Demain c’est Halloween

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Depuis quelques jours déjà, les citrouilles dentées dévoilent leurs flammes sur les rebords de fenêtres, les toiles d’araignées ignifugées tapissent les murs d’enseignes et les os des squelettes en plastique s’entrechoquent avec le vent. C’est la magie d’Halloween. Et tout est réuni en cette fin octobre pour que l’ambiance soit au rdv. L’automne recouvre le sol des premières feuilles rouilles, les feux de cheminée reprennent et l’air souvent brumeux nous prépare au début de l’hiver. Atmosphère idéale pour faire sortir quelques zombies des cimetières et regarder flotter des yeux dans la soupe. Poète. 

Je me souviens d’Halloween quand j’étais plus jeune. Je commençais à ressentir la fièvre quand peu après avoir remballé les rayons de fournitures scolaires (meilleur moment de l’année après Noël), l’Intermarché dressait le merch’ avec les dents de vampire, les couteaux ensanglantés et les masques en latex. 

S’en suivait la planification d’une soirée qui devait être chaque année encore mieux réussie que la précédente. Entendez par « soirée » la parenthèse de liberté offerte par mes parents de 19h à 21h, créneau durant lequel il nous était autorisé d’aller emmerder les voisins pendant le JT pour leur racketter quelques Krema. Les années passant, on avait réussi à identifier trois catégories de personnes.

Celle qui a aussi des enfants (ou pas toujours d’ailleurs) et qui est allée faire le plein de bonbons dans la journée pour remplir les sacs en plastique (l’écologie n’était pas encore un sujet brulant à l’époque) des fantômes et sorcières de 10 piges qui viendraient bégayer leur « Trick or Treat » sur le palier.

Il y a celle qui ne répond pas quand tu sonnes alors que tu devines les reflets de la télé sur les rideaux à travers les fenêtres (celle-ci a dû amèrement regretter son silence quand elle a compris ensuite qu’elle serait notre cible préférée au jeu de la sonnette pendant tout le reste de l’année).

Et enfin, tu as la team qui divise, celle que tu rêves de détester mais que tu trouves quand même un peu touchante, celle de la mamie (ou du papy) qui t’offre son plus beau sourire en ouvrant la porte, te tient la jambe pendant une heure (quand tu n’en as que deux devant toi) et finit par remplir ton sac avec des pastilles à l’anis ou des bonbons vieux de 100 ans décollés d’une boite en métal. (Les bonbons à l’anis, j’aimerais presque en faire un sujet à part entière. Comme les chocolats à la liqueur de cerise ou les gâteaux aux fruits confits.)

Et si Halloween a toujours été un moment spécial pour moi c’est aussi pour une raison évidente : je suis une énorme trouillarde. J’évoquais déjà dans un précédent post mon incapacité à dormir dans la maison de mes parents quand j’y suis seule (j’ai 31 ans pour rappel) mais mes névroses ne s’arrêtent pas là. Je suis aussi cette personne qui regarde discrètement sous son lit avant de se coucher, qui court pour rentrer chez elle si la rue est vide, qui prend l’écho de ses chaussures sur le bitume pour les pas d’un fou qui la suit (de très près du coup je sais), qui ne peut pas regarder les Experts à Miami ou Peaky Blinders sans la présence d’un être humain de plus de 20 ans dans le coin, qui ferme à double tour la porte de son appartement et se relève pour vérifier que la porte est fermée à double tour, qui ne fait pas de bain de minuit dans la mer car qui dit minuit dit nuit qui dit nuit dit noir et qui dit noir dit que je ne peux pas voir l’aileron du requin qui va venir me tuer. 

Et de manière générale, disons que tout ce qui de près ou de loin a un rapport avec les fantômes, les zombies ou les trucs chelous type Frankenstein, je ne peux pas. I Can’t. No Puedo. Encore aujourd’hui. Je peux porter un python vivant autour de mon cou, vivre au milieu des loups mais si tu commences à vouloir me trainer dans une maison hantée (même à Disney) ça peut vraiment me tendre. Je deviens une autre personne. Comme dans les trains fantômes à la fête foraine. J’ai tenté l’expérience cet été avec ma fille au jardin des tuileries parce qu’elle ne pouvait pas y aller sans accompagnant. Résultat, j’ai caché ma tête sur ses petites jambes durant toute l’attraction en criant « mamaaaan noooon non nooon ». Et au moment où je me croyais sortie de cet enfer, un connard avec une hache est sorti du décor dans un virage pour nous toucher les cheveux. Ma fille a ri. Pas moi. Cet homme est en état de mort cérébrale depuis le 17 juillet. Je considère qu’il l’a un peu cherché et quand on me dit « mais Laura derrière le masque c’est un jeune payé au smic » je réponds qu’il pouvait aussi très bien décider d’être livreur Deliveroo. Faut quand même pas être très net à mon sens pour aimer faire peur aux gens toute la journée dans une odeur de churros, moulé dans un legging noir.

J’ai d’ailleurs une véritable aversion pour les films d’horreur. Je suis même toujours un peu étonnée d’entendre certaines personnes me dire qu’elles adorent ça. J’ai de gros doutes sur leur équilibre psychologique. Pour moi si tu regardes Top Chef c’est que tu aimes cuisiner. Si tu regardes Canal Football Club c’est que tu aimes le foot. Alors si tu prends plaisir à regarder un mec se faire démembrer à la scie circulaire… Bon.

J’ai vu Saw quand j’étais plus jeune, pour avoir l’air cool aux yeux du mec que j’aimais bien. Il m’a proposé d’aller voir ce film au cinéma et j’ai lancé un « ah ouais graaaave, ça tombe bien j’avais prévu d’y aller ». J’ai convulsé au bout de la première demi-heure, la séance a été interrompue, je n’ai plus jamais revu Tom et, quinze ans après, j’ai encore des images qui me réveillent la nuit. Il parait que c’est un film d’horreur « comique », m’a-t-on dit plusieurs fois, se moquant de ma réaction (que certains appellent suréaction). Est-ce qu’on peut juste m’expliquer du coup à quel moment je suis supposée rire ? Quand le mec se découpe la jambe pendant trois heures avec un couteau à beurre pour se libérer de sa chaine, quand il ouvre le ventre de son pote vivant pour récupérer un trousseau de clefs sous ses entrailles ou plutôt quand l’autre fou de tueur avec son masque de clown chelou se tape des barres en regardant le spectacle ? Dites-moi parce que j’hésite du coup entre me faire l’intégral de Saw ou aller voir Blanche Gardin. 

Mais, aussi trouillarde que je puisse être, je fais un constat malheureux : Halloween a changé. Le 31 octobre est devenu une occasion de plus pour les Youtubeuses de nous partager leur DIY de jeans troués et découpe de citrouille, pour les blogueuses de nous montrer comment porter les Dr Martens sans faux pas et pour les instagrameurs de bombarder leurs comptes de maquillages plus bluffants les uns que les autres. Mention spéciale pour les Calaveras (têtes de mort mexicaines, je t’instruis au passage ça me fait plaisir).   

Autre point que j’aimerais évoquer aujourd’hui avec vous : la mode du sexy à Halloween. Là encore j’ai besoin de vos lumières. On part déjà sur une association de deux mots qui ne sont pas censés aller ensemble. Comme bon goût et collants chair, régime et tartiflette, enfant et repos. 

Je me suis retrouvée dans une soirée Halloween il y a deux ans et je pense ne pas me tromper en disant que j’étais la seule à faire peur ce soir-là. Car, OUI, une vielle dame avec les yeux révulsés et les intestins qui trainent par terre ça fait plus peur qu’un chat avec des collants résille, une soubrette hystérique ou une dompteuse avec une combi en latex. Je ne devais pas être là le jour de la réunion où le dieu des morts a convoqué le monde des vivants en disant « bon les gars, ça va, c’est relou maintenant vos déguisements de merde avec du sang et des doigts coupés. Je veux que les gens se pécho un peu plus à mes soirées donc à partir d’aujourd’hui vous rangez vos tronçonneuses, vos masques de Chucky et vous êtes SE-XY ». Bah ouais mais ça fait plus très peur du coup, non ?

Mais ça c’est chez les grandes personnes. Alors je continue de vivre la magie d’Halloween à travers ma fille. Je la regarde hésiter entre la longue perruque synthétique, le balai de sorcière, le dentier en caoutchouc, les griffes et les oreilles d’Elfe. Je devine son excitation la veille de le fêter à l’école, je la vois trembler devant les boutiques de farce et attrape (j’ai écrit farce et attrape) et j’en profite, au passage, pour la supplier d’arrêter de me faire peur. 

Parce que la grande spécialité de Romy, Halloween ou pas, c’est de me laisser flirter avec la mort. Quand, cachée derrière une porte, soudain elle bondit en criant un « BOUH » fort et sourd laissant mon cœur cesser de battre pendant quelques longues secondes. À ce moment précis, le cerveau mal irrigué, quand je vois la lumière blanche et que je pense ne pas m’en sortir, c’est son rire aux éclats qui me ramène à la vie. Alors je ris aussi, je la couche après avoir vérifié dans les placards qu’aucun monstre n’y a élu domicile et je retourne vaquer à mes occupations. Avant d’aller moi-même me coucher après avoir fermé la porte d’entrée à double tour et jeté un œil furtif sous le lit. 

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