J’ai une sœur

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Après avoir parlé des galères de rentrée, des crottes de nez de ma fille, de mon angoisse d’enfanter, des joies d’être Free Lance et de mon amour pour Claude, une évidence m’est apparue pour le sujet qui vient : écrire sur Alice, ma sœur. Et même plus, écrire à ma sœur. Cet être divin né un peu plus de trois ans après moi pour me piquer mes parents et ma joie de vivre. 

Tout a commencé quand tu as débarqué dans ma vie pour venir tout foutre en l’air. Toi et ta gueule de bébé parfait. Tu es née avec la coupe de cheveux d’un footballeur des eighties, une tête de poupon Corolle, un sourire à faire flancher un garde anglais et toute l’attention du monde au-dessus de ton berceau. Pas facile pour moi, jusque-là fille unique, de te faire une place. Pourquoi d’un coup il me fallait partager mes parents, ma chambre, mes affaires et ma maison ? Je crois d’ailleurs qu’il faut quand même que les parents qui pensent faire un cadeau à leur enfant en en faisant un second réalisent que c’est une belle connerie. Et même si votre gosse vous réclame un petit frère ou une petite sœur pour ne pas se faire chier le dimanche après-midi quand vous faites la sieste devant la Casa de Papel, dans la vraie vie il sera comme le reste du monde : dé-goû-té. Au début, en tout cas. 

J’ai longtemps cru, pendant la petite enfance, que la vie serait plus douce sans toi. Si tout redevenait « comme avant ». Le avant où j’étais seule avec mes caprices et que le monde tournait autour de moi. Et puis, n’ayant pas eu franchement le choix, j’ai commencé à me prendre au jeu. 

J’ai vite aimé passer du temps avec toi, t’entendre rire, accepter de faire la Barbie méchante, le requin dans la piscine, t’apprendre à faire semblant de dormir quand les parents nous forçaient à faire la sieste, planquer tes jouets dans le sable à la plage (et ne jamais les retrouver), se cacher dans le grenier chez mamy, manger le Nutella à la cuillère quand les parents regardaient la télé, négocier avec eux pour qu’on dorme ensemble chaque soir, te consoler quand tu avais du chagrin, te rassurer quand tu avais peur, te faire peur à mon tour, comploter pour effrayer les nounous (les faire démissionner même parfois), cacher des oisillons dans nos draps, fabriquer un cimetière d’araignées, faire du bateau gonflable, des cabanes dans les lits superposés, manger des glaces en Bretagne, ruiner papa à la fête foraine, foncer dans l’étang en voiture de golf, s’applaudir aux spectacles de danse, avoir des fous rires à table, se faire punir parce qu’on avait des fous rires à table, se chamailler en voiture, se réconcilier, se chamailler à nouveau… 

De la complicité en grande majorité mais quelques petits coups de pute quand même, pour le principe. Comme quand tu as recouvert mon cartable neuf au marker indélébile, troué sur un grillage mon sweat préféré, fini le fromage à raclette et dit que c’était moi ou jeté ma grenouille en peluche dans la merde de notre chien Julot, « pour rire ». Liste non exhaustive qui ne fait pas le poids face au jour où je t’ai demandé de m’accompagner à la cave, tu avais 4 ans, pour te montrer où les parents cachaient les cadeaux de noël. J’avoue qu’aujourd’hui, à 31 ans, je trouve ça vraiment cheum. Si tu n’avais pas eu la fâcheuse manie de me réveiller à quatre heures du matin pour voir si le père noël avait bouffé ses Gerblé et bu son chocolat, tu aurais possiblement goûté à la magie encore un peu. Désolée. 

Et puis, les années ont passé, nous avons grandi et quitté ce monde de jouets, d’innocence et de rires pour rejoindre celui des autres. 

Avoir une petite sœur c’est se sentir investie d’une mission de protection. Parce qu’elle n’est pas donnée qu’aux grands frères. C’est détester d’office tous ceux qui pouvaient, d’une façon ou d’une autre te faire du mal. Te rendre triste, te faire sentir vulnérable. Et comme je ne savais pas nécessairement faire la part des choses et prendre le temps de connaitre ton entourage, je blacklistais tout le monde. Plus simple. Les copines, les copains, les petits copains : il fallait souvent passer un simulacre d’examen d’entrée auprès de moi pour espérer trouver une petite place dans ta vie. Un privilège de cet ordre ne se gagnait pas sans mérite. Et à toutes celles et ceux qui prenaient la menace à la légère, il suffisait d’évoquer le jour où j’avais arraché avec mes incisives le lobe d’oreille d’un ado qui t’avait frappée. Tu avais 7 ans, j’en avais 10. C’était le soir de la coupe du monde 1998. Quand le foot marquait l’histoire, que Griezmann se faisait signer le ballon par Thierry Henri, que la France vibrait et que les éclats de pétards fendaient le ciel, moi, je goûtais à la chair humaine pour te venger. La vida loca. 

De cet épisode sanglant j’ai gardé quelques images fâcheuses, une phobie des lobes et le doux surnom de Mike Tyson. Ça a également marqué le début d’une ère, celle durant laquelle j’ai décidé d’anéantir tous les garçons qui s’approchaient de toi, même ceux qui venaient en paix. Nanana, oust, du balai, elle n’est pas à prendre, elle est trop bien pour vous. Si bien que tu as fini par m’en vouloir, me sommant de ne plus me mêler de tes histoires. Je devais d’un coup te laisser vivre tes expériences avec toutes les têtes de cul du collège. Oui, ils avaient des têtes de cul. De gland même. Une mise en quarantaine qui ne m’a pas empêchée de proférer quelques menaces quand l’occasion se présentait. J’ai mis 23 ans à accepter que quelqu’un d’autre que moi partage ta vie (Paul, ne t’enflamme pas non plus, je ne suis jamais bien loin). 

J’ai mis un peu de temps aussi à accepter qu’on soit très différentes toi et moi. Que tu sois blonde aux yeux bleus quand je suis brune aux yeux marron (un peu verts en été au soleil. Ah non ? Bon noisette alors), que tu sois joueuse quand j’étais boudeuse, que tu sois première de ta classe quand je passais en conseil de discipline, que tu sois prodige au piano quand j’avais 7/20 en flûte, que tu fasses de la danse classique à haut niveau quand j’ai mis 3 ans à avoir ma ceinture jaune de judo, que tu cuisines délicieusement bien très jeune quand je fais encore, à 31 ans, brûler mes gâteaux, que tu sois toujours gentille quand je peux être garce, que tu m’aimes sans conditions même quand tu apprends que je t’ai volé ta bague Chloé (Margaux Dessaint Rafflin est complice, je ne plongerai pas seule). 

Le plus dur je crois quand on est une grande sœur, c’est de voir l’autre grandir. De la voir devenir femme, indépendante, de ne plus avoir de ses nouvelles chaque minute de chaque heure de chaque journée, l’entendre parler de lieux qu’on ne connait pas, de gens qu’on ne connait pas, accepter qu’elle ait aussi un monde dans lequel on n’existe pas, que sa vie se vit aussi sans moi, que le duo que nous formions petites n’est peut-être plus aussi solide. Plus aussi exclusif en tout cas. 

Une grande sœur c’est un peu comme une petite maman. Avec la haine en plus.

Parce que, tu le sais sans doute mais c’est bien que je te le redise, je t’aime autant que je te hais. Parfois même je crois que je pourrais te buter (pour de faux). Quand tu te ligues avec les parents pour me reprocher des trucs, quand tu prends tes airs de dame pour me sermonner, quand tu me piques une fringue pour la soirée et que cette soirée dure 8 mois, quand je cherche mon nouveau mascara pendant 48 heures alors qu’il est dans ta trousse de toilette (mais que tu es déjà dans l’avion pour quinze jours de vacances), quand tu te défends d’un truc en me disant « ah bah venant de toi c’est la meilleure », quand tu fous le bordel dans mon appart, quand tu me dis que mes placards sont mal rangés, quand tu m’engueules parce que je suis en retard UNE FOIS alors que tu l’es TOUT LE TEMPS, quand tu me dis que je ronfle alors que c’est faux. Pour toutes ces raisons-là je peux te dire que je t’ai souvent vue comme un fardeau.

Et pour autant, c’est le moment dégueulasse de niaiserie que vous attendiez tous, avoir une sœur c’est certainement le plus beau cadeau que mes parents m’aient fait. Après la paire de Buffalo à mes 15 ans. 

Aujourd’hui tu as 28 ans et moi 31, l’âge de raser la tête des Barbies et de jouer à cache-cache est déjà loin mais je garde quand même en moi l’envie immuable de te protéger (si je dois mordre encore je le ferais), de te consoler quand tu as du chagrin, de te rassurer quand tu as peur (parce que la vie fait peur quand même encore à nos âges), de te réchauffer quand tu as froid, de rire avec toi aux blagues de merde, d’avoir toujours un regard en coin quand tu me présentes une nouvelle personne, de t’écouter toute la nuit quand tu angoisses, de te soutenir quels que soient tes projets (sauf si c’est d’épouser Nicolas Bedos), de t’accompagner partout où tu auras besoin de moi parce que je t’aime et que même si tu essaies parfois d’inverser les rôles, la grande sœur ici, ça reste moi. 

Aux sœurs… 

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