmement méprisable. 

Et puis nos chemins se sont séparés, nous laissant sans nouvelles l’une de l’autre pendant des années. Jusqu’à ce que je la croise à un cours de yoga dix ans plus tard dans le Marais (oui, je me donne aussi du mal pour être une fille énervante). Gênée (car il est 7h00 du mat, que tu as un palmier de cheveux sales sur la tête, un legging qui te fait un camelito et des cernes de boulanger) je bafouille un « haaan ooooh héééé, M ! Comment vas-tu ? Ça fait si longtemps ! Qu’est-ce que tu racontes ? ». À ce moment précis tu rêves secrètement qu’elle te dise un truc du genre « oh ben écoute pas terrible terrible, mes parents sont en prison, mon chien est mort, je bosse à Créteil dans un centre de tri et j’ai le paludisme ». Mais tu te doutes, en la voyant avec son petit cycliste, son teint glowy et son tapis roulé sous le bras que la réponse te plaira moins.

Elle me dit qu’elle est marchande d’art avec son mari qu’elle a rencontré à NYC lors d’un gala caritatif, que ses quatre enfants (QUATRE ??!!!! MAIS C’EST QUI TA PUTAIN DE MÈRE PORTEUSE ??!!!) sont très petits encore donc elle est exténuée (Ah…), qu’elle ne va pas pouvoir trop forcer au yoga car elle s’est blessée à cheval ce weekend, qu’elle serait ravie de boire un café avec moi à l’occasion mais qu’après le cours elle doit filer parce qu’elle a rendez-vous chez le naturopathe et qu’elle va ensuite récupérer ses enfants à l’école Alsacienne. « Mais une prochaine fois on prévoit ça Laura, tu passeras chez moi boire le thé et je te montrerai mes toiles. Je peins pour le plaisir, j’adore ça, ça me détend ».
Oh ben moi là, typiquement, ce qui me détendrait c’est que tu meures.

Sûrement que dans votre tête, mes petits maagos, vous essayez de savoir si vous avez autour de vous une fille cool. Une M.
Peut-être même que pour beaucoup, vous rêvez d’être une M.
Comment faire ? Comment la reconnaitre ?

La M a une voix rauque, genre rauque sexy pas le rauque du lendemain de cuite.

Elle sent bon le propre (le musc ou la fleur d’oranger) tout le temps. Vraiment tout le temps.

Elle ne se maquille jamais parce que « ça ne lui va pas ».

Elle fait du surf pour la première fois mais réussit à tenir debout (quand toi tu t’entraines encore sur le sable au bout de trois ans).

Quand elle est ivre les gens la disent « mignonne ». Toi, tu dois appeler tout le monde le lendemain pour demander pardon.

Elle fait des photos Instagram dans des positions trop stylées, si tu faisais les mêmes tu finirais sur la page pute de Brain.

Elle fait du cheval depuis sa plus tendre enfance. Tu fais des randos en pottock.

Elle n’a peur de rien. Elle fait des bains de minuit, elle dort à la belle étoile, elle se baigne sous l’orage, elle monte en haut des arbres. « Quand j’étais petite j’étais un vrai garçon manqué ». Gnagnagnagnagnagna.

Elle chante bien.

Elle cuisine bien.

Elle fait de l’humanitaire.

Elle boit du jus de charbon.

Elle rit fort.

Elle plait aux garçons. À tous. 

Elle n’aime pas trop les filles dans le fond, elle a trop souffert de la jalousie. Roh, pfff, n’importe quoi.

Elle joue de la guitare (elle a appris toute seule). Nue, c’est mieux.

Elle parle 5 langues mais n’a « aucun mérite, c’est parce que mes parents ont toujours beaucoup voyagé ».

Elle mélange les langues quand elle a bu « Oh my god, je suis sorry, je confonds las idiomas un poco quand j’a bou ». 
Ahahahahahahahaha, grosse conne.

Elle est cultivée.

Elle connait tout le monde.

Elle est sensible.

Elle danse bien.

Elle sort des citations de Nietzsche en plein diner et s’intéresse à la géopolitique.

Elle est sexy sans le vouloir.

Elle adore voyager et s’en fout du confort « moi c’est chez l’habitant que je préfère être, les hôtels c’est surfait » (surfait, surfait, ça fait bien plaisir quand même).

Et puis un jour, cette fille cool que tu croyais parfaite te demande un instant à l’écart pour te parler. Elle te confie alors que tu es à ses yeux la fille idéale, qu’elle a toujours rêvé d’être toi et que depuis des années dès qu’elle te croise elle se sent infiniment moins tout. Moins intelligente, moins belle, moins drôle. 

Cut. 

Et puis un jour, cette fille cool que tu croyais parfaite te demande un instant à l’écart pour te parler. Elle te confie alors, gênée (mais sympa), que t’as du papier WC collé sous le pied droit.  

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