Je suis aigrie

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Je vais me servir de ce post pour vous parler d’un constat que j’ai fait me concernant : je suis aigrie. Certains me disent « cynique », « cash ». Non, je suis aigrie. Et je vais même vous dire mieux, j’suis pas sympa. Enfin, je suis devenue pas sympa. Ce « pas sympa » fait état de mon rapport aux autres, aux inconnus, aux gens qui ne font pas partie de mon paysage, genre le mec assis à côté de moi dans le métro. Avec mes amis, ma famille et les gens que je côtoie de mon propre chef, je suis gentille (maman ne fais pas de commentaires sous le post s’il te plait, on peut s’appeler plus tard). Du moins, j’essaie.

Et ce bilan m’attriste. Je me sens comme habitée par un moi amer qui m’empêche de voir les choses avec philosophie et amour. Une Laura méchante qui devra bientôt se faire botoxer la ride du lion. Et, plus douloureux encore comme constat, je tiens pour uniques responsables de cette altération de mon être : LES GENS (pas tous mais presque). Ah et les chansons de Zaz aussi. 

« Un manoir à Neufchâtel, ce n’est pas pour moi. Offrez-moi la Tour Eiffel, j’en ferais quoi, papalapapapala »…  Ça d’accord, mais les chaussures et le shampoing du coup ? Tu ne sais pas quoi en faire non plus ? Non parce que ça on peut t’expliquer vite fait si t’as une minute. 

A chaque fois que je me regarde dans les yeux et que je me dis « mais enfin Laura, roh, Tu ne veux pas faire un effort pour être gentille, plus tolérante ? », un évènement vient tout gâcher. Comme la non-livraison de mon colis La Redoute par exemple (oui, j’en ferai une mention, voire deux, dans chacun de mes posts jusqu’à février 2025. Appelons ça un running gag ou une vengeance à perpétuité).

Déjà, je pars avec une circonstance atténuante : je réside à Paris. Et si vous avez l’impression sur Instagram que je mène la grande vie entourée de fringues et de coupes de champagne, sachez que c’est un peu vrai mais que je suis comme beaucoup d’entre vous, j’ai réussi à mettre deux mille euros de côté en quatre ans et je réalise parfois qu’avec tout ce que j’ai dépensé dans le loyer je pourrais aujourd’hui m’acheter le château à Neufchâtel dont Zaz ne veut pas. Parce que Paris c’est joli sur une carte postale ou un poster Fly. Les cafés à huit balles en terrasse du Flore ou les sorties au musée sont aussi nombreux pour nous habitants de Paris que pour vous habitants de Nancy (c’était pour la rime mais si tu viens d’ailleurs ça marche aussi). 

Aujourd’hui, 10 ans presque après mon arrivée dans cette ville, je décide – à but thérapeutique – de lister toutes les situations qui m’excèdent dans le but de prendre de la hauteur sur l’individu acerbe que je suis devenu. Et c’est pas beau à voir.

Je ne peux plus blairer mes voisins. Au début, pleine de bonnes intentions, j’étais ce genre de personne à dire aux voisins dans la cage d’escalier « venez boire l’apéro un de ces quatre ! » ou « si vous avez besoin de quoique ce soit n’hésitez pas » ou « du bruit ? Quand ? Cette nuit ? Roh vous avez bien le droit de faire la fête hein ! ». Aujourd’hui je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’être mon voisin. Sauf s’il est livreur chez La Redoute. Entre celui qui allume sa radio à 6h du mat si fort que j’ai l’impression qu’elle est branchée à mon chevet, celui qui s’est dit que mon rebord de fenêtre serait l’endroit idéal pour foutre ses mégots (toi, si je te chope), ceux qui laissent leur mioches s’entrainer pour les 20km de Paris dans leur salon au-dessus de ma tête, celui qui ne dit pas bonjour (ah non ça c’est moi, pardon), celui qui ne loue son appartement en AIRBNB qu’à des partouzeurs, celui qui part bosser sans fermer l’eau du robinet, ceux qui déposent leurs bouteilles en verre dans la benne le dimanche matin à 5h (après leur soirée mais pendant ma nuit) – eux je pense que si j’arrive à trouver le courage de descendre la prochaine fois, ça va envoyer des coups de tesson.

Et dans cette folle ambiance, t’as toujours un connard, LE connard, pour venir te dire un jour avec son casque de trottinette sur la tête « on fait une petite fête des voisins ce soir, vous viendrez bien boire un verre de punch !? ».

Je ne peux plus aller au cinéma. Et c’est un gros deuil que je dois faire car la cinéphile que je suis pleure le temps où le cinéma était encore un plaisir. Tout m’est insupportable. A commencer par les gens qui puent. Oui, je suis désolée mais soit j’ai un sens de l’odorat beaucoup plus développé que le commun des mortels, soit les gens font preuve d’une légère paresse avec l’hygiène. J’ai tendance à penser que mon odorat n’a rien de plus que celui des autres. Je ne parle pas de celui qui a l’haleine d’un vieux pendant la canicule parce qu’il a mangé des Pop-Corn (parce que ça pourrait être moi), même si bon, ça pue beaucoup. Non, je parle de celui ou celle qui retire ses chaussures pour « se mettre à l’aise » mais qui a dû tisser ses chaussettes avec du fil de camembert. Là, pardon mais c’est non. NON. Si tu veux te mettre à l’aise et laisser respirer tes pieds bah tu restes chez toi et tu regardes Netflix. Bon, si c’est pour aller voir les films de ma sœur t’as la permission. En vrai, tu es presque aussi détestable que ton pote qui renifle. JE HAIS LES GENS QUI RENIFLENT. Je ne comprends pas le principe, explique-moi, t’es pas agacé de renifler toutes les deux secondes pour éviter que la morve coule sur ta chemise ? Tu ne veux pas aller aux toilettes piquer du PQ si tu n’as pas de mouchoirs ? Ou alors je ne sais pas moi, sois audacieux, prend ta manche (ou même la mienne stuveux) mais pour l’amour du ciel ARREEEEETE. 

Aussi, t’as les enfants qui te donnent des coups de pieds dans le siège à t’en fissurer les vertèbres et les parents à côté qui ne disent rien. Dans ces moments-là, je n’ai qu’une envie, c’est d’attendre d’être sortie de la salle et de mettre un bon grand kick dans le dos des parents. Aaaaaah t’as vuuuu c’est chiant hein ?

Et je vous passe tous les autres individus diaboliques croisés au cinéma comme celui qui commente chaque scène à voix haute, celui qui rit quand personne ne rit, celui qui fouille pendant 15 minutes dans ses pop-corn (explique-moi ce que tu fais s’il te plait. Tu es payé par le réalisateur du film concurrent pour niquer la séance ? Tu as un toc ? Tu cherches la fève ?), celui qui se lève dix fois pour aller pisser ou celui qui se met devant toi alors qu’il fait deux mètres et qu’il ne s’est pas coupé les cheveux depuis la mort de Lady Di. 

Je ne peux plus supporter les restaurants où on te dit « on ne prend pas les réservations désolé ». Ça devrait être interdit. Mieux encore, ces restaurants où tu dois faire la queue pendant 1 heure mais juste pour réserver.

« Alors alors, ben écoutez on peut vous avoir une table à 22H30.

– Il est 19H 

– Oh ben faites un petit tour, allez prendre un verre quelque part en attendant »

Bah ouais excellente idée on va faire ça non ? On va aller boire des bières pendant trois heures avant de diner. Thug life.

Je ne supporte plus de prendre le métro (ça fera l’objet d’un prochain post), de prendre un Uber (ça fera l’objet d’un paragraphe dans le post sur le métro) et moi qui adorais marcher je suis aujourd’hui obsédée à l’idée de me faire faucher par une trottinette électrique. Je crois que je préfère mourir en glissant dans ma baignoire, nue et maladroite. Vous êtes nombreux à m’avoir demandé d’écrire sur les trottinettes et ma réponse est : non. Je m’applique tant bien que mal à ne pas aller trop loin dans la vulgarité (dieu sait que c’est tentant) et le sujet des trottinettes réveille la part la plus sombre de mon être. Je vous préviens ça ne serait drôle pour personne. 

Et en Vélib’ j’ai peur de mourir, aussi. 

Je ne supporte pas
Les gens qui sifflent
Les gens qui parlent fort
Les gens qui klaxonnent
Sortir quand il y a du vent
Sortir quand il fait trop froid
Dormir quand il fait trop chaud
Les gens qui se plaignent (alors que je ne sais faire que ça)
Les gens qui se croient plus intelligents que tout le monde
Les gens qui mangent la bouche ouverte
Les gens qui font du bruit en buvant
Les gens qui lèchent leur couteau
Les gens qui ont « arrêté » de fumer mais qui fument ton paquet en soirée
L’orage
La voix de Calogero
Les gens qui te font des bisous mouillés quand ils font la bise
Les gens qui ne font pas de bisous quand ils te font la bise
Les gens sales (prochains post aussi ça)
Les gens qui respirent fort
Les gens qui ne parlent que d’eux
Les gens radins
Aller chez le dentiste
Avoir mes chaussettes qui roulent sous mon pied
Avoir un truc entre les dents (genre la peau de saucisson ou la pulpe d’orange tu sais ?)
Dormir avec le nez bouché
Devoir me gratter le palais avec la langue
Avoir une ampoule qui saute dans la salle de bain
Devoir déboucher la baignoire (et retirer, la gerbe haute, ce tas de trucs dégueulasse qui ressemble à un petit monstre poilu).
Arriver devant un magasin fermé
Que mon sac de course se déchire juste avant d’arriver chez moi
Attendre les livraisons La Redoute (ah mince c’est la troisième mention)
Être à découvert
Les turbulences dans l’avion
Quand la vendeuse m’a laissé l’antivol
Quand mon père m’engueule (ça arrive encore parfois)
Quand ma sœur est triste
Quand ma mère aussi
Quand les nuits sont trop longues

Et puis, à certains moments, je propose un break à mon amertume, je m’octroie une parenthèse pacifique et je regarde autour de moi comment va, vit, le monde. Alors, je remarque ce monsieur en bas de chez moi dont le corps affamé se couche sur le béton humide, j’entends celui qui quémande fort dans un wagon où tout le monde (moi la première parfois) semble préférer faire le sourd, j’imagine celui qui voit dans l’hiver la mort qui s’approche quand nous on râle de devoir faire les cadeaux de Noël. Je lis ce message d’une amie proche qui m’annonce que sa mère est décédée dans la nuit, je vois cette dame âgée qui sûrement vit seule, je vois ce mec qui bosse jour et nuit dans la superette en bas de chez moi. Je lis cet article sur cette (énième) femme tuée par son mari. Je pense aux enfants de cette femme tuée par son mari. Et puis je regarde ce vieil homme qui me parle de mon chien, ce jeune homme avec un bouquet, cette femme qui tend un mouchoir à sa voisine qui pleure, celle qui attend ses enfants devant l’école avec des chocolatines (chut), cette jeune fille qui sourit. Je pense à tous ces gens que mon aigreur pourrait rendre aigris. Et je me dis que je vais éteindre mon ordinateur pour aller me faire un ciné.

Un commentaire

  1. Mélanie says

    J’ajouterai : Je ne supporte pas, quand, dans le RER, les gens viennent quasiment s’assoir sur mon sac posé à côté de moi, alors qu’il y a 6 places de libre autour de moi ! Je crois que je suis aigrie aussi !

    Aimé par 1 personne

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