C’est la Fashion Week

comment 1
Non classé

Lundi 23 septembre. Début de la Fashion Week parisienne et premier jour de l’automne. La mode prend vie quand les feuilles meurent (poète).

Pendant de nombreuses années, j’ai détesté bosser pendant la semaine de la mode à Paris. Véritablement. Au même niveau qu’aller au parc le week-end, faire des réunions entre parents d’élèves ou sortir le chien en rentrant de soirée. Une semaine dans la jungle barbare à courir après les métros, se nourrir de sandwichs en triangle et de sachets N.A, écrire les articles sur la ligne 12, arriver à l’heure le souffle court et l’aisselle moite pour finalement attendre cinquante minutes que le show démarre. La ponctualité n’étant définitivement pas l’affaire de tous. Alors quand j’ai quitté mon poste pour me lancer à corps perdu dans la vie de journaliste free-lance (dans le chômage aussi beaucoup), j’ai à nouveau désiré cette semaine de Fashion Week. J’allais pour la première fois en voir ce qu’il y a de plus beau. Choisir les défilés auxquels j’irai (là où on m’invite), prendre le temps, observer la vie qui change dans les rues de Paris, sentir cette énergie à part, tellement différente du reste de l’année.

Parce que la Fashion Week ce n’est pas qu’une succession de shows réservés à un microcosme en mal de nouveauté. La Fashion Week c’est aussi une parenthèse spéciale dans cette ville si belle mais parfois si farouche face à la fantaisie. C’est l’effervescence. Des restos complets le lundi soir, des lieux d’habitude vides en semaine et qui vibrent de la communion festive et hétéroclite des amoureux de la mode, des fêtes dans tous les sens (que je suis sur Instagram comme vous la plupart du temps), la possibilité de croiser Kendall Jenner mordre dans son burger chez Ferdi, Eva Longoria avec sa poussette dans les rues du 8ème ou Karine Lemarchand chez Franprix (ah ça on s’en fout ? Pardon). La Fashion Week, c’est aussi des mannequins, qui commencent doucement à envahir les trottoirs de la ville déjà quelques jours avant le lancement des festivités, book sous le bras, Dr Martens aux pieds et démarche gracile, laissant le reste du monde dans un état d’agacement et de « ça finit quand ? ». Parce que sa rotule qui flirte avec ta clavicule, quand même, c’est vexant. Agacement qui revient quand Uber majore pendant 10 jours ses courses au prix d’un Paris – Nice en Concorde, quand les coffee shops sont en rupture de matcha latte à 9h du matin ou quand tes baskets Balenciaga négociées à la sueur de ton front sur Vestiaire Co (pour la moitié de ton salaire) sont déjà contrefaites au prix d’une paire de Domyos dans tous les pays d’Asie et du Maghreb.

Mais ce que j’aime le plus je crois, ce sont les gens (pas tous, c’est vrai). Ces gens que l’on croise sur les trottoirs et dont l’on devine, sans n’avoir jamais rien su d’eux, qu’ils sont là pour la Fashion Week et qu’ils n’iront au Louvre que si Vuitton y défile. Ces gens qui s’embrassent en front row des défilés avec une émotion fabriquée et des « long time no see » qui découpent l’air, ces gens qui se délectent des shows dans leur manteau en fourrure (fausse maintenant) tandis que le mercure flirte avec les 25 degrés, heureusement sur un cycliste et un soutif. Ces gens qui prennent la pose devant les photographes avec une déconcertante habileté, certains sont évidemment invités, d’autres pas. Ces gens qui s’amusent, qui rient, qui chantent, ceux qui remplissent le compte Instagram de Loïc Prigent de leurs mots inattendus, ceux qui marchent sur la route, s’assoient sur les capots, ceux qui veulent se faire remarquer, ceux que l’on remarque alors qu’ils se font discrets.

Ce que j’aime, ce n’est donc pas tant de rêver durant 10 minutes (après en avoir laissé passer 50 à attendre) sur mon siège numéroté devant des fringues que je ne porterai jamais. Ce que j’aime, c’est l’ambiance qui habite Paris durant ces quelques jours. C’est pouvoir mettre des chaussettes en laine dans des Birk croco, des boucles d’oreilles aussi lourdes que mes blagues, des barrettes qui brillent dans les cheveux, boire un thé glacé au romarin à la terrasse du Ritz et savourer l’imposture dont je suis maîtresse quand je saute le soir dans mon legging distendu en gobant mes nouilles déshydratées devant les Reines du shopping. 

Un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s