J’avais Vinted

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Il y a environ deux ans, au détour d’une conversation somme toute passionnante avec deux blogueuses mode, j’apprends l’existence d’un site révolutionnaire pour vendre ses fringues d’occasion : VINTED. Le concept est brillant. En seulement quelques clics on poste notre annonce et (car c’est aussi et surtout ça qui différencie Vinted des autres) aucune commission n’est prélevée par la plateforme. Si tu mets tes ballerines en vente à six euros (déjà tu fais bien de les vendre), tu rentres avec tes six euros en poche. 

Ni une, ni deux, emportée par la fougue, curieuse, enthousiaste, je décide de me créer un compte. Aaaaaaah, quelle belle idée de merde. Je pense qu’écouter en boucle l’album de Gauvain Sers m’aurait rendue moins hystérique. J’ai accumulé en trois mois suffisamment de colère pour mordre quelqu’un jusqu’au sang. Et quelqu’un au hasard.

Au départ, toute bien disposée et fière de participer à la vague générationnelle de la « second hand », j’ai mis une vingtaine de pièces en ligne. Des fringues essentiellement achetées chez Zara, H&M, Mango qui avaient un soir répondu à un caprice du type « je veux un truc nouveau main-te-nant !! ». JE SAIS C’EST MAL. Le dieu de l’écologie viendra me réveiller dans mon sommeil mais pour le moment je continue mon histoire. 

Donc, je mets tout ce petit monde en « très bon état » à des prix défiants les lois du retail. 4 euros, 6 euros, 8 euros, je pense qu’au maximum de ma gourmandise j’ai dû réclamer 50 euros pour un manteau. Pardon. Le soir-même j’ai 45 notifications. Favoris, offres, messages dans tous les sens. Je suis excitée, je vole, je commence à sentir l’odeur de l’argent. 

Et là, je découvre une autre dimension. Un monde parallèle où il faut être un moine shaolin, Pascal le Grand Frère ou quelqu’un de très pauvre (j’ai hésité à l’écrire ça) pour tenir le coup.

Faut savoir que tu es confronté(e) à plusieurs obstacles récurrents lorsque tu vends sur Vinted. Des épreuves de la vie pour voir si tu peux évoluer parmi les autres ou si tu as un terrain psychotique (désolée s’il y a des fautes de frappe mais j’écris ces lignes avec le bout de ma langue car ma camisole m’empêche de taper sur le clavier). 

Parenthèses fermées pour la suite : je vais tout mettre au féminin dans un soucis de praticité, ne venez pas me poser des commentaires punitifs pour me mettre face à mon sexisme, je sais qu’il y a aussi beaucoup d’hommes qui achètent (et s’ils veulent s’offrir une robe je n’ai rien contre hein). 

Tu as la Vintie (oui un membre Vinted est un Vintie) qui négocie TOUT. Uniquement pour le plaisir de négocier. Tu mets un pull à 7 euros, elle te fait une offre à 6,5 euros. Tu acceptes car tu es une gentille Vintie mais derrière elle n’achète pas et revient le lendemain avec une offre à 5 euros. C’est le concept même du « je te donne la main, tu me prends le bras », celui dont on a tous usé auprès de nos parents pour gratter une heure de « veille » avec les copains quand on était mômes. 

Celle qui décide que le respect est mort, définitivement. Ton manteau est en vente à 50 euros elle te fait une offre à 16. Il se passe quoi dans ta tête ??? Tu nourris l’espoir, vraiment, que je vais accepter ? Et qui sait, je vais peut-être même faire une contre-offre à 8,5 euros et je vais t’envoyer mon numéro en MP pour que tu puisses m’appeler quand t’es en galère de thune !

Celle qui te raconte sa vie (un petit détecteur de mensonges ne serait pas du luxe dans ces moments) dans l’espoir de toucher ton cœur et de faire baisser le prix. « J’adore cette robe elle est sublime et j’ai toujours rêvé de pouvoir la porter pour une soirée. C’est la robe de mes rêves. Mais je suis étudiante du coup c’est un trop gros budget pour moi, je dois payer mon loyer seule et les fins de mois sont difficiles. Je vous souhaite toutefois une belle vente. ».

Merci vous êtes bien aimable. Bonne vie. 

Désolée, mais je n’ai pas le temps pour les larmes. Je ne me cogne pas tous ces échanges, les colis, les aller-retours au point Mondial Relai, les photos de près, de loin, portées, toussa, pour faire dans le caritatif.

Tu as aussi la Vintie qui a pour projet ferme de niquer ta vie en un échange avec que des questions relous. Elle tu as l’impression qu’elle achète un appart. « Je peux avoir une photo portée de profil ? », « tu l’as acheté en quelle année ? », « est-ce c’est plus un vert pomme ou un vert sauge ? Parfois les photos sont trompeuses », « tu penses que je peux les porter avec une jupe ? », « tu peux me donner la longueur entre l’épaule et l’aisselle s’il te plait ? » (Ben c’est du M frère. Point. T’as le corps de Tyrion Lannister ou t’as juste envie de voir où est ma limite ?). Parce qu’en vrai tu chauffes.

Mon préféré c’est celle qui te met des cadeaux en plus dans le colis. Et quand je dis cadeau je pense plus à des croûtes qu’elle devait avoir dans ses tiroirs depuis le CM2 et qu’elle te glisse gentiment dans le paquet pour te faire plaisir. Un collier moche, une pince à cheveux, un pin’s, un élastique… Le tout accompagné d’un petit mot bien rédigé qui sent la vanille « merci pour l’achat ! Amicalement, Gwendoline ». Merci Gwendoline, t’es formidable, tu lis en moi comme dans un livre ouvert, je cherche depuis des années une chaine avec un elfe en pendentif.  


Moins marrant, mais faut en parler : la sale. La quoi ? La SALE ! Celle qui t’envoie sa veste Levis avec un vieux mouchoir dans la poche. Celle qui vit dans un bar PMU et qui vend ses fringues sans se dire que l’odeur de Gitane peut gêner. Celle qui ose te laisser le chewing-gum écrasé sous la semelle de ses Doc (aaaaaaaah mais peut-être que c’était un petit cadeau en plus ?), celle qui écrit en « très bon état » mais qui t’envoie une chemise marquée à vie par l’acidité de sa transpi. Je suis sans mots, ma tolérance sociale meure ici. Moi qui suis dégoutée par ma propre morve, je suis censée faire quoi avec cette catégorie d’êtres humains ?


Le meilleur pour la fin : les remises en main propre. Les RMP pour les initiés. Un concept malin crée à la base pour te faciliter la vie et t’éviter la tâche ingrate du colis. L’idée ? Tu t’arranges avec la vintie pour convenir d’un rendez-vous afin de procéder à l’échange. Dit comme ça tout semble merveilleux, d’une facilité déconcertante. AHAAAAAAAAAAAAAA (là j’ai une tête de folle et les yeux injectés de sang) mais ça c’est dans un monde idéal. Celui où la vintie ne te décommande pas quand tu es déjà partie de chez toi, celui où la vintie ne vient pas avec un billet de cinquante euros pour acheter un truc à sept, celui où la vintie ne décide pas en voyant la pièce de lâcher un « oh finalement je ne suis plus sûre je suis désolée, je pensais que les talons étaient plus petits » (MAIS J’AI MIS LA HAUTEUR EN CM DANS L’ANNONCEUHHHH !!!). Et le pire c’est que tu ne peux rien dire, tu n’as pas le droit de la mordre à la jugulaire là devant tous ces gens, de lui prendre sa montre son portable et son portefeuille pour réparer le préjudice psychologique et boursier. Bah non, tu rentres chez toi avec ta paire d’escarpins de 11 sous le bras. 


Bilan : continuez d’acheter sur Vinted car on y fait de très bonnes affaires mais, dans le cas où votre profil psychologique semble correspondre au mien (personne n’est parfait), ne vendez pas. La bise.

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